Cameroun: Sécurité au Cameroun - La carte d'identité ne protège personne

Un document d'identité identifie. Il n'anticipe pas. Cette distinction, pourtant fondamentale, reste absente du débat sécuritaire au Cameroun.

Les barrages qui ne filtrent rien

Le 20 mai dernier, pour la Fête nationale de l'Unité, les forces de l'ordre ont multiplié les checkpoints routiers à travers le Cameroun. Scène devenue ordinaire : soldats et policiers immobilisent les véhicules, réclament la pièce d'identité, perçoivent parfois 1 000 francs CFA en échange d'un passage sans papier. Ce rituel se répète chaque année, chaque semaine, sur les mêmes axes.

La question que personne ne pose officiellement : ces contrôles rendent-ils le pays plus sûr ?

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Ce qu'une carte d'identité dit et ce qu'elle tait

La carte nationale d'identité renseigne sur un nom, une date de naissance, une photographie. Elle atteste d'une déclaration administrative, pas d'un comportement. Un trafiquant de drogue peut la porter. Un passeur d'armes aussi. Un combattant affilié à Boko Haram également.

Le document certifie une identité déclarée. Il ne révèle aucune intention, aucune affiliation réelle, aucun projet criminel. Cette limite n'est pas un détail : c'est l'angle mort de toute la politique de sécurité par vérification documentaire.

La confusion entre contrôle et sécurité

Deux logiques s'affrontent. La première celle des checkpoints repose sur la présomption qu'un individu sans papier est suspect. La seconde celle du renseignement sécuritaire part des comportements, des réseaux, des flux.

Les outils de la première logique sont visibles et mesurables : nombre de barrages, volume de contrôles, recettes perçues. Les outils de la seconde sont discrets et exigeants : collecte de renseignements, enquêtes, coopération communautaire, contrôle des frontières rigoureux.

Le Cameroun a structuré sa présence sécuritaire autour de la première. La seconde reste sous-développée.

Quand la sécurité devient prétexte

Les checkpoints permanents créent des opportunités d'extorsion régulières. Le tarif non officiel pour absence de pièce ou document périmé est connu des usagers. Ce n'est plus de la prévention de la criminalité : c'est une économie parallèle adossée à l'uniforme.

La conséquence directe est double. Les citoyens ordinaires subissent une friction quotidienne qui érode la confiance envers les institutions. Les acteurs criminels, eux, s'adaptent : ils disposent de documents, de filières, de relais.

Ce que coûte l'immobilisme

La continuité de ce modèle aggrave la fracture entre population et forces de l'ordre. Dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, où la crise anglophone a déjà dégradé cette relation, l'effet est amplificateur.

Un appareil sécuritaire calibré pour le contrôle documentaire ne développe pas les compétences du renseignement opérationnel. Les trafics de drogues, armes, êtres humains qui traversent le territoire sans être interceptés creusent un écart croissant entre la menace réelle et la réponse institutionnelle.

La réforme n'est pas une option technique : c'est une question de doctrine.

Vers une sécurité qui regarde les faits

L'alternative n'est pas l'absence de contrôle. Elle est la bonne cible. Former les agents à détecter les flux de drogues. Équiper les postes frontaliers pour identifier les armes illicites. Construire des protocoles de coopération avec les communautés locales. Investir dans les capacités forensiques.

Ces outils existent. Ils fonctionnent ailleurs. Ils supposent un choix politique clair : substituer l'efficacité à la visibilité.

La question que le Cameroun doit trancher

Veut-on des barrages qui rassurent ou des dispositifs qui protègent ? La différence entre les deux n'est pas cosmétique. Elle se mesure dans les affaires non élucidées, les frontières poreuses, et la confiance que des millions de citoyens accordent ou retirent à ceux qui portent l'uniforme.

Un pays qui confond identification et sécurisation ne se protège pas. Il se surveille.

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