En tant qu'autorité monétaire, la Banque de Maurice a pour principaux mandats de définir la politique monétaire, de maintenir la stabilité des prix, de veiller à la solidité du système financier et d'émettre la roupie. Dans l'exercice de ses fonctions, elle ne doit pas transiger sur son indépendance. Ses actions s'inscrivent au-delà de la mêlée politique. Cela ne signifie pas pour autant qu'elle est tenue d'opérer en silo. Loin de là ! Une coopération étroite entre la Banque centrale et le Trésor public est vitale. On parle ainsi de la nécessité d'aligner la politique fiscale et la politique monétaire.
Alors que l'on approche du Budget Day, le comité de politique monétaire s'apprête à se réunir ce mercredi en vue de décider de l'orientation de la politique monétaire. Actuellement, le Key rate, c'est-à-dire le taux auquel la Banque centrale prête aux banques commerciales, est de 4,50 %. Un taux qui est resté inchangé depuis février 2025.
Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, la Banque de Maurice a résisté à l'appel des sirènes l'enjoignant de resserrer les conditions monétaires pour casser les tendances inflationnistes. Sa Gouverneure, Pricilla Muthoora-Thakoor, a su garder la tête froide et s'est sans doute appuyée sur des données empiriques avant de prendre toute décision hâtive.
On le sait, la principale donnée est l'inflation. Calculé à 4,2 % à fin avril, le taux d'inflation reste dans la fourchette cible de 2 % à 5 %. Cela veut dire que le Key Rate fixé à 4,5 % est considéré comme étant adéquat pour ancrer l'inflation, stabiliser la roupie et juguler la hausse du coût de la vie. Cette même approche prudente a été observée ces derniers mois par la Réserve fédérale, la Banque centrale européenne et la Banque d'Angleterre qui, soit dit en passant, prévoyait d'assouplir leur politique monétaire pour soutenir la croissance.
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Si pour le moment les prix sont quelque contenus, l'on ne pourra pas maintenir l'inflation dans la fourchette cible de 2 % à 5 % ad vitam aeternam. Car la guerre au Moyen-Orient, dont l'un des principaux corollaires est le blocage du détroit d'Ormuz, ne montre pas de signe probant d'une décélération.
En début de semaine, le baril du Brent affichait 110 dollars. La sinistrose s'installe et le scepticisme gagne les marchés qui voient, pour le moment, très peu d'avancée dans les négociations entre les États-Unis et l'Iran. Cette conjoncture est hautement défavorable pour Maurice qui pourrait voir sa facture pétrolière grimper à plus de Rs 100 milliards cette année.
Donc, à moins d'un revirement spectaculaire et que les parties belligérantes impliquées dans le conflit armé trouvent un terrain d'entente, Maurice va, mois après mois, devoir payer ses importations beaucoup plus cher. Dans ce contexte, l'inflation devrait dépasser la barre des 5 %. D'ailleurs, pour le mois d'avril, l'inflation en glissement annuel (CORE2) s'établissait à 6,3 %. Une tendance qui démontre qu'on est sur la mauvaise pente. Un ancien technicien au ministère des Finances nous confie que chaque hausse d'une roupie sur le diesel donne lieu de facto à une augmentation de 0,2 % du taux d'inflation.
Cela dit, quelle devrait être la posture du comité de politique monétaire lors de sa prochaine réunion ? Quel arbitrage fera-t-il entre l'inflation et la croissance ? Compte tenu du fait que le Budget 2026-2027 tablera sur la relance de l'économie, il est peu probable que les membres du comité s'affolent et tranchent en faveur d'une stratégie de resserrement monétaire.
Dans le même temps, le comité ne pourra pas ignorer les pressions inflationnistes sous-jacentes et le glissement accéléré de la roupie, avec le dollar s'échangeant désormais à presque Rs 48. Donc, une baisse des taux d'intérêt n'est sans doute également pas à l'ordre du jour. Selon toute logique, le comité devrait ainsi privilégier le statu quo.
Par ailleurs, les pressions inflationnistes sont également alimentées par le gonflement de la masse monétaire. L'ancien ministre des Finances, Renganaden Padayachy, a jeté un pavé dans la mare la semaine dernière, quand il a révélé que la masse monétaire a augmenté de Rs 83 milliards en 2025 en raison du volume de prêts accordés par les banques commerciales.
Il appartient à la Banque centrale de réguler l'argent en circulation dans le système monétaire. Cela est primordial car parallèlement à cette masse monétaire, le système bancaire doit composer avec un excès de liquidités devenu structurel. D'ailleurs, en février 2025, l'ancien Gouverneur, Rama Sithanen, révélait que l'excès de liquidités atteignait Rs 50 milliards.