Trois cargaisons d'huile lourde achetée au double du prix habituel. Pour le Central Electricity Board (CEB), la facture a grimpé à Rs 1,5 milliard supplémentaires depuis le début du conflit au MoyenOrient, fin février 2026.
Ce n'est pas une question de mégawatts, c'est une question de milliards. Nous ne sommes pas en crise, mais nous pourrions y basculer. C'est précisément pour aller vers le vert - ou du moins rester dans le jaune - que le CEB, en collaboration avec l'Energy Efficiency Management Office (EEMO), relance une campagne nationale d'efficacité énergétique, qui commence fin mai et s'étendra jusqu'à fin novembre 2026.
Paradoxe apparent : nous sommes en hiver. La demande nationale en électricité tourne autour de 450 MW, contre 600 MW en période estivale. Le CEB aurait pu lever le pied. Mais il n'en est rien. «On pensait initialement mener la campagne uniquement en été», explique Thierry Ramasawmy, responsable de la communication du CEB. «Mais avec la situation à l'international en termes d'approvisionnement en huile lourde, on a été contraint de la poursuivre, de manière plus légère, mais de la poursuivre quand même.»
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Ce qui pèse lourd, c'est l'approvisionnement. Depuis le déclenchement du conflit, le CEB a dû absorber trois cargaisons de plus de 30 000 tonnes métriques chacune, à des prix frôlant le double des tarifs habituels sur le marché international. Une quatrième est attendue fin juin. L'équation est simple : moins les Mauriciens consomment, moins le CEB produit et moins il importe. La majoration tarifaire de 15 % entrée en vigueur en mai se répercutera sur les factures de juillet, mais Thierry Ramasawmy est clair : «On ne va pas s'aventurer à augmenter une deuxième fois.»
Chaque kWh économisé allège directement une facture institutionnelle déjà sous tension. Il y a pourtant une bonne nouvelle. La première phase de la campagne a porté ses fruits. Pas de délestage, pas de blackout au plus fort de la crise estivale. «La preuve est simple, visible et tangible : on a pu maintenir le cap et fournir une électricité de qualité en continu», se félicite le responsable de la communication du CEB. L'EEMO et le CEB et se disent «pleinement satisfaits» de la réaction du public. L'alerte jaune, elle, reste maintenue.
Cette nouvelle phase s'articule autour de plusieurs axes complémentaires. Sur le terrain d'abord : des programmes de proximité sont organisés toutes les deux semaines dans les centres commerciaux, marchés et foires de l'île, permettant un échange direct avec les citoyens sur les bonnes pratiques et les programmes d'énergies renouvelables. Dans les écoles primaires et secondaires ensuite, où des causeries sont menées chaque lundi, mercredi et vendredi. L'idée étant que les jeunes deviennent des relais au sein de leurs foyers.
Des compétitions sont également organisées pour encourager les élèves à proposer des initiatives concrètes d'économies d'énergie, avec des prix à la clé. Sur le plan médiatique, une campagne est déployée à la radio, sur la MBC et les plateformes numériques. Des capsules vidéo produites par POPTV/Raw Pictures circulent sur Facebook et TikTok, portant sur l'utilisation efficace des appareils électroménagers. Des ateliers de formation structurés sont par ailleurs prévus à destination des fonctionnaires, entreprises et institutions, pour ancrer les bonnes pratiques sur le long terme.
Côté répressif, plus d'une dizaine de notices ont déjà été émises par l'EEMO à l'encontre de contrevenants, notamment des établissements affichant des enseignes lumineuses LED hors périodes festives. «Ce n'est pas la période des fêtes. Ce n'est pas le moment de faire du gaspillage», tranche Thierry Ramasawmy. Ces avertissements peuvent mener à des sanctions en cas de récidive. Les citoyens peuvent eux aussi signaler les gaspillages via la hotline 8912.
Le CEB encourage également les ménages à actualiser leur déclaration de charge auprès de leurs agences ou customer service centers, ou en ligne, une démarche rapide qui permet au Board d'anticiper les besoins réels par région. «Nos maisons ne sont plus celles de nos parents. La clim, l'air fryer, la pompe à eau sont des appareils qui n'existaient pas dans les foyers mauriciens il y a 20 ans. Tout ça a une incidence directe sur la production électrique», souligne Thierry Ramasawmy.