Le National Wholesale Market (NWM) de Wooton sera décentralisé. L'Agricultural Marketing Board (AMB) travaille actuellement sur les modalités de cette extension vers d'autres régions stratégiques. Le projet a été avalisé par le Conseil des ministres du vendredi 15 mai. Les procédures sont en cours afin qu'un marché de gros soit opérationnel à Goodlands d'ici la fin de mai. Des dispositions sont également envisagées pour la mise en place d'une structure similaire dans la région Est.
Le NWM de Wooton avait initialement été conçu comme un projet de centralisation avec le transfert des trois marchés de vente aux enchères existants de Port-Louis, de Flacq et de Vacoas vers un site unique doté d'installations modernes, permettant également aux producteurs de vendre directement aux détaillants. Cette démarche visait à moderniser la commercialisation des produits agricoles, à améliorer la transparence du marché et à faciliter l'écoulement des fruits et légumes locaux, tout en cherchant à renforcer les revenus des planteurs et à offrir aux consommateurs des produits de qualité à des prix abordables.
Doté d'une superficie de 30 arpents et couvrant plus de 5 400 mètres carrés, le NWM comprend un marché pour planteurs, un espace de vente en gros destiné aux commerçants, une halle de vente aux enchères ainsi que des espaces de stationnement. Rappelons que le projet était envisagé depuis 2008. Il aura fallu une dizaine d'années avant la pose de la première pierre en 2017. Initialement prévu pour être opérationnel en 2020, il a connu plusieurs reports avant son inauguration le 27 juillet 2023.
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Shemida Ramdewar Emirth, représentante des encanteurs, relève que l'objectif initial de la centralisation était d'établir un prix en gros unique afin de protéger les consommateurs contre certaines pratiques abusives. Elle ajoute cependant : «Nous n'avons pas pu contrôler les hausses de prix. Par exemple, le concombre vert était vendu à Rs 10 à l'encan et se retrouvait à Rs 60 dans les supermarchés. Maintenant, on parle de décentralisation. C'est vrai que cela présente des avantages, car ce sera plus proche et permettra d'économiser du carburant. Mais avec trois sites, comment pourra-t-on identifier le véritable prix de référence afin d'éviter les abus de prix pour les consommateurs ?»
Sécurité sanitaire
Autre point soulevé au-delà de la logistique : la sécurité sanitaire. Shemida Ramdewar-Emirth s'interroge sur la capacité financière à reproduire de tels marchés au vu du coût du site de Wooton. L'enjeu, selon elle, est de garantir que les produits soient acheminés et vendus dans des conditions optimales, notamment protégés des rats - en particulier en raison des risques de maladies comme la leptospirose - ainsi que du soleil et de la pluie. «Il faut que cela se fasse dans de bonnes conditions d'hygiène et avec des infrastructures adéquates afin d'assurer un meilleur service aux consommateurs et aux planteurs», affirme-t-elle.
De son côté, Krit Beeharry, représentant de la plateforme Planteur des îles, souligne que chaque région possède sa propre spécificité agricole : le plateau central se spécialise dans la carotte, le chouchou ou la laitue, tandis que Belle-Mare est davantage orientée vers le piment et l'aubergine. Selon lui, le choix de Wooton comme point central était stratégique, étant donné que «70 % des légumes sont produits sur le plateau central et dans le Sud.»
Bien que le NWM ait contribué à une certaine stabilisation des prix, Krit Beeharry relève plusieurs manquements logistiques au modèle actuel. Il pointe du doigt les problèmes de stationnement et les horaires d'opération, entre autres. Avec un flux quotidien de 1 200 véhicules, l'urgence de décharger et de vendre au plus vite sur la plateforme est un défi majeur, nous fait-il comprendre.
Estimant que la situation évolue au fil des années, il considère que le projet d'un Wholesale Market à Goodlands fera office de test pour évaluer la viabilité de la décentralisation. Il avance qu'il faut réunir les éléments de la règle des 4P pour réussir : les personnes, People, soit les planteurs et les marchands ; le lieu, Place, représentant l'emplacement stratégique des marchés ; le prix, Price, pour garantir la stabilité et la transparence ; et enfin la mise en avant des produits, Promotion. Pour Krit Beeharry, seule l'expérience du terrain permettra de valider ce modèle car «si on n'essaie pas, on ne saura pas».