Un grand nombre de fidèles catholiques convergeront vers le collège St Mary's demain à l'appel de Mgr Jean Michael Durhône, évêque de Port-Louis, pour célébrer la Pentecôte, une des fêtes les plus importantes du calendrier chrétien. Cette fête marque non seulement le don de l'Esprit Saint aux apôtres, 50 jours après Pâques, mais aussi le début de l'évangélisation. Demain, 80 personnes de 16 ans et plus recevront le sacrement de confirmation. Parmi elles, la quinquagénaire Anielle Ramsahye Jingoor, qui a bien voulu partager son parcours de foi avec l'express.
Chez les catholiques, on fait généralement sa première communion vers l'âge de sept ou huit ans et sa confirmation vers l'âge de 11 ou 12 ans. Anielle Ramsahye Jingoor, dont le père était anglican et la mère catholique, a certes été baptisée peu après sa naissance, de même que sa jumelle. Et bien qu'elle ait assisté à toutes les classes de catéchisme à La Visitation RCA où elle était scolarisée, elle n'a pas réalisé que la suite logique aurait dû être la première communion.
«Ce n'était pas un sujet de conversation chez nous. Je pense que mes parents n'ont pas voulu décider pour nous. Ils se sont dit que nous choisirions après», raconte cette ancienne élève du collège Lorette de Quatre-Bornes, qui est entrée dans la vie active dans l'industrie du textile, avant d'avoir une longue carrière dans le tourisme.
Elle assistait à la messe chaque dimanche car elle y emmenait sa mère. Mais elle ne communiait pas. Elle ne se posait pas de questions à ce sujet et continuait à prier le Christ, la vierge Marie et saint Antoine.
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Comme elle travaillait à Port-Louis, à l'heure du déjeuner, Anielle Ramsahye Jingoor allait tous les jours prier à la Cathédrale St-Louis. «J'étais comme attirée par ce lieu et un jour, je me suis fait la réflexion suivante : je suis à l'église et je ne communie pas, c'est une ineptie.» Elle se rend alors à la cure de la Cathédrale et croise un prêtre qui venait d'être ordonné. Elle exprime le souhait de faire sa première communion et il la dirige vers une religieuse, soeur Marie, qui agit comme son accompagnatrice spirituelle pendant plusieurs mois. «Cet accompagnement m'a permis de découvrir ma religion et d'approfondir ma foi.»
Et le 1eᣴ novembre 1998, au cours de la messe dominicale, elle fait sa première communion. Elle ne pense pas à son âge ni à ce que les autres fidèles peuvent penser d'elle. «J'attendais ce moment et je n'étais pas gênée de faire ma première communion à 32 ans. Ce jour-là, il n'y avait que moi et le Seigneur. Avec recul, j'ai compris que c'était mieux de faire sa première communion à l'âge adulte car le faire à sept-huit ans n'aurait pas été mon choix mais celui de mes parents. Là, j'étais adulte, je prenais cette décision en toute connaissance de cause. Et je comprenais mieux ce que je faisais.»
Appelée à dire ce que ce sacrement lui a apporté, Anielle Ramsahye Jingoor réplique que son état d'esprit a changé. «J'allais à l'église avec un autre mindset. On fait plus attention au rituel et à tout ce qui se passe. On comprend mieux les différentes étapes de l'eucharistie et on éprouve une joie immense d'aller communier et de recevoir le Christ. La messe prend alors tout son sens. Sans compter que l'on se sent faire partie intégrante de la communauté.»
Vingt-sept années s'écoulent toutefois sans qu'elle songe à faire sa confirmation, qui est la suite logique du parcours du chrétien. Que s'estil passé durant ce laps de temps ? «J'ai intégré le tourisme. Je travaillais beaucoup et mes horaires étaient irréguliers. Je commençais à 8 h 30 et tous les jours, je terminais vers 22 heures. De ce fait, la confirmation n'était pas dans ma tête. J'allais toujours à l'église, mais c'était surtout les dimanches où je ne travaillais pas. Le tourisme me bouffait. J'étais responsable d'un département et il fallait avoir la tête sur les épaules. J'étais jeune et je me mesurais à des pointures dans le tourisme et il fallait que je fasse mes preuves. J'ai sacrifié beaucoup de choses pour mon travail, y compris ma famille. Un jour, ma nièce m'a fait remarquer que je ne prenais plus de repas avec eux et c'était vrai.»
