Cameroun: Port de Douala / - 11% d'escales, kribi +19% - La crise qui menace 350 milliards Fcfa

En un an, le nombre d'escales au Port Autonome de Douala a chuté de 11 %, passant de 293 à 260 rotations. Les importations reculent de 8,1 %. Les exportations de 1,8 %. La réalité opérationnelle est critique, quoi qu'en dise le bilan comptable.

Car ce bilan affiche 529,26 milliards FCFA en trompe-l'oeil. Les hausses de revenus trimestrielles reposent sur des encaissements anticipés de loyers pas sur le passage réel de marchandises.

Ce qui se passe : Kribi cannibale, Douala saigne

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Pendant que Douala recule, le port de Kribi enregistre une hausse de son trafic conteneurs de 19 %. La concurrence interne est désormais frontale. Kribi dispose d'infrastructures modernes, de tirants d'eau supérieurs et d'une capacité d'accueil que Douala ne peut plus égaler dans son état actuel.

La cannibalisation du marché est en cours. Elle n'est plus une menace future elle est une réalité comptable.

Pourquoi ça s'accélère : le corridor plombé

Le mal vient aussi de l'arrière-pays. Les importateurs tchadiens, excédés par les lenteurs de Douala et par les coûts d'un corridor encombré de 60 postes de contrôle, testent de nouvelles routes vers le Nigeria et la Guinée Équatoriale. Ce pivot menace directement les 350 milliards FCFA que le trafic tchadien génère habituellement pour le Cameroun.

Un accord bilatéral d'urgence a dû être signé ce mois-ci pour tenter de stopper l'hémorragie. Le signal est grave : quand un partenaire historique cherche des alternatives, la confiance est déjà entamée.

Les dommages collatéraux : dockers, transitaires, emploi local

La crise ne reste pas dans les bilans. À Bonabéri, la baisse de la manutention réduit les journées de travail des dockers. Les transitaires locaux sont asphyxiés. L'économie informelle qui gravite autour du port souffre en silence, sans que les chiffres officiels ne le mesurent encore pleinement.

C'est là la dimension sociale d'une crise présentée comme purement logistique.

La riposte : 122 milliards FCFA pour se réinventer

Le Port Autonome de Douala refuse l'immobilisme. Pour 2026, son Conseil d'Administration a validé un budget offensif de 122 milliards FCFA. Les chantiers sont ambitieux : modernisation du quai Boscam avec le groupe Jan De Nul, création de la zone logistique de la Dibamba, réfection du réseau ferroviaire portuaire.

L'objectif est de repositionner Douala comme hub de cabotage régional. Un créneau que Kribi, orienté vers les grands navires intercontinentaux, ne peut pas occuper seul.

Douala joue sa survie logistique. Le plan existe. Le budget est voté. Mais entre les chantiers annoncés et la reconquête effective des parts de marché perdues, le délai d'exécution sera décisif.

La vraie question est celle-ci : est-ce que le Port de Douala a encore le temps de se réinventer avant que ses clients historiques ne deviennent définitivement les clients de ses concurrents ?

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