Ile Maurice: 400 filaos menacés pour une vingtaine de villas de luxe

À la plage de Pomponette, les filaos pourraient bientôt disparaître. Leurs racines, mises à nu par le recul du trait de côte, s'étalent sur le sable comme un avertissement. Des gabions brisés jonchent la plage. Des escarpements de plus d'un mètre et demi marquent le front de mer. Ce littoral de la côte sud disparaît progressivement et, pourtant, c'est précisément là qu'un promoteur privé souhaite construire 20 villas de luxe avec piscines individuelles.

C'est ce que des organisations environnementales - Eco-Sud, MRU2025, Coral Garden Conservation, Sea Users Association et Platform Moris Lanvironnman - sont venues dénoncer ce jeudi matin lors d'une visite de site à Riambel. «Les gens ne savent pas ce qui se passe ici. Bientôt, s'il n'y a pas de réaction, ce sont 20 villas et 20 piscines qui vont s'installer là où tout le monde vient se baigner», alerte Carina Gounden de MRU2025.

Le terrain de quatre arpents, situé sur des Pas Géométriques, appartient à l'État. Il s'agit d'un patrimoine foncier côtier censé rester accessible au public. En 2007, un bail avait été accordé à Kwavungu Company Ltd pour un projet hôtelier qui n'a jamais vu le jour. En 2017, sous l'ancien régime et sans consultation publique, ce bail a été reconverti en projet de villas de luxe. En 2022, les villas commencent à être commercialisées sur plan, soit deux ans avant l'obtention des permis de construire, délivrés uniquement en décembre 2024.

«Il y a énormément d'opacité dans ce dossier. Le processus d'EIA redonne une dimension démocratique à ce débat. Il redonne au public le droit de s'exprimer sur le devenir d'un bien qui lui appartient», souligne Carina Gounden. Sébastien Sauvage, d'EcoSud, abonde dans le même sens : «Si le ministère impose une EIA, nous pourrons participer aux consultations publiques et expliquer les problèmes du site. C'est tout l'intérêt de ce processus.»

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«Une dune de sable est un écosystème dynamique. Elle nous protège comme une barrière naturelle. On ne peut pas autoriser un projet comme celui-là sans même réaliser une EIA», insiste Gilbert Ricot, de Coral Garden Conservation. Il rappelle qu'une étude commandée par le ministère de l'Environnement projette une élévation du niveau de la mer pouvant atteindre 1,80 mètre d'ici 2100 sur la côte sud.

Pour rappel, le Building and Land Use Permit (BLUP) a été délivré le 12 décembre 2024 par le conseil de district de Savanne. Le clearance accordé par le ministère de l'Environnement sous l'ancien régime, en date du 24 avril 2024, n'exigeait pas d'EIA au motif que le projet ne dépassait pas le seuil des 50 unités de construction, seuil souvent utilisé pour contourner l'obligation d'une évaluation environnementale.

Par ailleurs, ni ce clearance ni le BLUP ne démontrent que les exigences du Climate Change Act, qui impose l'intégration de la résilience climatique dans toute décision d'aménagement, ont été respectées.

C'est dans ce contexte que les organisations environnementales ont interpellé, en décembre 2024, le gouvernement actuel ainsi que le ministère de l'Environnement, en s'appuyant sur l'article 30 de l'Environment Act 2024, qui prévoit que : «When a project or an activity not specified as an undertaking in the 6th Schedule is, by reason of its nature, scope, scale, and sensitive location, likely to have an impact on the environment or on the zoning of an area, that project or activity shall be considered an undertaking by the Minister.»

À la suite d'une visite de site conjointe le 26 décembre 2024, le ministre de l'Environnement, Rajesh Bhagwan, a officiellement exigé en janvier 2025 qu'une EIA complète soit réalisée avant toute poursuite du projet. Le promoteur a choisi de contester cette décision devant l'Environment and Land Use Appeal Tribunal.

Une audience cruciale est attendue le 28 mai 2026. Fait rare : cette fois, c'est le ministère de l'Environnement lui-même - et non uniquement la société civile - qui se retrouvera face au promoteur devant le tribunal.

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