Tunisie: Énergies fossiles et transition climatique - Les raisons de l'abstention tunisienne à l'ONU

L'Assemblée générale des Nations unies a adopté, le 20 mai 2026, une résolution qualifiée d"'historique" qui confère une portée juridique internationale aux engagements climatiques des États. Le texte, référencé A/80/L.65, a été approuvé à une large majorité de 141 voix, tandis que la Tunisie a choisi de s'abstenir.

La Tunisie s'est ainsi rangée parmi un groupe de 28 pays abstentionnistes, dont plusieurs États arabes, notamment l'Algérie, Bahreïn, l'Irak, le Koweït, la Libye, Oman, le Qatar, le Soudan et la Syrie.

Au coeur des réserves exprimées par Tunis figure l'article 4 de la résolution, considéré comme particulièrement sensible pour plusieurs pays dépendants des énergies fossiles ou confrontés à d'importants défis de développement.

Cet article appelle explicitement les États, dans le cadre de l'Accord de Paris et en tenant compte de leurs situations nationales respectives, à mettre en oeuvre des politiques permettant de limiter le réchauffement climatique mondial à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels.

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Le texte prévoit notamment de tripler, d'ici 2030, les capacités mondiales de production d'électricité à partir des énergies renouvelables et de doubler le rythme annuel moyen d'amélioration de l'efficacité énergétique. Il encourage également une sortie progressive des énergies fossiles dans le cadre d'une transition "juste, ordonnée et équitable", avec pour objectif la neutralité carbone à l'horizon 2050.

La résolution appelle en outre à la suppression progressive des subventions jugées inefficaces accordées aux combustibles fossiles, considérées comme contraires aux objectifs de transition énergétique et de lutte contre la précarité énergétique.

Pour plusieurs observateurs, ces dispositions touchent directement aux équilibres économiques et énergétiques de nombreux pays, dont la Tunisie. Des experts estiment que l'abstention tunisienne traduit la volonté de ne pas s'engager dans une trajectoire susceptible, selon eux, de fragiliser les efforts de développement, la sécurité énergétique nationale et la stabilité des prix sur le marché intérieur.

Le débat met en lumière le dilemme auquel sont confrontés plusieurs États du Sud : concilier les impératifs de justice climatique mondiale avec les contraintes économiques et sociales internes, dans un contexte de forte vulnérabilité énergétique.

Les défenseurs de la justice climatique considèrent toutefois cette résolution comme une avancée majeure. S'appuyant sur l'avis consultatif rendu par la Cour internationale de justice en juillet 2025, le texte marque un tournant en faisant passer la question climatique du domaine des engagements politiques à celui du droit international.

Désormais, le non-respect des engagements climatiques pourrait être considéré comme un "fait internationalement illicite". La résolution reconnaît également le droit à une "réparation intégrale" pour les États victimes de dommages liés au changement climatique, notamment les petits États insulaires particulièrement exposés.

Même si cette résolution n'est pas juridiquement contraignante, elle offre une base légale renforcée aux juridictions nationales et internationales pour engager la responsabilité des États et des grandes entreprises fortement émettrices de gaz à effet de serre.

Avec ce vote, l'Assemblée générale des Nations unies ouvre une nouvelle étape dans la gouvernance climatique mondiale, où les enjeux environnementaux relèvent désormais autant du droit et de la justice internationale que de la diplomatie.

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