La question du recrutement des Refuse Collectors et des General Workers au sein des collectivités locales a provoqué de vifs échanges à l'Assemblée nationale hier, lors de la Private Notice Question (PNQ) du leader de l'opposition, Joe Lesjongard, adressée au Premier ministre (PM), Navin Ramgoolam. Au centre des débats: les recrutements effectués en 2026, les accusations de favoritisme, les allégations de discrimination ethnique ainsi que la démission de l'ancien président de la Local Government Service Commission (LGSC), le Dr Sahid Maudarbocus.
Dès le début de sa réponse, le PM a insisté sur le caractère indépendant de la LGSC, rappelant que la commission n'est soumise «ni à la direction ni au contrôle d'aucune personne ou autorité», conformément à la loi encadrant cet organisme statutaire. Navin Ramgoolam a ainsi soutenu qu'aucune interférence politique n'était possible dans les procédures internes de la commission.
Le lourd héritage de l'ex-régime
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Le chef du gouvernement a toutefois replacé cette affaire dans le contexte des recrutements réalisés sous l'ancien régime. Il a rappelé que les contrats de 1 463 employés recrutés sur une base temporaire avant les élections générales de 2024 avaient été résiliés après que des avis juridiques ont estimé que ces nominations étaient «entachées», «irrégulières» et «manifestement illégales». Ces licenciements ont été effectués à la suite d'une décision de la Cour suprême rendue le 23 janvier 2026.
Navin Ramgoolam a également évoqué le rôle de l'ancien président de la LGSC, Bhanoodutt Beeharee, accusé d'avoir transformé la commission en «one-man commission». Le PM a déclaré que les recrutements contestés avaient été effectués à la veille des élections générales et que l'ancien président faisait l'objet d'une enquête pour d'éventuels actes répréhensibles.
Concernant les nouveaux recrutements de 2026, Navin Ramgoolam a affirmé qu'ils avaient été menés après la reconstitution de la LGSC et conformément aux procédures établies. Il a précisé que les personnes recrutées devaient produire un «clear Certificate of Character» dans un délai de deux mois. Selon lui, les collectivités locales n'avaient pas encore transmis toutes les informations nécessaires à la commission pour déterminer si certains employés recrutés faisaient l'objet de poursuites judiciaires.
Le PM a également défendu le principe de réhabilitation des personnes ayant eu des démêlés avec la justice. Il a rappelé que l'Equal Opportunities Act avait été amendé en 2012 afin d'empêcher toute discrimination à l'emploi lorsqu'une condamnation antérieure n'affecte pas la capacité d'une personne à exercer ses fonctions. Il a aussi mentionné le nouveau Certificate of Character Bill, récemment adopté afin que certaines condamnations n'apparaissent plus sur le certificat de moralité, dans le but de favoriser la réinsertion.
La démission qui embarrasse
Mais c'est surtout la question de la démission du Dr Sahid Maudarbocus qui a alimenté les échanges. Joe Lesjongard a rappelé un article de presse publié dans l'express dans lequel l'ancien président de la LGSC accusait lePM d'avoir induit le parlement en erreur en affirmant qu'une enquête interne avait conduit à sa démission. Interpellé sur cette apparente contradiction, Navin Ramgoolam a reconnu qu'aucune enquête n'avait finalement été menée. «Il y avait la possibilité d'une enquête. Cela n'a pas été fait. Il n'y a pas eu d'enquête», a déclaré le PM.
Le leader de l'opposition a ensuite multiplié les questions sur d'éventuelles irrégularités dans les recrutements, notamment des accusations de discrimination ethnique et de favoritisme. Il a cité des cas présumés à la municipalité de Port-Louis, où plusieurs membres d'une même famille auraient été recrutés. Navin Ramgoolam a reconnu que des allégations avaient circulé publiquement à ce sujet, tout en affirmant qu'aucune enquête n'avait été menée faute de plainte formelle.
Le ton est monté d'un cran lorsque Joe Lesjongard a affirmé que près de 50 % des personnes recrutées à PortLouis provenaient de la seule circonscription n°2. Cette déclaration a immédiatement suscité des réactions et des échanges animés au Parlement après la présentation d'une liste controversée par Joe Lesjongard (lire ci-contre). Le PM a refusé de confirmer cette affirmation, soutenant qu'il n'intervenait pas dans les décisions de la LGSC.
Le député Adrien Duval est également intervenu durant la séance pour évoquer le cas des 1 463 employés licenciés après avoir travaillé pendant 16 mois et cotisé au fonds de pension. Il a demandé si les contributions versées par ces travailleurs au fonds de pension pourraient leur être remboursées. Navin Ramgoolam a répondu qu'il examinerait la question, tout en rappelant que la Cour suprême avait validé les licenciements.
En fin de séance , Jo e Lesjongard a demandé si le gouvernement envisageait de réintégrer le Dr Sahid Maudarbocus, puisqu'aucune faute officielle n'avait été retenue contre lui. Navin Ramgoolam a écarté cette possibilité tout en ironisant sur le contexte politique entourant cette démission. Selon lui, plusieurs personnes auraient quitté leurs fonctions après le départ de Paul Bérenger. Le PM a également indiqué qu'un nouveau président devrait être nommé à la tête de la LGSC au cours de cette semaine.
Le chiffre : 1 250
C'est le nombre d'employés recrutés en 2026 dans les collectivités locales pour les postes de Refuse Collectors et de General Workers, selon les chiffres déposés à l'Assemblée nationale. Au total, 1 503 candidatures ont été rejetées, tandis que 172 personnes licenciées en 2024 ont postulé à nouveau. Les données montrent également que plusieurs employés licenciés après les recrutements controversés de 2024 ont été réengagés en 2026, notamment à Quatre-Bornes, Flacq, Beau-Bassin-Rose-Hill et Moka.