Il y a presque un an, le gouvernement présentait le Budget 2025-26 avec une ambition affichée : moderniser le système de santé publique, améliorer l'accueil des patients, renforcer les services spécialisés et accélérer la digitalisation des soins. Avec une enveloppe de Rs 18,5 milliards allouée à la santé, les attentes étaient élevées. À l'approche du Budget 2026-27, une question revient avec insistance : le ministère de la Santé et du bien-être a-t-il tenu ses promesses ? Entre annonces concrétisées, projets encore en chantier et frustrations du personnel soignant, le bilan apparaît contrasté.
◗ Nombreuses intentions et promesses
Plusieurs réformes majeures avaient été promises. Parmi elles, figuraient la révision du programme de santé scolaire, la création de centres spécialisés pour le diabète, un programme national de dépistage du cancer colorectal, des guichets d'accueil des patients dans les hôpitaux publics, et un système modernisé de gestion des plaintes.
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Le gouvernement avait également promis une amélioration des infrastructures hospitalières, une meilleure prise en charge des patients atteints de maladies chroniques et une accélération de la transition numérique dans les établissements de santé. Sur le papier, ces annonces donnaient l'image d'un système de santé prêt à entrer dans une nouvelle phase de modernisation. Mais un an plus tard, la population juge davantage les résultats visibles que les inten- tions politiques.
◗ Réalisations visibles
Selon le ministère de la Santé et du bien-être, plusieurs engagements du Budget 2025-26 ont déjà été réalisés ou sont à un stade avancé. Parmi les plus visibles, les nouvelles Trauma and Emergency Units déjà opérationnelles à l'hôpital de Flacq et à celui de Dr A.G.Jeetoo. Une autre unité devrait bientôt ouvrir à l'hôpital Sir Seewoosagur Ramgoolam (SSRN) avant un déploiement progressif à Victoria et Jawaharlal Nehru.
Le ministère affirme également avoir renforcé les soins spécialisés. Une Clinical Trial Unit a été mise sur pied, tandis qu'un programme d'imagerie mammaire destiné aux femmes à haut risque fonctionne déjà à l'hôpital SSRN. De nouvelles technologies de dépistage métabolique et d'imagerie cardiaque non invasive ont aussi été introduites. Des services spécialisés d'ophtalmologie sont désormais opérationnels au SAJ Hospital.
En ce qui concerne la digitalisation des soins, la première phase du système de santé numérique est déjà active dans plusieurs établissements pilotes, avec plus de 100 000 patients enregistrés. Le déploiement avance dans plusieurs régions, notamment à l'hôpital Jeetoo, à l'hôpital ENT, au National Cancer Centre et au New Eye Hospital.
Sur le plan des ressources humaines, plus de 200 trainee nurses et plus de 100 médecins ont été recrutés. Le budget consacré à la formation et au renforcement des capacités du personnel aurait également doublé. Pour le ministère, ces avancées démontrent que les engagements budgétaires n'étaient pas uniquement des annonces politiques, mais qu'ils ont commencé à se matérialiser sur le terrain.
◗ Santé scolaire : meilleur suivi attendu
La révision du programme de santé scolaire faisait partie des mesures annoncées comme prioritaires dans le Budget 2025-26. Selon le ministère, des experts britanniques sont venus à Maurice en octobre 2025 afin de réaliser une Gap Analysis du programme existant. Il s'agissait identifier les faiblesses, les besoins prioritaires et les améliorations nécessaires.
Depuis janvier 2026, une phase plus opérationnelle aurait débuté avec l'identification des élèves à risque. À avril 2026, plus de 12 000 élèves provenant de 84 écoles ont été dépistés. Le ministère souhaite désormais adopter une approche plus ciblée, avec un dépistage précoce des problèmes de santé chez les enfants et un meilleur suivi médical.
Parmi les nouveautés annoncées figurent aussi l'intégration des écoles SENA et des écoles non formelles dans le programme de santé scolaire, ainsi qu'une sensibilisation accrue des parents. Cependant, sur le terrain, certains observateurs estiment que les effets concrets de cette réforme restent encore peu visibles pour une grande partie des établissements scolaires du pays.
