Les agitations sont palpables. L'objectif est d'être plus visible, plus performant aux yeux du chef. Le prochain remaniement ministériel, qui devrait intervenir après le Budget, place les ministres actuels dans une course à la performance tandis que ceux voulant accéder à un maroquin ministeriel tentent de se faire voir ou entendre, quitte à critiquer les camarades, qu'importe s'ils appartiennent à la même alliance.
Ces gesticulations et postures seront-elles prises en compte par le Premier ministre lors du futur exercice délicat qui consistera à éviter de frustrer les élus rouges, en préservant un équilibre avec un MMM sans leader et en maintenant une majorité confortable ?
Sur un plan tactique, Ramgoolam aura la tâche de rassurer les tonitruants backbenchers rouges - devenus frileux ces jours-ci car ne souhaitant pas être qualifiés de simples députés par leurs camarades mauves - tout en prenant en compte les propositions du MMM.
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Car la perspective de ce remaniement suscite ici et là quelques lueurs d'espoir, avec des ambitions parfois affichées sans détour... avant d'être rapidement refroidies. Ainsi, le député Quirin, dont un retour au MMM était évoqué, avait clairement posé une condition pour le moins surprenante : récupérer le portefeuille des Sports actuellement détenu par Nagalingum. Quirin, qui ne se prive pas d'embarrasser le ministre des Sports au Parlement à travers ses questions, croyait-il réellement en ses chances ?
Résultat : l'état-major du MMM a dû mettre les points sur les i en prenant publiquement le parti de Nagalingum. Malgré une «amitié retrouvée» avec le député du no 20, la réconciliation n'aura donc pas lieu, du moins pour l'instant. Chacun restera dans ses travées respectives à l'Assemblée nationale, les Mauves préférant se concentrer sur leurs propres attentes en vue d'un éventuel jeu de chaises musicales au sein de la majorité.
Après avoir nommé Navarre-Marie au poste de Deputy Prime Minister, Ramgoolam prendra-t-il en considération les autres suggestions du MMM ?
Baloomoody à un poste ministériel, Appollon comme Junior Minister, Venkatasami au poste de Deputy Speaker ou encore Caserne comme Deputy Government Whip ?
Pendant que certains s'inquiètent de leur statut, rêvent d'un maroquin ministériel ou se battent pour un nouveau poste, c'est Bérenger qui, avec son nouveau parti, le FMP, tente de se positionner comme porte-parole des citoyens. Deux conférences de presse en une semaine, une posture d'opposition affirmée et des commentaires sur des sujets autrement plus préoccupants qu'une simple guerre des places : coût de la vie, Budget, électricité, port, intelligence artificielle...
Mais le message de l'ancien leader du MMM ressemble surtout à une forme de défi lancé au gouvernement lorsqu'il affirme - en s'appuyant sur les indicateurs de Moody's et du FMI que l'État disposerait d'une meilleure marge de manoeuvre et devrait prendre des mesures pour soulager la population. Le nouveau chef du FMP tiendrait-il le même discours s'il faisait encore partie du gouvernement ?
Toujours est-il qu'en menant campagne contre la vie chère, Bérenger - démagogue ou pas - traduit les angoisses du citoyen, lequel ne se demande pas qui deviendra ministre ou qui perdra son poste lors du prochain remaniement, mais plutôt comment faire face à cette succession d'augmentations - auxquelles s'ajoute désormais la hausse des prêts bancaires - qui semble ne jamais s'arrêter.
Le gouvernement est-il vraiment capable, comme l'insinue Bérenger, de réduire les taxes sur les produits pétroliers et de prendre des mesures contre les monopoles et les cartels dans certains secteurs ? À l'heure où le prochain Budget fait craindre le pire, le public attend d'éventuelles subventions, l'importation par la STC de certains produits de base afin de proposer des prix alternatifs, et s'interroge sur l'efficacité du comité interministériel - dénoncé par Bérenger - chargé d'examiner les questions liées aux prix pour mieux protéger les consommateurs.
Ainsi se résument les priorités d'une population tourmentée, loin des agitations politiques, des affrontements rhétoriques entre partenaires et d'une guerre des places qui accompagne la perspective d'un éventuel remaniement ministériel...