Les États-Unis ont sanctionné, jeudi 21 mai, le haut responsable policier tanzanien Faustine Jackson Mafwele, accusé d'être impliqué dans de graves violations des droits humains contre deux militants est-africains arrêtés il y a un an à Dar es Salaam.
Le Département d'État américain affirme disposer « d'informations crédibles » impliquant ce commissaire adjoint principal de la police tanzanienne dans des actes de torture et de violences sexuelles visant l'Ougandaise Agather Atuhaire et le Kényan Boniface Mwangi. Le responsable est désormais interdit d'entrée sur le territoire américain.
Le 23 mai 2025, les deux militants étaient venus en Tanzanie pour soutenir l'opposant Tundu Lissu, poursuivi pour trahison. Peu après leur arrivée à Dar es Salaam, ils avaient été arrêtés par les forces de sécurité tanzaniennes. Tous deux affirment avoir ensuite été détenus, torturés et agressés sexuellement pendant plusieurs jours avant d'être abandonnés près de leurs frontières respectives.
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Un an plus tard, Agather Atuhaire dit se sentir « enfin entendue ». « Ma première réaction, ça a été un immense soulagement, explique la journaliste ougandaise. J'ai eu le sentiment que le monde se souciait enfin de ce qui était arrivé à Boniface et à moi ». Pendant des mois, poursuit-elle, elle a eu l'impression que les responsables « restaient totalement impunis » et « continuaient à commettre des atrocités contre d'autres personnes ».
Mais pour Agather Atuhaire, les sanctions américaines ne suffisent pas : « Cela ne doit pas s'arrêter à Mafwele, parce qu'il recevait clairement des ordres », affirme-t-elle. La journaliste estime que des responsables politiques tanzaniens ont « justifié » les violences qu'elle et Boniface Mwangi disent avoir subies. « Ces gens doivent être arrêtés. Sinon, il y aura encore d'autres victimes. »
Selon elle, Faustine Mafwele aurait personnellement supervisé les opérations menées contre eux. À l'AFP, Agather Atuhaire affirme que le haut responsable policier « a appelé des hommes de main et leur a ordonné de nous kidnapper et de nous torturer ».
Une figure redoutée de l'appareil sécuritaire
Pour le chercheur tanzanien Nicodemus Minde, le choix de Washington de cibler Faustine Mafwele n'a « rien d'anodin ». « Beaucoup le présentent comme l'homme derrière les enlèvements, mais aussi derrière la répression et les opérations illégales liées à l'État », explique-t-il.
Entre 2011 et 2015, Faustine Mafwele dirigeait les enquêtes criminelles à Arusha, dans le nord de la Tanzanie, une période marquée par une forte mobilisation du parti d'opposition Chadema. Selon Nicodemus Minde, il a été accusé d'être lié à la mort de plusieurs responsables du parti lors des manifestations de janvier 2011.
Le chercheur affirme également que des victimes et des familles le présentent régulièrement comme « le cerveau derrière » plusieurs opérations de torture et de disparition. « Il est aussi décrit comme un homme craint jusque dans la hiérarchie policière tanzanienne », ajoute-t-il.
Pour Nicodemus Minde, la sanction américaine est certes symbolique, mais elle traduit aussi « une pression croissante des États-Unis et d'autres puissances occidentales » contre Dar es Salaam sur les questions de droits humains. Cette décision intervient alors que les critiques internationales contre le gouvernement de Samia Suluhu Hassan se multiplient depuis plusieurs mois. Mercredi encore, des sénateurs américains appelaient à revoir les relations entre Washington et la Tanzanie.