L'enquête autour de la Silver Bank Limited prend une nouvelle dimension avec l'audition, lundi, de Mardayah Kona Yerukunondu, ancien First Deputy Governor de la Banque de Maurice (BOM), entendu à titre de témoin par les enquêteurs de la Financial Crimes Commission (FCC) ainsi que d'autres employés de la BOM.
Cette audition intervient alors que la FCC intensifie ses investigations sur les conditions ayant entouré la gestion, la supervision et l'effondrement progressif de cet établissement bancaire aujourd'hui disparu du paysage financier mauricien.
Dans le cadre de cette affaire complexe, plusieurs employés de la Banque de Maurice ont également été interrogés afin de fournir des informations détaillées sur les procédures de régulation, les mécanismes de contrôle ainsi que les décisions ayant conduit à la situation actuelle de la Silver Bank. Les enquêteurs cherchent à reconstituer l'ensemble de la chaîne de décisions institutionnelles et financières.
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Pour rappel, la Banque de Maurice a officiellement révoqué la licence bancaire de la Silver Bank Limited, mettant ainsi un terme définitif à ses opérations. L'établissement, qui opérait sous ce nom après la transformation de l'ancienne BanyanTree Bank Limited, avait obtenu une nouvelle licence, le 11 novembre 2021, à la suite d'un changement d'actionnariat et d'une recapitalisation validée par les autorités de régulation après un exercice de due diligence.
Cependant, moins de trois ans plus tard, la situation s'est brutalement détériorée. Des signaux d'alerte concernant la solidité financière de la banque ont conduit les autorités à placer l'institution sous conservatorship, le 13 février 2024, en vertu des dispositions de la Bank of Mauritius Act. Cette mesure visait principalement à protéger les déposants et à limiter les risques systémiques sur le secteur bancaire.
L'affaire a pris une ampleur nationale en raison de l'exposition importante de fonds publics. Selon les données officielles, environ Rs 3,55 milliards de placements publics étaient engagés auprès de la Silver Bank au moment de sa mise sous administration. Plusieurs entités étatiques et paraétatiques figuraient parmi les déposants, soulevant des interrogations sur la stratégie d'investissement adoptée à l'époque et sur les mécanismes de contrôle des risques.
Au Parlement, le Premier ministre Navin Ramgoolam a dénoncé des placements effectués malgré des recommandations privilégiant des investissements plus sécurisés, notamment les Treasury Certificates. Il a évoqué des décisions ayant, selon lui, contribué à masquer la fragilité réelle de la banque et qualifié la situation de gestion «gravement défaillante», tout en soulignant que plusieurs centaines de millions de roupies restent à recouvrer.
Le volet des prêts toxiques constitue un autre axe central de l'enquête. Les autorités ont révélé que le taux de récupération sur certains portefeuilles de crédits serait extrêmement faible, illustrant la dégradation de la qualité des actifs de la banque. La FCC s'intéresse particulièrement à des prêts accordés dans le cadre de programmes économiques post-Covid-19, impliquant plusieurs sociétés liées à des réseaux d'affaires internationaux.
Dans ce contexte, un ancien cadre de la banque, Chetan Singh Ramcharitar, fait déjà l'objet de poursuites pour complot présumé dans une affaire de blanchiment. Les enquêteurs estiment qu'il aurait joué un rôle dans la validation de dossiers de crédit jugés douteux, en contournant certaines procédures de diligence raisonnable.
Alors que les auditions se multiplient et que les pièces du dossier continuent d'être analysées, l'affaire Silver Bank s'impose désormais comme l'un des plus importants dossiers financiers traités par la FCC, révélant les failles profondes de la gouvernance bancaire et des mécanismes de contrôle financier du pays.