La multiplication des agressions contre les employés du transport public, le manque d'autobus sur les routes, l'absence d'accord collectif renouvelé depuis plusieurs années ainsi que les disparités dans les conditions de travail étaient au coeur d'une conférence de presse organisée hier à Grande-Rivière par l'Union of Bus Industry Workers (UBIW). Les représentants syndicaux ont tiré la sonnette d'alarme sur une situation qu'ils jugent de plus en plus préoccupante pour les travailleurs comme pour les usagers.
Le président de l'UBIW, Saleem Bacsoo, a d'emblée évoqué les nombreuses plaintes des usagers concernant le manque de transport. «Les travailleurs se plaignent eux-mêmes qu'il n'y a pas suffisamment d'autobus sur les routes. Nous demandons une amélioration du transport public, mais aussi des conditions de travail», a-t-il déclaré.
Le syndicaliste rappelle qu'un accord collectif signé en 2013 devait être renégocié en 2016, mais que le dossier est toujours au point mort. Il s'est également interrogé sur certaines pratiques concernant le recrutement de travailleurs étrangers. Selon lui, dans une compagnie, des employés étrangers auraient obtenu dès leur arrivée des congés locaux et des congés maladie, contrairement à certains relief workers locaux.
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Saleem Bacsoo estime toutefois que certaines initiatives annoncées par les autorités, notamment le Fleet Management System destiné à informer les usagers de l'heure d'arrivée des autobus, pourraient améliorer le service. Il a aussi évoqué le Bus Service Bill, qui, selon lui, devrait inclure des dispositions renforçant la protection des travailleurs du secteur.
De son côté, Alain Kistnen, secrétaire du syndicat, a insisté sur les conséquences directes du manque d'autobus sur les employés de terrain. «Lorsqu'il n'y a pas assez de bus, ce sont les contrôleurs et les chauffeurs qui subissent la colère des voyageurs. Les usagers deviennent plus violents et ce n'est pas normal que des travailleurs soient agressés sur leur lieu de travail».
Il a cité le cas récent d'un employé de la CNT agressé la semaine dernière, déplorant le manque de suivi rapide après ce type d'incident. Pour le syndicat, le climat d'insécurité explique aussi pourquoi de moins en moins de personnes souhaitent rejoindre le secteur du transport public. Alain Kistnen a également pointé du doigt les longues années d'attente avant que certains employés puissent bénéficier pleinement de congés payés ou de sick leave.
Le secrétaire de l'UBIW s'interroge également sur le rôle de la police du transport et réclame une meilleure coordination entre la police, la National Land Transport Authority, le ministère du Transport et les acteurs du secteur afin de lutter contre les problèmes récurrents, notamment la congestion routière.
Le négociateur syndical Ashvin Gudday s'est, quant à lui, appesanti sur le blocage des négociations collectives avec les compagnies de transport privé. Selon lui, cela fait plus de deux ans que les discussions sont au point mort au niveau de la Commission for Conciliation and Mediation (CCM). «La CCM est une instance de médiation et non une cour de justice. Pourtant, malgré les délais prévus, les négociations traînent depuis plus de deux ans.»
Ashvin Gudday estime que les accords collectifs sont essentiels pour garantir un équilibre social et réduire les inégalités dans le monde du travail. Il déplore aussi les écarts de conditions salariales entre les différentes compagnies pour des postes similaires. «Ce n'est pas normal qu'un chauffeur qui travaille depuis 17 ans gagne presque le même salaire qu'un nouvel employé étranger», soutient-il, tout en précisant que le syndicat n'est pas opposé aux travailleurs étrangers.