Le budget 2025-2026 introduit un ensemble de mesures touchant l'entrepreneuriat féminin, les PME et l'industrie. Entre renforcement des dispositifs de financement, réformes fiscales, et nouvelles orientations industrielles, l'objectif était de soutenir la transformation économique du pays. Leur mise en oeuvre intervient toutefois dans un contexte de défis persistants pour les entreprises, notamment en matière de coûts, de compétitivité et de conformité réglementaire.
Les petites et moyennes entreprises
Le budget 2025-2026 a fait de l'entrepreneuriat féminin un axe prioritaire, particulièrement en modifiant les leviers de financement. L'une des évolutions majeures concerne les interventions de la Development Bank of Mauritius (DBM), qui a substantiellement augmenté les capacités d'emprunt des femmes entrepreneures.
Le plafond des prêts a ainsi été porté de Rs 500000 à Rs 1,2 million, tandis que les conditions de remboursement ont été assouplies avec une extension du délai de grâce, passé de 12 à 18 mois. Cette stratégie de financement s'accompagne d'un volet d'assistance technique visant à stabiliser les entreprises sur le marché. Le dispositif actuel intègre des services de mentorat, des protocoles d'appui à la commercialisation ainsi que la mise en place de plateformes de réseautage.
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Cette mesure s'est concrétisée par la mise en oeuvre du Women Entrepreneur Loan Scheme. Ce programme de la DBM permet désormais aux femmes entrepreneures, ou aux sociétés dont l'actionnariat est majoritairement féminin, de bénéficier d'un financement couvrant jusqu'à 90 % du coût de leur projet. Le plafond des prêts a été porté à Rs 1,2 million, avec un remboursement étalé sur sept ans, incluant un moratoire flexible pouvant atteindre 18 mois selon la nature de l'activité. L'objectif de ce dispositif est d'offrir une aide financière directe pour permettre aux femmes de lancer des activités économiques durables et de subvenir aux besoins de leurs familles.
Pour Bindya Mahadew, engagée dans le soutien aux femmes entrepreneures et aux coopératives, ce type d'initiative peut aider. Elle insiste toutefois sur le fait que la simplification des procédures administratives et le mentorat demeurent des piliers indispensables.
De plus, dans l'optique de stimuler l'innovation et la compétitivité du tissu entrepreneurial, il avait été annoncé que les startup et les micro, petites et moyennes entreprises (MPME) bénéficieraient d'un allègement fiscal, avec une déduction allant jusqu'à Rs150000 sur les investissements réalisés dans les technologies de l'intelligence artificielle (IA).
Le budget avait aussi prévu un accès à IA en faveur des producteurs alimentaires, en ciblant particulièrement les petites et moyennes entreprises. Cette mesure vise à moderniser leurs opérations et à garantir la production d'aliments sains, avec pour objectif final de renforcer la souveraineté alimentaire du pays.
Par ailleurs, il a également été annoncé que toutes les entreprises dont le chiffre d'affaires annuel dépasse Rs 3 millions pour des ventes ou des prestations taxables doivent désormais s'enregistrer à la TVA. Cette mesure, entrée en vigueur le 1eᣴ octobre 2025, concerne environ 7 000 petites et moyennes entreprises (PME). Elle vise à élargir la base fiscale afin d'optimiser la collecte de la taxe et de renforcer les recettes publiques. Cependant, du point de vue des entrepreneurs, depuis l'annonce budgétaire, ce seuil n'aurait pas dû être abaissé de Rs 6 millions à Rs 3 millions. Ils estiment qu'il aurait plutôt fallu l'augmenter pour compenser la hausse significative de leurs coûts de production.
En sus de cela, les PME ont également été touchées par la hausse des taxes sur le sucre et les produits dérivés, ce qui a accentué la pression sur leurs activités. Depuis le 6 juin 2025, le taux d'accise sur le sucre a doublé et, depuis octobre, il s'applique aussi aux chocolats et aux crèmes glacées. Pour de nombreuses entreprises, ces mesures ont réduit les marges et complexifié la gestion quotidienne.
