Tambacounda — La maladie de la fistule obstétricale enregistre une forte régression dans la région de Tambacounda (est), grâce à l'amélioration des plateaux techniques et au renforcement du personnel de santé. Un succès médical qui redonne espoir aux patientes, à l'image de Fanta Keïta et Oumou Diallo, anciennes fistuleuses, devenues des modèles de résilience face à la stigmatisation.
La modernisation des équipements et le renforcement des ressources humaines dans les structures sanitaires de la région ont considérablement amélioré la prise en charge de la maladie qui touche les femmes. Une amélioration qui permet aujourd'hui à de nombreuses patientes guéries de réapprendre à vivre dignement et de reprendre progressivement leur place au sein de la communauté.
Résident au quartier populaire de Médina Coura, à Tambacounda, et mère de deux enfants, Fanta Keïta est aujourd'hui guérie de la maladie. Cette femme de ménage avait contracté la fistule il y a trente ans, à la suite de complications intervenues lors de son tout premier accouchement.
Du haut de ses cinquante ans, elle garde un souvenir intact de ces années de souffrance.
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"La fistule obstétricale est une maladie douloureuse, mais aujourd'hui je rends grâce à Dieu. Je remercie les autorités qui ne cessent de déployer des efforts pour éliminer la maladie dans la région de Tambacounda", indique-t-elle.
Certes, la guérison lui a permis de renouer avec la vie en communauté, mais elle subit toujours l'impact de la maladie au quotidien. Ses séquelles, particulièrement visibles sur le plan physique, rappellent la lourdeur de son ancien calvaire.
"Les séquelles de la maladie persistent jusqu'à présent", confie l'ancienne fistuleuse. Elle ajoute : "Je marche difficilement et j'ai parfois mal aux hanches, mais je ne me plains pas trop. La maladie ne m'empêche plus de vivre normalement".
Plaidoyer et sensibilisation, comme moyens de lutte contre la maladie
Contrairement au sort de nombreuses femmes souffrant de fistule obstétricale, Fanta n'a été ni abandonnée ni stigmatisée par son époux. Ce dernier a choisi de rester à ses côtés pour la soutenir dans cette épreuve. Le couple ayant même réussi, par la suite, à donner naissance à un second enfant.
"Mon mari était mon principal soutien, mais il est aujourd'hui décédé", dit-elle avec émotion. Depuis son décès, "tout est devenu difficile. Je me bats désormais grâce à un petit commerce pour faire vivre ma famille, mais je rends grâce à Dieu", poursuit-elle.
Au-delà de son combat personnel, Fanta Keïta se fait désormais la voix des sans-voix, en lançant un appel pressant aux autorités et aux communautés.
"Je demande aux autorités de soutenir les femmes qui souffrent de la fistule et celles déjà guéries", plaide-t-elle. Face à l'urgence du dépistage, elle invite les femmes à se rapprocher des structures sanitaires dès l'apparition des premiers symptômes.
Les relais communautaires jouent un rôle de premier plan dans la région de Tambacounda, en assurant l'alerte précoce et le recensement des fistuleuses au sein des villages les plus reculés de la région.
Dans la commune de Tambacounda, Oumou Diallo, elle aussi guérie de la maladie, est devenue une figure de proue de la lutte contre les fistules obstétricales. Aujourd'hui relais communautaire, elle s'illustre comme une référence locale faisant partie de ces acteurs de l'ombre qui contribuent largement au recul de la pathologie dans la région.
Le parcours d'Oumou Diallo diverge pourtant de celui de Fanta Keïta, illustrant le sort cruel de nombreuses victimes. Abandonnée par son époux au plus fort de la maladie, elle a dû mener un combat pour survivre à l'isolement social avant de réussir à se faire soigner et à recouvrer la santé.
"Mon sacerdoce : la guérison des fistuleuses"
Sa guérison marque le début d'un sacerdoce : transformer ces années de souffrance en un engagement au service des autres victimes de la maladie. Depuis 2016, Oumou Diallo consacre sa vie pour l'élimination de la fistule obstétricale dans la région de Tambacounda.
"'Je souffrais de la fistule et à cause cette maladie, j'ai été abandonnée par mon mari. Quand j'ai recouvré la santé, j'ai décidé de tout faire pour aider les autres femmes qui en souffrent", confie-t-elle.
Dans la région de Tambacounda, Oumou parcourt les localités périphériques pour encourager les femmes à fréquenter les structures sanitaires.
"Je suis en contact permanent avec les autres relais communautaires basés dans les différentes localités. Dès qu'un cas nécessite une prise en charge, je procède à son recensement", explique-t-elle.
"J'aimerais alerter les autorités sur la situation de certaines femmes de Makacoulibantang qui, selon mes informations, traversent actuellement la frontière pour se faire soigner en Gambie", affirme-t-elle, appelant l'État sénégalais à tout mettre en œuvre pour les prendre en charge sur place.
Dans la région de Tambacounda, 10% des femmes réparées de la fistule obstétricale présentent des risques de récidive, selon les informations recueillies auprès du service de maternité du Centre hospitalier régional.
Une réalité corroborée par Oumou Diallo, qui alerte sur le quotidien de ces patientes aux séquelles persistantes.
"Certaines sont guéries, mais d'autres gardent des traumatismes persistants. Elles sont nombreuses dans ce cas dans la région. J'invite les autorités et les bonnes volontés à se mobiliser pour les soutenir", plaide-t-elle.