Cameroun: Socadel - Le nouveau DG face à 850 milliards de dettes et un contrat de performance radical

La Société camerounaise d'électricité hérite d'une ardoise de près de 850 milliards de FCFA. C'est dans ce contexte d'urgence financière qu'Oumarou Hamandjoda prend la tête de la Socadel, avec un mandat de trois ans, renouvelable une fois, conditionné à des résultats mesurables et datés.

Un contrat de performance inédit structuré autour de 20 indicateurs

Le contrat de performance qui encadre ce mandat est bâti sur vingt indicateurs répartis en cinq piliers. La qualité du service pèse 33 % de l'évaluation globale. Les finances représentent 27 %. Le volet commercial compte pour 20 %, la gouvernance pour 15 %, et la sécurité avec les ressources humaines pour 5 %.

Ce découpage traduit une priorité claire : redresser un opérateur électrique en crise profonde, sans sacrifier la qualité de fourniture aux abonnés.

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Les racines du mal : déficit chronique et recouvrement insuffisant

Le taux de recouvrement actuel de Socadel stagne à 77,5 %. Ce chiffre signifie qu'une facture sur quatre n'est pas réglée. Résultat : un déficit de trésorerie récurrent de 13 milliards de FCFA par mois.

Le contrat impose une remontée progressive et documentée : 78 % en 2026, 84 % en 2027, 90 % en 2028. La croissance du chiffre d'affaires est également exigée, à hauteur de 4 % dès la première année, puis 6 % sur la période suivante.

Les leviers commerciaux : compteurs prépayés et lutte contre la fraude

La migration vers les compteurs prépayés constitue l'un des axes commerciaux prioritaires du mandat. L'objectif fixé pour 2026 est précis : 60 668 conversions. Ce basculement permet à Socadel d'encaisser avant de livrer, éliminant mécaniquement une partie du risque d'impayés.

L'autre levier est la lutte contre la fraude sur le réseau électrique. Les gains attendus sont chiffrés à 500 millions de FCFA par mois dès 2026. C'est un montant considérable, qui suppose une capacité de contrôle de terrain renforcée et des outils de détection efficaces.

Qualité de service : des objectifs techniques chiffrés et contraignants

Sur le plan technique, Oumarou Hamandjoda devra réduire la durée moyenne des interruptions de courant par client, en la faisant passer de 51,5 à 45,8 heures annuelles. Les pertes techniques et commerciales devront reculer de 12,5 % à 8,5 % d'ici 2028.

En parallèle, le taux d'exécution du plan d'investissement ne pourra jamais descendre sous 80 % sur une année donnée. Ces seuils sont directement liés à l'évaluation du directeur général et, in fine, au renouvellement de son mandat.

Crédibilité institutionnelle et accès à l'énergie pour des millions de Camerounais

Les prochains mois détermineront si Socadel est capable de stabiliser sa trésorerie et d'amorcer la migration vers les compteurs prépayés à l'échelle prévue. Un premier signal de recouvrement positif en 2026 constituerait une rupture symbolique forte.

L'enjeu dépasse la seule entreprise. Une Socadel assainie conditionne la capacité du Cameroun à attirer des investissements dans son secteur énergétique, à financer de nouvelles infrastructures et à garantir un accès fiable à l'électricité dans les zones périurbaines et rurales.

La question qui restera ouverte

Un contrat de performance peut fixer des chiffres. Il ne peut pas, seul, résoudre les causes structurelles d'un secteur électrique sous-financé depuis des décennies. Oumarou Hamandjoda disposera-t-il des leviers institutionnels et budgétaires réels pour transformer ces indicateurs en résultats tangibles pour les abonnés ?

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