Sénégal: Gestion des fonds politiques - Sonko prend le contrepied de Diomaye et réclame la fin de l'opacité

Les divergences entre le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et son Premier ministre, Ousmane Sonko, semblent désormais dépasser le seul cadre politique. S'exprimant hier, vendredi 22 mai, devant les députés dans le cadre de sa cinquième séance de questions d'actualité au gouvernement, Ousmane Sonko a affiché son désaccord total avec le chef de l'État sur la gestion des fonds politiques, plaidant pour leur contrôle et leur traçabilité, au nom des engagements de rupture pris devant les Sénégalais.

Alors qu'on croyait que la politique était au centre de leur malentendu, les divergences entre le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et son Premier ministre, Ousmane Sonko, s'étendent en réalité bien au-delà. S'exprimant hier, vendredi 22 mai, devant les députés dans le cadre de sa cinquième séance de questions d'actualité au gouvernement, le Premier ministre Ousmane Sonko a révélé un autre point important de la gouvernance des affaires publiques sur lequel il ne partage pas la même vision que le président de la République. Il s'agit de la question des fonds politiques.

Là où le chef de l'État, Bassirou Diomaye Faye, semble privilégier le statu quo, Ousmane Sonko revendique une rupture totale avec l'opacité entourant la gestion de ces fonds politiques. Répondant à l'interpellation d'un parlementaire, le chef du gouvernement n'est pas allé par quatre chemins pour marquer son désaccord avec la position du chef de l'État exprimée lors de son dernier entretien avec les médias.

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Estimant que la réforme de ces fonds relève d'une promesse électorale, il a assuré que « le président de la République s'est trompé sur cette question ». « Sur les fonds politiques, le président de la République s'est trompé et j'ai espoir qu'il reviendra à de meilleurs sentiments. On n'a jamais dit au Président qu'on allait supprimer les fonds politiques, mais qu'il fallait les contrôler. Même dans les grandes démocraties comme la France, ces fonds sont contrôlés », a-t-il martelé, avant de révéler qu'il bénéficie lui-même, à la Primature, de fonds politiques à hauteur de 1,770 milliard de FCFA.

« Donc, ce n'est pas un débat de personnes, mais de principe. Aucun centime appartenant aux Sénégalais ne doit échapper au contrôle. Ça n'existe ni aux États-Unis, ni en France, ni en Allemagne. Cela ne doit pas prospérer ici, au Sénégal. » Poursuivant son propos, le Premier ministre a par ailleurs révélé avoir porté à deux reprises un projet de réforme de ces fonds devant le président de la République, sans obtenir de validation.

« Quand on m'a dit que le député Guy Marius Sagna était sur le point de déposer une proposition de loi sur les fonds politiques, je suis allé voir le président de la République pour lui dire que ce serait honteux pour nous de laisser cette initiative à l'Assemblée alors que c'est un engagement de l'Exécutif. J'ai réuni une équipe d'experts composée d'agents du Trésor public, du ministère des Finances et de conseillers. Nous avons effectué un travail remarquable que j'ai remis au Secrétaire général du gouvernement afin qu'il soit soumis au Conseil des ministres », a-t-il assuré, avant de préciser dans la foulée que le président lui a opposé les arguments qu'il a récemment exprimés à la télévision.

Loin de s'en tenir là, le chef du gouvernement a poursuivi en soulignant être revenu à la charge avec un autre texte en pré-conseil, sans parvenir à faire infléchir la position du chef de l'État. « Il m'a demandé de lui accorder du temps pour formuler ses observations. Je lui ai concédé cela. Mais dans les prochains jours, s'il ne fait rien, je reviendrai à la charge. Le plus surprenant, c'est que lorsque j'ai présenté le travail, les agents du Trésor m'ont dit que tout cela avait déjà été pris en compte par Mamadou Dia. J'ai donné les définitions des fonds politiques, des fonds secrets et des fonds spéciaux », a-t-il indiqué, avant de conclure : « Les fonds sont indispensables. Je vous le dis ici. Moi, j'ai des fonds. Mon DAGE est là. À chaque fois qu'il y a des urgences sanitaires ou sociales, je lui demande toujours d'aller payer directement à l'hôpital et de ne jamais verser de l'argent. Il y a toujours une traçabilité. »

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