Le député de l'opposition et président de la Public Accounts Committee, Adrien Duval, a tenu une conférence de presse aujourd'hui, mercredi 20 mai, afin de revenir sur plusieurs sujets abordés lors de la séance parlementaire d'hier. Adrien Duval est longuement revenu sur ses questions parlementaires portant sur les interceptions téléphoniques. Selon lui, il s'agit de la troisième ou quatrième question qu'il adresse au Parlement sur ce dossier. Il estime que les systèmes d'écoute téléphonique demeurent opérationnels à Maurice et reconnaît que des dispositifs de surveillance peuvent être nécessaires dans le cadre de la sécurité nationale et de la lutte contre le terrorisme.
« La police doit être en mesure de prévenir des crimes. Mais il faut accepter qu'on est en train de le faire », a-t-il déclaré, tout en précisant que sa démarche n'était pas politique, mais visait à réclamer davantage de garanties institutionnelles. Il a insisté sur la nécessité de mettre en place des « garde-fous »après les polémiques liées aux écoutes et enregistrements téléphoniques de l'affaire Missie Moustass.
Selon Adrien Duval, le système actuel fonctionne « dans l'opacité totale ». Il a appelé le gouvernement à s'inspirer de modèles appliqués dans d'autres démocraties du Commonwealth, notamment au Royaume-Uni. Il a cité l'existence d'une commission parlementaire chargée d'exercer un contrôle sur les organismes d'investigation ainsi que la publication de rapports résumant le nombre d'écoutes effectuées. Il a également évoqué la présence d'un commissaire indépendant chargé de surveiller les opérations d'interception et l'existence d'un cadre législatif strict. «À Maurice, ce n'est pas le cas. On n'a pas de cadre légal », a-t-il soutenu.
Le député de l'opposition a également affirmé que l'affaire Missie Moustass avait joué un rôle important lors des élections générales de 2024. « Quand on dit qu'on ne fait pas d'enregistrement des appels téléphoniques, c'est prendre les Mauriciens pour des imbéciles», a-t-il lancé.
Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres
Banque de Maurice et «toxic loans»
Adrien Duval a ensuite abordé la question de la Banque de Maurice et des directeurs de supervision. Il s'est interrogé sur les révélations faites au Parlement concernant des fraudes, «toxic loans», dilapidations ou disparitions de fonds estimées à environ Rs 25 milliards dans quatre banques.
Selon lui, il est incompréhensible que certains responsables occupant des postes de supervision soient toujours présents dans différents secteurs. Il a demandé pourquoi aucune enquête approfondie n'avait été initiée afin de déterminer les responsabilités éventuelles dans ces dossiers. «Il n'y a pas eu les changements promis par l'actuel gouvernement », a-t-il affirmé.
Suppression réclamée de la TVA sur les carburants
Le député de l'opposition s'est également attaqué à la question des prix de l'essence et du diesel. Adrien Duval estime que la TVA sur les carburants devrait être abolie afin d'alléger le fardeau financier de la population.
Selon lui, au cours des six derniers mois, le gouvernement aurait réalisé des gains supplémentaires de Rs 344 millions grâce à la TVA appliquée sur l'essence et le diesel. Il soutient que ces recettes continueront d'augmenter avec la hausse des prix des carburants. «On est en train d'étrangler la population », a-t-il déclaré.
Adrien Duval a cité l'exemple de certains pays ayant réduit la TVA sur les carburants afin de soutenir le pouvoir d'achat de leurs citoyens face à la hausse du coût de la vie.
Mission à Addis-Abeba : « gaspillage chronique »
Autre dossier soulevé : les dépenses liées à la mission mauricienne à Addis-Abeba. Adrien Duval a dénoncé ce qu'il qualifie de « gaspillage chronique » depuis plusieurs années. Il a expliqué qu'un complexe diplomatique comprenant l'ambassade, la résidence de l'ambassadeur et celles d'autres cadres avait été construit en 2022 pour un coût avoisinant Rs 238 millions. Toutefois, selon lui, l'ancien ambassadeur n'aurait jamais occupé la résidence prévue à cet effet, préférant loger dans une autre résidence louée aux frais de l'État.
Adrien Duval a ajouté qu'au début de 2025, le gouvernement actuel aurait demandé à l'ancien ambassadeur de rembourser ces frais de logement, considérés comme une dépense inutile puisque le complexe était déjà prêt. Toutefois, selon les informations dont il dit disposer, cette demande aurait finalement été abandonnée.
Le député affirme également que l'actuel ambassadeur n'habiterait pas non plus dans le complexe diplomatique et que l'État financerait actuellement un autre logement ainsi qu'un hébergement à l'hôtel en attendant. «On est en train de payer trois frais de logement à Addis-Abeba pour un ambassadeur avec l'argent des contribuables. C'est un gaspillage de fonds », a-t-il soutenu.
Temps de parole au Parlement
Adrien Duval a enfin évoqué le fonctionnement du Parlement et le temps accordé aux membres de l'opposition lors des débats. Selon lui, les interventions de l'opposition ne bénéficient pas d'un temps suffisant.
Il a également affirmé que Paul Bérenger était, selon lui, « le plus grand bully au Parlement ». Adrien Duval estime que depuis le départ de Paul Bérenger du gouvernement, il peut désormais accomplir son travail parlementaire plus sereinement. Il a soutenu que ce dernier était l'instigateur des entraves visant l'opposition depuis 2024.
Le député a aussi déclaré avoir constaté un changement d'attitude du speaker à son égard depuis le départ de Paul Bérenger du gouvernement.