Plusieurs entrepreneurs font état de difficultés liées à l'augmentation des coûts et aux ajustements fiscaux. Un jeune entrepreneur basé à PortLouis, actif dans la vente de boissons chaudes et froides ainsi que de pâtisseries, explique que ces changements ont entraîné une hausse des coûts de production et nécessité une adaptation de son modèle économique. Il indique que la TVA et les taxes sur le sucre ont modifié la structure de prix de son activité et nécessité une réorganisation de la gestion de son entreprise. Malgré ces contraintes, il affirme vouloir maintenir sa production locale et poursuivre son activité.
Pour sa part, la Small & Medium Enterprise Chamber souligne des manquements dans le dernier budget ainsi qu'un manque de soutien global accordé aux PME. Dans ce contexte, Ajay Beedassy, son président, indique qu'il attend des mesures plus vigoureuses dans le prochain budget, les petites et moyennes entreprises continuant de faire face à des défis majeurs. Selon lui, la situation est critique. «Le budget 2025-2026 manquait de mesures pour les PME, qui se retrouvent aujourd'hui en difficulté. Nos problèmes ne sont pas résolus, ils sont, au contraire, exacerbés, notamment par l'impact du conflit au Moyen-Orient et la hausse du prix du fret. Nous faisons face à des tensions persistantes sur le cash-flow. La situation se dégrade et, au vu de cette urgence, le secteur attend impérativement des solutions concrètes dans le budget 2026-2027.»
L'industrie
Le budget avait prévu une mesure visant la réaffectation des ressources afin de renforcer la coordination de la politique nationale et d'améliorer la productivité du capital. Dans ce cadre, la création de l'Industrial Policy Coordination Committee (IPCC) devait permettre de superviser la mise en oeuvre de stratégies orientées vers l'amélioration des performances, avec une attention particulière au secteur manufacturier.
Cette instance est désormais opérationnelle. La première réunion de l'IPCC, présidée par le ministre Aadil Ameer Meea, s'est tenue le 27 janvier dernier en présence des principaux acteurs du secteur industriel. À cette occasion, il a été indiqué que le gouvernement travaillera en collaboration avec l'Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI) et le secteur privé. Cette coopération doit aboutir à l'élaboration d'un Plan stratégique de politique industrielle destiné à définir les orientations à moyen et long terme du secteur, pour la prochaine décennie, notamment en matière de priorités industrielles, de compétences et d'infrastructures.
Les coopératives
Une réforme structurelle a été annoncée, par Aadil Ameer Meea, ministre de l'Industrie, des PME et des Coopératives, en février pour le secteur des coopératives, soit au-delà du cadre budgétaire annuel. Un nouveau projet de loi, le Cooperative Societies Bill, pour remplacer la législation de 2016. Cette réforme vise à créer un écosystème plus résilient et innovant, s'inspirant des meilleures pratiques internationales, notamment françaises, canadiennes et indiennes. Ce nouveau cadre légal prévoit une catégorisation des coopératives notamment micro, petites, moyennes et grandes, afin que les obligations de conformité soient proportionnées à la taille de chaque entité. La réforme mise également sur la transition numérique avec l'introduction de l'enregistrement en ligne et du dépôt électronique des états financiers. Pour renforcer l'inclusion, des incitations spécifiques sont prévues pour encourager la création de coopératives par les jeunes et les femmes, tout en assurant un respect rigoureux des principes de bonne gouvernance et des normes internationales de lutte contre le blanchiment (AML/CFT).
Dossiers en cours
Parmi les principaux dossiers en cours du ministère de tutelle, figure l'Industry Bill, un projet de réforme du cadre légal et institutionnel de l'industrie mauricienne. Le texte prévoit notamment des dispositions portant sur la coordination des politiques industrielles, l'innovation et l'investissement dans les secteurs productifs.