◗ Diabète et cancer : progrès et questions
Concernant les centres spécialisés pour le diabète, le ministère affirme qu'un Regional Diabetes Centre a été lancé à l'hôpital Dr A.G.Jeetoo, en janvier 2026. Depuis avril, les deux autres centres de Triolet et Flacq sont également opérationnels. Ces structures doivent offrir un suivi plus spécialisé aux patients diabétiques grâce à des équipes composées de médecins, d'infirmiers formés et de diététiciens.
Pour le dépistage du cancer colorectal, les autorités assurent que le projet est en cours de mise en oeuvre. L'acquisition d'équipements médicaux et de FIT (Fecal Immunochemical Test) a été initiée, tandis que l'implantation du laboratoire de la médiclinique de Coromandel a commencé. À l'hôpital Jeetoo, les équipements nécessaires auraient déjà été livrés, à l'exception d'un appareil. Malgré ces avancées, certaines critiques émergent concernant les infrastructures promises.
◗ Bilan contesté par des professionnels
Le président de la Federation of Civil Service and Other Unions (FCSOU) et de la Medical and Health Officers Association (MHOA), Dr Vinesh Sewsurn, estime que plusieurs annonces du Budget 2025-26 n'ont pas été totalement concrétisées. Selon lui, le gouvernement avait évoqué la création de nouveaux blocs spécialisés pour le traitement du cancer. Or, il affirme qu'il s'agissait davantage d'inaugurations réalisées dans des structures déjà existantes plutôt que de véritables nouvelles constructions hospitalières.
Il souligne également une augmentation importante du nombre de patients fréquentant les hôpitaux publics ces derniers mois, alors que certains établissements disposent de moins de lits qu'auparavant. Le syndicaliste attire aussi l'attention sur les besoins croissants en personnel médical.
Avec le développement des traitements en day care, il faudrait davantage de médecins et d'infirmiers pour assurer un suivi efficient des patients qui reçoivent des soins ambulatoires de jour. Selon lui, le manque de personnel demeure l'un des plus grands défis du système de santé.
◗ Malaise du personnel soignant
Au-delà des infrastructures, c'est aussi le moral du personnel hospitalier qui inquiète. D'après le Dr Sewsurn, plusieurs médecins et infirmiers dénoncent des retards dans le paiement des heures supplémentaires et des allocations. Cette situation aurait poussé certains professionnels à quitter le secteur public. Le syndicat évoque également une hausse des agressions envers les médecins et les infirmiers dans des établissements de santé. Ce qui renforcerait le sentiment de découragement parmi les travailleurs du secteur.
Face à ces critiques, le ministère reconnaît que le système de santé public reste sous forte pression et que plusieurs procédures administratives ralentissent certains projets. Les autorités expliquent notamment que les appels d'offres, les validations techniques, les recrutements et les procédures d'approvisionnement exigent du temps afin de garantir la transparence et la bonne gestion des fonds publics. Mais le ministère admet aussi que ces contraintes ne doivent pas devenir une excuse à l'inaction.
◗ Accueil et plaintes : déploiement progressif
Le Budget 2025-26 prévoyait également une amélioration de l'expérience des patients dans les hôpitaux publics. Dans cette optique, la hotline gratuite 146 a été mise en service afin de permettre au public de soumettre des plaintes, signaler des difficultés ou demander des informations. Quant aux guichets d'accueil des patients, leur déploiement se poursuit progressivement dans les établissements hospitaliers.
Le ministère affirme vouloir mettre en place un véritable système d'orientation et d'accompagnement des patients afin de réduire la confusion dans les hôpitaux et améliorer la qualité du service. Toutefois, plusieurs usagers estiment encore que les files d'attente, le manque d'informations et les délais de prise en charge demeurent problématiques dans certains centres de santé.
◗ Frustrations persistantes
Un an après le «Budget du changement», le bilan est donc nuancé. D'un côté, plusieurs projets annoncés ont effectivement commencé à prendre forme : digitalisation du système de santé, ouverture de centres spécialisés, recrutement de personnel médical et modernisation partielle des services d'urgence. De l'autre, les critiques persistent concernant les lenteurs administratives, le manque de personnel, les infrastructures jugées insuffisantes et le sentiment de fatigue du personnel soignant.
Le ministère de la Santé affirme vouloir accélérer la mise en oeuvre des projets afin que les changements soient davantage ressentis par la population. Car au-delà des chiffres et des annonces, le véritable test du prochain Budget sera sans doute celui-ci : les patients constateront-ils enfin une amélioration tangible lorsqu'ils franchiront les portes d'un hôpital public ?