Ile Maurice: Les employés de World Knits Ltd à bout de souffle

Retards de salaires, inquiétudes et appel à l'intervention du ministère du Travail : la situation demeure tendue chez World Knits Ltd. Depuis plusieurs semaines, des employés dénoncent des délais répétés dans le versement de leurs rémunérations, une situation qui, selon eux, commence à peser lourdement sur leur quotidien.

En début de mois déjà, plusieurs travailleurs avaient exprimé leur mécontentement face au retard du paiement des salaires. Aujourd'hui encore, certains employés affirment être toujours dans l'attente de leur dû et disent multiplier les démarches pour faire entendre leurs préoccupations. Si une majorité des travailleurs est affiliée à la Fédération des travailleurs unis, d'autres ont sollicité le soutien du syndicaliste Fayzal Ally Beegun.

Bien qu'il ne soit pas reconnu officiellement par la direction de l'entreprise, ce dernier affirme vouloir attirer l'attention des autorités sur la situation des employés. Selon lui, près de 200 travailleurs souhaiteraient être représentés dans leurs démarches. «Il y a environ 150 employés qui n'ont pas encore obtenu leur salaire. Les travailleurs doivent normalement recevoir leur rémunération au plus tard à la fin du mois ou, lorsque cela coïncide avec un week-end, dans les premiers jours du mois suivant», explique-t-il.

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Le syndicaliste estime que les délais actuels dépassent largement cette période et s'inquiète des conséquences pour les familles concernées. Entre le coût de la vie, les remboursements de prêts et les dépenses liées à la scolarité des enfants, plusieurs employés affirment vivre dans un climat de stress permanent. Certains envisageraient même une manifestation devant la Victoria House afin d'interpeller les inspecteurs du ministère du Travail sur cette situation.

Selon Fayzal Ally Beegun, de nombreux travailleurs hésitent toutefois à déposer une plainte officielle, craignant d'éventuelles représailles ou la perte de leur emploi. Il ajoute également que certains avantages autrefois accordés aux employés durant les pauses, notamment le thé, le lait ou le jus, auraient été supprimés sans communication préalable. Des travailleurs interrogés affirment que ces collations étaient auparavant offertes à des horaires fixes durant la journée de travail. Face à cette situation, le syndicaliste appelle à une intervention rapide du ministère du Travail et du ministre Reza Uteem, comme cela avait été le cas lors d'une précédente intervention en mars.

Le ministre du Travail, Reza Uteem, a indiqué qu'il suit de près la situation des employés concernés par des retards de paiement de salaires. Il affirme avoir rencontré à trois reprises, en l'espace de deux mois, les travailleurs ainsi que leur représentant syndical, Atma Shanto. Le ministre précise également avoir tenu trois réunions avec la direction de l'entreprise, qui a évoqué des difficultés financières et des négociations en cours avec les banques pour l'obtention d'une nouvelle ligne de crédit. Selon lui, la direction a assuré que tous les employés seraient payés. Toutefois, plus d'une centaine de travailleurs attendent toujours leur salaire, une situation que le ministère continue de surveiller attentivement.

De son côté, la direction de World Knits Ltd reconnaît traverser des difficultés financières. Elle assure cependant que le règlement des salaires demeure une priorité et indique travailler en collaboration avec les banques ainsi que les autorités concernées afin de trouver des solutions dans les meilleurs délais.

Arrestation de travailleurs étrangers : Fayzal Ally Beegun dénonce la manière d'opérer

Une vidéo montrant une opération policière visant des travailleurs étrangers en situation irrégulière à PortLouis suscite de nombreuses réactions. Parmi elles, celle du syndicaliste Fayzal Ally Beegun, qui estime que les contrôles doivent se faire dans le respect de la dignité humaine et des normes de sécurité. «Je comprends que les autorités doivent effectuer des contrôles concernant les travailleurs étrangers, surtout ceux qui sont en situation illégale. Mais il y a une manière de faire les choses, sans avoir à utiliser la force», déclare-t-il.

Dans la vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux, plusieurs travailleurs étrangers sont embarqués dans un même véhicule de police, certains se retrouvant debout à l'arrière du véhicule. Le syndicaliste s'interroge notamment sur les conditions de transport des personnes interpellées. «On joue avec la sécurité et la vie des êtres humains. S'il n'y avait pas assez de place dans le van, il fallait faire venir un autre véhicule», affirme-t-il. Par ailleurs, des Bangladais auraient également partagé des vidéos sur les réseaux sociaux, appelant leurs compatriotes présents à Maurice à éviter certains déplacements par crainte d'arrestations durant cette période de contrôles renforcés.

«Nous ne voulons pas vivre cela à Maurice»

Le syndicaliste Fayzal Ally Beegun évoque un drame survenu récemment dans une usine à Madagascar afin d'illustrer les conséquences humaines que peuvent entraîner les retards de salaires. Selon des informations relayées auprès de lui, une employée serait décédée après avoir subi une forte pression financière liée à un retard de paiement de huit jours ainsi qu'à des dettes contractées auprès de proches et de prêteurs.

D'après les mêmes sources, elle se serait évanouie sur son lieu de travail sans reprendre connaissance. Le syndicaliste affirme vouloir attirer l'attention sur la détresse que peuvent vivre certains salariés confrontés à des difficultés économiques prolongées. «Ce sont des situations que nous ne voulons pas vivre à Maurice», soutient-il.

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