Réunis à Kigali pour la 13e édition de l'Africa CEO Forum 2026, plus de 2 800 dirigeants publics et privés venus de 77 pays ont affiché une ambition désormais assumée : faire passer l'Afrique d'une juxtaposition de marchés fragmentés à une véritable puissance économique intégrée. Pendant deux jours, chefs d'État, investisseurs, industriels, banques et institutions financières ont plaidé pour un changement d'échelle du capitalisme africain.
Placée sous le thème « Scale or fail : pourquoi le capitalisme africain doit unir ses forces », cette édition 2026 du forum, organisée par Jeune Afrique Media Group et coorganisée avec l'International Finance Corporation, a mis au coeur des débats une conviction forte : dans un monde dominé par les logiques de taille, l'Afrique ne pourra peser qu'en mutualisant davantage ses capitaux, ses infrastructures et ses cadres réglementaires.
Le défi de la taille critique
Derrière les discours et les panels, le sommet de Kigali a surtout consacré une idée devenue centrale dans les cercles économiques africains : le continent doit désormais bâtir des champions régionaux capables de rivaliser à l'échelle mondiale.
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Dans un contexte international marqué par la fragmentation des échanges ; la recomposition des flux de capitaux ; le retour des logiques de blocs ; et l'affaiblissement du multilatéralisme, les participants ont insisté sur l'urgence pour l'Afrique de dépasser la dispersion de ses marchés nationaux.
Le concept de « shared ownership » (propriété partagée) s'est imposé comme l'un des fils conducteurs du forum. L'idée : encourager davantage de prises de participation transfrontalières et mobiliser les capitaux institutionnels africains pour financer l'industrialisation et les infrastructures du continent.
Près de 2 milliards de dollars d'accords annoncés
Au-delà des débats, l'édition 2026 a également été marquée par une série d'annonces financières majeures. Selon les organisateurs, près de 2 milliards de dollars d'accords, de partenariats et de protocoles d'entente ont été signés durant le forum.
Parmi les acteurs impliqués figurent notamment Equity Bank, Visa, Access Bank, BOAD, ou encore Shelter Africa Development Bank.
L'International Finance Corporation (IFC) a, à elle seule, annoncé plus d'un milliard de dollars d'engagements dans plusieurs secteurs stratégiques : infrastructures, énergie, agriculture, finance, numérique et industrie.
Pour Makhtar Diop, le défi n'est plus celui du potentiel africain, mais celui de l'exécution.
« Ce qui définira cette décennie, c'est notre capacité à exécuter à grande échelle », a-t-il déclaré, appelant à transformer « l'énergie en industries, les industries en emplois et les investissements en améliorations concrètes dans la vie des populations ».
Mutualiser capitaux, infrastructures et règles du jeu
Les échanges de Kigali ont principalement porté sur trois leviers considérés comme essentiels : les investissements partagés ; les infrastructures partagées ; et les cadres réglementaires harmonisés.
L'objectif affiché est clair : faciliter la circulation des capitaux, des biens, des services et des talents à l'échelle continentale afin d'accélérer l'intégration économique africaine.
Le président de l'Africa CEO Forum, Amir Ben Yahmed, a résumé l'enjeu en des termes directs : « Le véritable enjeu pour l'Afrique n'est plus seulement de faire émerger des champions nationaux, mais de bâtir des acteurs continentaux capables de peser dans un monde dominé par les logiques de taille et d'influence. »
Un économiste sénégalais distingué
L'un des moments marquants du sommet a également été la remise de la première édition de l'Africa NextGen Economist Prize, créé par Jeune Afrique Media Group et The Africa Report en partenariat avec la Banque africaine de développement.
Le prix a été attribué à Abdoulaye Ndiaye, professeur assistant à la Stern School of Business de New York University, pour ses travaux sur les finances publiques, la fiscalité, la mobilisation des ressources domestiques, et la dette souveraine africaine.
À Kigali, le message final du forum a été sans ambiguïté : l'Afrique ne pourra changer d'échelle qu'en construisant un capitalisme davantage intégré, capable de mobiliser ses propres ressources et de transformer son potentiel démographique en puissance économique réelle.