African Parks, l'organisation sud-africaine qui gère des parcs nationaux et aires protégées dans 13 pays du continent, est sous le feu des critiques. Lancée dans les années 2000 par un homme d'affaires néerlandais allié à d'anciens dirigeants des parcs nationaux sud-africains, elle a signé des contrats avec différents gouvernements, qui lui délèguent la gestion de ces parc. African Parks,qui compte le prince Harry au sein de son conseil d'administration, s'est peu à peu imposée comme acteur majeur de la protection de la nature en Afrique, mais non sans controverses.
L'un des reproches faits à African Parks concerne ses méthodes très militaires. Pour Peter Fearnhead, PDG et co-fondateur de l'organisation, cette approche est essentielle afin de contrer les braconniers, mais aussi d'opérer, en coordination avec les gouvernements, dans des zones très sensibles comme au nord du Bénin.
« Nous avons un rôle défensif et non pas offensif, explique-t-il. Pour vous donner un exemple, nous sommes tombés la dernière fois sur un engin explosif improvisé. C'est nous qui l'avons repéré lorsqu'il a été installé. L'armée est ensuite appelée sur place, et c'est eux qui sont responsables et qui amènent les experts. Il y a des rôles et des responsabilités bien distinctes mais nous opérons sur un territoire commun. »
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Liste de recommandation
L'autre parc au coeur de polémiques, c'est celui d'Odzala-Kokoua, au Congo-Brazzaville. Suite à des accusations d'une ONG britannique, dénonçant des viols et des tortures sur les populations locales Baka, puis une enquête d'un cabinet indépendant, African Parks a reconnu que des violations des droits humains s'y étaient produites.
« Le cabinet d'avocats nous a fourni une longue liste de recommandations, et nous avons intégré tout cela à un plan de réponse très complet. Il y a toujours des risques, quels ques soient les mesures préventives mises en place, mais le plus important, c'est qu'il y ait une tolérance zéro », estime Jean Labuschagne, la directrice des projets de conservation de l'organisation sud-africaine.
Le Tchad avait, lui, décidé de mettre fin à ses deux contrats avec African Parks en octobre, mais après une volte-face, ces partenariats qui bénéficient de financements européens ont finalement été relancés.
« African Parks semble parfois venir avec son modèle tout fait »
L'ONG s'est donné l'objectif d'obtenir d'ici 2030 la gestion de 30 aires protégées sur le continent, alors qu'elle en supervise pour l'instant 24. Ce modèle, très inspiré du système sud-africain de protection des parcs naturels, est source de critiques. Ses détracteurs dénoncent une « conservation forteresse » héritée d'une forme de colonialisme vert, avec une confiscation de la nature pour les populations locales qui se retrouvent privées de leurs ressources. Pour Beth Kaplin, professeure à l'université du Rwanda, il y a des points à améliorer.
« Avant de commencer, je voudrais quand même préciser qu'African Parks a fait beaucoup de choses pour la protection de la nature et la biodiversité, parce qu'ils travaillent dans des zones extrêmement complexes. Mais des questions se posent autour du développement de capacités sur place. Par exemple, une grande partie des recherches sont menées en fonction de leurs besoins, souvent depuis l'extérieur, sans forcément établir de partenariat avec les universités locales », explique-t-elle.
« Ils n'hésitent pas, non plus, à déplacer des animaux, notamment parce que cela peut favoriser le tourisme, et qu'ils cherchent à rendre les parcs financièrement autonomes. Parfois, African Parks semble venir avec leur modèle tout fait, et cela sépare les parcs des populations locales. Je pense pourtant que les deux camps doivent trouver un terrain d'entente, parce qu'il s'agit d'un problème extrêmement sérieux, et important : nous devons élaborer des solutions pour ne pas perdre toutes ces espèces mais sans faire souffrir les populations au nom de la protection de la nature. »