Le ministère travaille également à l'élaboration d'une politique industrielle nationale. Les orientations évoquées par les autorités concernent notamment la montée en gamme de la production locale, la diversification industrielle, le soutien au «Made in Mauritius», le développement des exportations, ainsi qu'une intégration accrue des PME et des coopératives dans les chaînes de valeur.
Autre axe central, la transition vers l'Industrie 4.0. Digitalisation, automatisation, IA et innovation technologique occupent désormais une place importante dans le discours industriel du gouvernement.
L'objectif est de permettre aux entreprises mauriciennes, particulièrement les PME manufacturières, d'améliorer leur productivité et leur compétitivité grâce aux nouvelles technologies. Plusieurs plateformes de dialogue ont ainsi été mises en place avec le secteur privé, les institutions académiques et les partenaires internationaux afin d'accompagner cette transition.
Le ministère travaille également à l'élaboration d'une «Manufacturing 4.0 Roadmap», présentée comme un cadre destiné à accompagner la modernisation du secteur. Les axes évoqués portent notamment sur l'intégration des technologies numériques dans les processus de production, l'amélioration de l'efficacité opérationnelle des entreprises et l'adaptation de l'industrie locale aux évolutions des marchés internationaux.
Le ministère cherche également à repositionner l'industrie comme un secteur d'avenir capable d'attirer les jeunes talents et de créer des emplois à forte valeur ajoutée.
Sur le plan international, l'un des dossiers mis en avant par les autorités concerne l'organisation de l'US-Africa Business Summit à Maurice, du 26 au 29 juillet, présenté comme un forum économique consacré aux relations commerciales et aux investissements entre les États-Unis et les pays africains. La proposition d'accueillir cet événement à Maurice avait été soumise à la Corporate Council on Africa (CCA) par le ministre Aadil Ameer Meea. L'événement devrait réunir des représentants gouvernementaux, des investisseurs, des entreprises multinationales, des institutions financières ainsi que des acteurs économiques africains et américains.
Le ministre a participé à des discussions portant sur les mesures tarifaires américaines appliquées à certains produits et exportations. Maurice a maintenu ses efforts pour préserver ses accès préférentiels et défendre les intérêts de ses exportateurs sur le marché américain à tendance protectionniste, dans un environnement caractérisé par des ajustements réguliers des politiques commerciales.
Organisation de foires et de marchés coopératifs destinés à promouvoir la production locale et le label «Made in Mauritius», la National Cooperative Awards Night, des ateliers, sessions de formation et programmes de sensibilisation... Le ministère a mis en place plusieurs initiatives de soutien afin d'accompagner les acteurs du secteur dans l'adaptation aux évolutions économiques, technologiques et réglementaires. Les formations portent notamment sur les exigences en matière d'AML/CFT, de gouvernance, de conformité financière et de gestion administrative.
Par ailleurs, des réformes réglementaires et financières ont été engagées afin de renforcer la transparence, la gouvernance et la conformité du secteur coopératif aux normes internationales en matière de lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme. Ces mesures s'inscrivent dans le cadre des efforts de Maurice pour consolider son dispositif de conformité financière.
907 dispositifs et Rs 55 millions de soutien
Entre 2025 et les premiers mois de 2026, 5 391 nouvelles PME ont été enregistrées à Maurice. Selon les données disponibles, ces entreprises sont principalement actives dans les secteurs manufacturier, du commerce, de la construction et des services. La part des femmes entrepreneures est estimée à environ 40 % des nouvelles immatriculations sur la période considérée.
Par ailleurs, SME Mauritius Ltd a poursuivi la mise en oeuvre de plusieurs programmes d'accompagnement destinés aux petites et moyennes entreprises. Ces dispositifs couvrent notamment les domaines de la technologie et de l'innovation, de l'accès aux marchés, de l'agro-industrie, de la transition verte et de la transformation des entreprises.
Au total, 907 dispositifs de soutien ont été approuvés pour un engagement financier dépassant Rs 74 millions. À ce jour, environ Rs 55 millions ont été déboursées, soit près de 75 % des montants engagés.