La séance de questions d’actualité à l’Assemblée nationale du Sénégal, ce vendredi 22 mai, a permis au Premier ministre Ousmane Sonko et à plusieurs membres du gouvernement de détailler les grandes orientations de l’exécutif.
Transparence dans la gestion publique, emploi des jeunes, patriotisme économique, cybersécurité ou encore souveraineté culturelle ont dominé les échanges.
Fonds politiques : Sonko assume ses divergences avec le président
Ousmane Sonko a particulièrement insisté sur la nécessité d’encadrer davantage les fonds politiques, un sujet qui suscite le débat depuis les déclarations du président Bassirou Diomaye Faye sur leur utilité stratégique.
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Face aux députés, le Premier ministre a rappelé que la transparence dans la gestion des ressources publiques constituait un engagement historique de PASTEF-Les Patriotes. Sans remettre en cause l’existence de ces fonds, il a plaidé pour un mécanisme de contrôle inspiré de certaines démocraties occidentales.
Le chef du gouvernement a reconnu une divergence d’approche avec le président de la République sur cette question, estimant qu’« aucun fonds public ne doit échapper au contrôle ». Il a également averti qu’une initiative parlementaire sur le sujet, en dehors de l’Exécutif, pourrait être perçue comme un revers politique pour le pouvoir.
Emploi et patriotisme économique : Priorité à la souveraineté nationale
Autre axe majeur de cette séance : l’emploi et la réorientation économique. Ousmane Sonko a réaffirmé que la création d’emplois constituait « une priorité absolue » du gouvernement, promettant des milliers de postes dans les prochaines années.
Le Premier ministre a défendu une stratégie fondée sur le patriotisme économique, avec une volonté affichée de renforcer la place des entreprises et des capitaux sénégalais dans les secteurs productifs.
Un projet de loi sur cette question devrait prochainement être présenté afin de favoriser un ancrage plus fort de l’économie nationale. Tout en maintenant l’ouverture aux investisseurs étrangers, le gouvernement souhaite désormais garantir une participation plus importante des acteurs locaux dans la création de richesse.
Loi sur l’homosexualité : Un discours ferme sur l’application du texte
Interrogé sur la nouvelle loi relative à l’homosexualité, le chef du gouvernement a adopté une ligne particulièrement ferme. Il a assuré que le texte serait appliqué « dans toute sa rigueur et sans distinction de statut social ou politique ».
Dans un discours aux accents souverainistes, Ousmane Sonko a rejeté les critiques formulées par certains pays occidentaux, estimant que le Sénégal n’avait « aucune leçon à recevoir » sur ses choix de société.
Il a également exclu toute idée de moratoire sur l’application de la loi, tout en évoquant la possibilité d’un durcissement futur des dispositions si nécessaire.
Vie chère, hydrocarbures et finances publiques
Sur le front économique, le Premier ministre a reconnu les difficultés vécues par les populations, affirmant que l’État tentait d’amortir les effets des tensions économiques à travers des subventions et des mesures de soutien.
Le ministre de l’Énergie, Birame Soulèye Diop, a de son côté plaidé pour des réformes fiscales adaptées au secteur des hydrocarbures, confronté à la hausse des coûts énergétiques et à de fortes contraintes structurelles.
Quant au ministre des Finances, Cheikh Diba, il est revenu sur la cyberattaque ayant touché le Trésor public. Il a assuré que les salaires des fonctionnaires seraient versés avant la fin du week-end, tout en reconnaissant la multiplication des attaques numériques contre les infrastructures stratégiques de l’État.
Cybersécurité, gouvernance numérique et justice : L’État veut renforcer sa défense
Dans ce contexte, le ministre de la Communication et du Numérique, Alioune Sall, a insisté sur la nécessité de renforcer la cybersécurité nationale. Face à la recrudescence des menaces numériques, il a assuré que la protection des systèmes d’information était désormais considérée comme un enjeu de sécurité nationale.
Concernant la justice, la ministre Yassine Fall a estimé que les résultats du Pool judiciaire et financier étaient « en deçà des attentes des Sénégalais ».
Depuis 2024, aucune affaire majeure de détournement de fonds publics ou de blanchiment n’a encore été jugée, ce qui affecte la crédibilité de l’institution et ouvre la voie à de nouvelles réformes.
À ce sujet, un projet de décret, déjà approuvé par le président de la République, est actuellement à l’étude afin de recentrer le Pool judiciaire et financier sur les grandes affaires économiques et financières.
Une majorité qui cherche à imprimer sa marque
À travers cette séance parlementaire, l’Exécutif a tenté de défendre sa nouvelle ligne politique.
Cependant, derrière les annonces et les engagements, plusieurs sujets notamment les fonds politiques, la vie chère ou encore les tensions sociales continuent d’alimenter le débat public et de placer le gouvernement face à de fortes attentes.