Devant les députés, le Premier ministre Ousmane Sonko a détaillé les équilibres complexes de la politique sénégalaise des hydrocarbures. Entre subventions massives et recettes fiscales élevées, le gouvernement cherche une voie qui préserve à la fois les finances publiques et le pouvoir d'achat des ménages.
Face aux parlementaires, hier vendredi 22 mai 2026 en séance des questions d'actualité au gouvernement, Ousmane Sonko a livré une analyse approfondie de la politique nationale de subvention des carburants. Chiffres à l'appui, le chef du gouvernement a mis en lumière une réalité souvent absente du débat public : sur plusieurs années, les recettes fiscales générées par les hydrocarbures ont dépassé les montants engagés par l'État pour soutenir les prix à la pompe.
Selon les données présentées, seules les années 2022 et 2023 ont enregistré un niveau de subventions supérieur aux recettes tirées de la fiscalité pétrolière. En 2022, dans un contexte international marqué par la guerre en Ukraine et la flambée des cours mondiaux, l'État sénégalais a mobilisé 750 milliards de FCFA en subventions, contre 523 milliards de recettes fiscales, soit un déficit de 227 milliards. En 2023, le déséquilibre s'est maintenu avec un écart négatif estimé à 346 milliards.
À l'inverse, les autres exercices ont largement favorisé les recettes du Trésor. En 2021, les subventions se sont établies à 237 milliards de FCFA, contre 450 milliards collectés en taxes. En 2024, l'État a enregistré 682 milliards de recettes fiscales pour 467 milliards de dépenses de soutien. Pour 2025, les projections font état de 380 milliards de FCFA de subventions face à 665 milliards de recettes fiscales.
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« Donc, deux fois plus. C'est pourquoi j'ai demandé qu'on étudie toutes les options. Si l'on applique la vérité des prix, le prix à la pompe augmentera, mais la taxation augmentera également », a expliqué le Premier ministre.
À travers cette déclaration, Ousmane Sonko a voulu souligner le risque d'un ajustement brutal des prix du carburant. Une hausse tarifaire permettrait certes d'alléger la charge budgétaire des subventions, mais elle accroîtrait parallèlement les recettes fiscales perçues sur les hydrocarbures. Pour le chef du gouvernement, cette mécanique reviendrait à imposer une double pression aux consommateurs : une augmentation directe du coût du carburant et une hausse indirecte des prix des biens et services.
« Cette double pénalisation, je ne veux pas qu'elle s'installe dans ce pays. Nous travaillons justement à trouver le bon équilibre », a-t-il assuré.
Le Premier ministre a également évoqué les tensions internationales qui continuent de peser sur les marchés énergétiques. La crise au Moyen-Orient, a-t-il indiqué, perturbe les routes maritimes et renchérit les coûts d'assurance des pétroliers transitant dans le Golfe, augmentant ainsi les coûts d'approvisionnement du Sénégal.
Dans ces conditions, maintenir les prix actuels représente déjà un effort budgétaire important pour l'État. Selon Ousmane Sonko, l'absence de mesures correctives pourrait porter les subventions au-delà de 1 000 milliards de FCFA, dans un budget national évalué à près de 5 000 milliards.
Pour éviter une telle dérive, le gouvernement travaille actuellement, en coordination avec le ministère de l'Énergie et le ministère des Finances, à définir un mécanisme capable de concilier soutenabilité budgétaire et protection des ménages.
Refusant toute promesse irréaliste, le chef du gouvernement a insisté sur la nécessité de tenir un langage de vérité face aux contraintes économiques actuelles.
« Tout ce que mon équipe peut faire pour éviter que cette crise ne pèse sur les populations sera fait. Mais à l'impossible, nul n'est tenu », a-t-il conclu.
Dans un contexte marqué par les tensions sur le coût de la vie, la gestion des prix de l'énergie apparaît plus que jamais comme un enjeu central pour l'exécutif sénégalais.