Entretemps, elle a rencontré Gino Jingoor, d'un an son aîné et dans le tourisme comme elle, et l'amour a été au rendez-vous. Ils se sont mariés et ont emménagé à Flic-en-Flac. Croyant et pratiquant comme elle, ils se sont alors donné à fond dans les activités de l'église qu'ils fréquentaient, que ce soit pour faire les lectures durant la messe, être porteur et donneur de communion, pour préparer la liturgie (NdlR, les rites, prières et chants de la messe), être à la table de vente de La Vie Catholique et des autres publications du diocèse après la messe, faire partie de l'équipe Notre-Dame et même faire partie de l'Assemblée dominicale en absence de prêtre. «Nous étions impliqués jusqu'au bout des ongles.»
Un engagement qui a diminué avec le Covid-19 lorsqu'ils ont quitté Flic-en-Flac pour habiter Quatre-Bornes. Et là, ils n'ont plus eu de paroisse attitrée. Il y a cinq ans, alors qu'elle retrouve le prêtre qui a célébré sa première communion, l'idée de la confirmation germe. «Je savais qu'il fallait que je fasse ma confirmation car c'était un cheminement naturel.» Elle lui demande alors s'il est important pour elle de recevoir ce sacrement. «J'étais toujours dans le tourisme mais mes horaires étaient plus convenables. Le prêtre a acquiescé.» Il l'a accompagné spirituellement. Elle a alors senti sa foi mûrir et grandir. Elle a aussi suivi plusieurs cours à l'Institut Cardinal Jean Margéot.
Pour la deuxième fois depuis son installation comme évêque de Port-Louis, Mgr Durhône a voulu donner une portée particulière à la célébration de la Pentecôte en convoquant toute l'église et en confirmant les personnes qui étaient baptisées mais pas confirmées. «Quand j'ai suivi cette messe l'an dernier et que j'ai vu qu'il y avait des adultes confirmés ce jour-là, je me suis dit que j'avais raté le coche.»
Ce n'était que partie remise à ce dimanche. «L'attente de ce moment m'a paru longue», confie-t-elle. Ce sacrement sera aussi dispensé à 79 autres personnes de 16 ans et plus. Tous seront vêtus de blanc et recevront sur le front et des mains de Mgr Durhône de l'huile parfumée, soit le Saint-Chrême. «C'était mon rêve d'être confirmée. Dimanche, j'aurais le sentiment d'avoir bouclé la boucle.» Le moment phare pour elle sera la messe. «Jesais que quelque chose va se passer, que ce sera un très grand moment, je le sens. Et je suis dans l'attente...»
Plus de 7 000 fidèles attendus au collège St Mary's
Ce grand rassemblement de Pentecôte, qui aura lieu au collège St Mary's à Rose-Hill, a pour thème «Le feu est en nous». Plus de 7 000 fidèles y sont attendus. Trois groupes assureront l'animation spirituelle à partir de 10 heures, soit le Renouveau charismatique, le Service diocésain de la pastorale des jeunes et Living Waters.
Il y aura 60 choristes et 14 musiciens, dont des flûtistes et violonistes. Le temps de recueillement sera assuré par le père Jean-Claude Veder. La messe débutera à 14 h 30. Les fidèles sont invités à s'habiller en blanc, couleur rappelant le baptême. Une trentaine de places sont prévues pour les personnes en situation de handicap se déplaçant en fauteuil roulant.
Leurs mouvements seront facilités par les membres de Zezi Vre Zom. Soixante-quinze scouts passeront la quête et 100 donneurs de communion seront à l'oeuvre. Seize mille hosties ont été prévues. Cent brancardiers seront présents pour dispenser les premiers soins en cas de besoin. Cette célébration a été orchestrée par un comité diocésain, présidé par le père Patrick Polydor.
Dans son message d'invitation aux fidèles à ce grand rassemblement, Mgr Durhône a déclaré : «En ces temps de grands défis et de grandes incertitudes pour notre société et le monde, rassemblons-nous comme une seule famille pour invoquer l'Esprit Saint afin qu'il continue d'embraser nos coeurs, nos familles, notre pays et notre monde !»