Une scène de violence survenue la semaine dernière dans une école de Zone d'éducation prioritaire (ZEP) à Baie-du-Tombeau, avec l'agression d'une enseignante, remet brutalement sur le devant de la scène une question devenue sensible dans le secteur éducatif : celle de la protection des enseignants dans les établissements scolaires.
Alors que le ministère de l'Éducation a récemment réaffirmé, à travers une circulaire, l'interdiction stricte des châtiments corporels et de toute sanction humiliante envers les élèves, de nombreuses voix s'élèvent désormais pour dénoncer un débat jugé incomplet.
Cette circulaire, largement relayée dans la presse, rappelle la nécessité de préserver la dignité des enfants à l'école. Un principe auquel adhèrent enseignants, syndicats et professionnels de l'éducation. Mais sur le terrain, plusieurs éducateurs affirment qu'une autre réalité prend de l'ampleur : l'augmentation des comportements agressifs, irrespectueux et parfois violents de certains élèves envers leurs camarades et les membres du personnel enseignant.
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Après les employés du secteur de la Santé qui avaient récemment tiré la sonnette d'alarme concernant les agressions dans les hôpitaux, ce sont désormais les enseignants qui demandent à être entendus. Ces dernières semaines, plusieurs incidents ont alimenté les discussions au sein des établissements scolaires. Deux élèves du primaire auraient ainsi été suspendus pour des comportements violents envers des enseignants et d'autres élèves.
Après leur transfert dans un autre établissement, l'un d'eux aurait récidivé, entraînant une nouvelle suspension. Dans un autre cas qui a provoqué de vives inquiétudes, un élève d'un établissement privé de la région de Moka aurait été intercepté avec un couteau dans son sac, alors qu'il envisageait de s'en prendre à une enseignante. Plus récemment encore, un parent aurait agressé un enseignant directement dans l'enceinte d'une école, relançant les interrogations autour de la sécurité du personnel éducatif.
Au-delà de ces faits marquants, plusieurs enseignants évoquent une multiplication des violences verbales, des provocations, des actes d'insolence et même, dans certains cas, des agressions physiques. Une situation qui, selon eux, détériore progressivement le climat scolaire et fragilise l'autorité pédagogique dans certaines classes. «Personne ne remet en question l'importance de protéger les enfants. Mais il faut aussi reconnaître que les enseignants ont eux aussi besoin d'être protégés et soutenus», confie un éducateur sous couvert d'anonymat.
Un appel à un meilleur équilibre
Pour plusieurs acteurs du secteur, le problème dépasse aujourd'hui le simple cadre disciplinaire. Il touche directement au respect mutuel, au vivre-ensemble et à la place de l'autorité dans les établissements scolaires.
Certains enseignants craignent qu'en mettant essentiellement l'accent sur les interdictions visant le personnel éducatif, les autorités envoient un signal ambigu concernant les devoirs et responsabilités des élèves. Des critiques émergent également autour de certaines décisions administratives récentes, notamment les restrictions liées à l'utilisation des téléphones portables par les éducateurs. Plusieurs enseignants estiment que les véritables priorités devraient davantage porter sur la gestion de la violence scolaire et le soutien concret au personnel confronté à des situations difficiles.
Du côté syndical, les appels à une approche plus équilibrée se multiplient. Le président de l'Union of Private Secondary Education Employees, Arvind Bhojun, estime que si les lois protégeant les enfants sont nécessaires, elles doivent également permettre de maintenir la discipline dans les écoles.
«Il faut avoir un équilibre dans la loi. Aujourd'hui, si un mineur porte une accusation contre un enseignant ou un membre du personnel, même sans preuve solide, la police intervient immédiatement», déplore-t-il. Selon lui, plusieurs enseignants ont déjà dû fournir des cautions avant d'être innocentés des mois, voire des années plus tard. Il évoque également certains parents qui, selon lui, déposeraient des plaintes sans chercher à entendre la version des enseignants concernés.
Le syndicaliste rappelle aussi les dérives observées durant les cours en ligne pendant la pandémie de Covid-19. «Certains élèves filmaient les enseignants pour ensuite les ridiculiser sur les réseaux sociaux. Aucune sanction sérieuse n'a été prise», affirme-t-il. Arvind Bhojun plaide ainsi pour l'instauration d'un protocole disciplinaire national uniforme, appliqué dans tous les établissements scolaires du pays.
Même constat du côté de la Government Teachers' Union. Son négociateur, Vinod Seegum, affirme que les agressions contre les enseignants deviennent de plus en plus fréquentes, particulièrement dans certaines régions dites sensibles. Selon lui, depuis le début de l'année, une douzaine de cas d'agressions physiques auraient été recensés, en plus de nombreux incidents verbaux. «Il faut mettre en place des méthodes correctives adaptées à l'évolution des comportements dans la société», soutient-il, évoquant même la nécessité de mesures de sécurité similaires à celles envisagées dans les hôpitaux publics.
Les syndicats réclament désormais un débat national plus large sur l'autorité à l'école, la responsabilisation des élèves, l'encadrement parental et les moyens accordés aux établissements pour gérer les cas les plus complexes. Car, pour de nombreux observateurs, il ne devrait pas être question d'opposer la protection de l'enfant au respect de l'enseignant. Les deux sont aujourd'hui indissociables pour préserver un climat scolaire serein et permettre à l'école de remplir pleinement sa mission éducative.