Le 18 mai dernier, Allée Brillant, à Vacoas, a été le théâtre d'un drame qui soulève aujourd'hui des questions sur la justice, la légitime défense et les droits du citoyen face à l'intrusion.
Ce matin-là, Axel Kenny Catherine, 18 ans, élève de Grade 13 dans un collège de Plaines-Wilhems, est seul chez lui. Il révise pour ses examens du Higher School Certificate. Rien ne laisse présager ce qui va se produire. William Villars, 25 ans, maçon résidant à Résidence Mangalkhan, Floréal, s'introduit dans la cour du domicile familial. L'étudiant surprend l'intrus. Une altercation éclate.
L'adolescent tente de maîtriser l'individu. Des coups sont échangés. Villars prend finalement la fuite en escaladant le mur de clôture. Il chute lourdement sur l'asphalte et s'effondre, inerte. Les secours, dépêchés sur place, ne peuvent que constater son décès. L'autopsie, pratiquée dans la soirée par le Dr Maxwell Monvoisin, conclut à une mort par «compression of the neck».
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Les enquêteurs de la Criminal Investigation Division de Vacoas, accompagnés du surintendant Bhaugeerutty, de l'assistant surintendant Curriman et du Detective Chief Inspector Nundoo, se rendent sur les lieux. Des unités de la *Divisional Supporting Unit, de l'Emergency Response Service et des officiers de la Scene of Crime Office sont également mobilisés. Axel Kenny Catherine est interpellé, interrogé, placé en détention policière, et comparaît le lendemain, 19 mai, devant le tribunal de Curepipe sous une accusation provisoire de meurtre.
Il participe quelques jours plus tard à une reconstitution des faits. Lui, victime d'intrusion, se retrouve derrière les barreaux. Une situation qui scandalise aujourd'hui nombre de juristes et d'anciens membres des forces de l'ordre.
Défense et attaque
Me Rama Valayden, Senior Counsel, ne cache pas son indignation. Il confie même une expérience personnelle : «Une fois, un homme s'était introduit chez moi, et j'aurais pu le tuer ce jour-là, j'étais si en colère.» Pour lui, l'affaire Catherine met en lumière un vide juridique : «Je pense qu'il y a des lois qui doivent être revues et amendées, pour permettre à la personne de pouvoir se défendre au moins.» L'avocat estime que le Directeur des Poursuites Publiques (DPP) devrait, dans un premier temps, accorder la liberté sous caution à l'étudiant : «Je suis outré de ce qui s'est passé. Je pense que le DPP doit au moins accorder la liberté sous caution à cette personne, et ensuite on verra en cour. Comment il a agi, dans quelles conditions, si la défense était proportionnelle, on verra après.» Et de conclure : «Je vais vous faire une confession, j'aurais aimé défendre ce jeune homme.»
Roshan Kokil, ex-assistant surintendant de police replace l'affaire dans son cadre juridique. «Cet aspect qu'on appelle "self defense" est très important dans notre code pénal. Il se trouve dans les sections 246 et 247, et c'est quelque chose qui émane de la loi de la nature, qui donne à tout le monde le droit de se défendre, de défendre sa famille et sa propriété.»
Pour lui, la loi existante est déjà suffisamment élaborée, à condition qu'on y distingue clairement défense et attaque : «Lorsqu'on parle de se défendre, ça doit être vraiment de la défense. Il ne faudrait pas que la défense devienne une attaque.» Face à la prolifération de la drogue et à la multiplication des cambriolages aux quatre coins de l'île, il insiste sur la nécessité que chaque citoyen honnête puisse se protéger des criminels.
Mais c'est sur la gestion de cette affaire spécifique qu'il est le plus critique : «Il me semble qu'il y a eu un empressement pour arrêter l'étudiant. Les autorités auraient dû mener une enquête approfondie d'abord, afin d'établir s'il s'agissait d'un acte de défense ou d'une attaque. Selon la version de l'étudiant, il a chassé l'intrus, et ce dernier a chuté du mur en tentant de le franchir.» Il propose une alternative qui aurait permis de ne pas priver un jeune de sa liberté : «Les autorités pouvaient mettre un avis d'objection au départ contre l'étudiant sans l'arrêter. Car avant tout, il a voulu se défendre et défendre sa propriété.»
«Justifiable homicide»
Ranjit Jookhoo, exmembre de la CID fort de 40 ans d'expérience dans la police, abonde dans le même sens, avec la rigueur de quelqu'un qui connaît les rouages de l'enquête criminelle. «Si un intrus s'introduit chez vous et que vous vous sentez en danger, que vous n'avez pas d'autre moyen que de vous défendre, vous allez devoir utiliser tous les moyens à votre disposition.»
Sur l'affaire Catherine, il reconnaît la complexité de la situation : «L'ampleur du danger, c'est une affaire subjective. Si la personne sentait que sa vie était en danger, elle devrait pouvoir se défendre.»
Il rappelle cependant que lorsqu'il y a mort d'homme, une enquête sérieuse s'impose, mais que la détention prolongée n'est pas une nécessité absolue : «Lorsque les enquêteurs ont pris sa déclaration, il fallait le laisser partir. Ce n'est pas juste de le garder éternellement en détention.» Il rappelle l'existence dans la loi de la notion de «Protection of life and property» : «Si une personne a franchi votre muraille, qu'elle se retrouve dans votre cour, que vous êtes seul et que vous vous sentez en danger, vous avez le droit de vous défendre.» Et de poser la question qui résume à elle seule tout le dilemme moral de cette affaire : «Si je suis dans ma maison, qu'une personne mal intentionnée entre, que je suis seul et que tous les accès sont bloqués, que dois-je faire ? Définitivement, je vais devoir me défendre.»
Il rappelle enfin que la loi prévoit la notion de «justifiable homicide», dont l'application dépend précisément des circonstances que l'enquête a pour mission d'établir.
Axel Kenny Catherine, lui, attendait simplement ses résultats d'examens. Aujourd'hui, il attend autre chose : que la justice lui reconnaisse le droit que la nature accorde à chacun d'entre nous : celui de se défendre chez soi.