L'agriculture poursuit sa transformation, marquée à la fois par une recomposition des cultures et par des fluctuations régulières des prix à la production, selon les données du Producer Price Index - Agriculture (PPI-A) publiées par Statistics Mauritius. Entre 2018 et 2023, la structure du secteur s'est progressivement réorientée vers les productions végétales.
La part des produits des cultures est ainsi passée de 558,9 à 587,5, tandis que celle des animaux et produits animaux a reculé de 441,1 à 412,5, traduisant un rééquilibrage en faveur des productions végétales. Dans le détail, les légumes frais ont progressé, leur poids passant de 209,7 à 275,2, tandis que les fruits et noix ont augmenté de 67,6 à 86,3.
À l'inverse, plusieurs productions traditionnelles ont reculé, notamment la canne à sucre, de 212,1 à 183,8, les racines et tubercules de 39,3 à 21,1, ainsi que les fleurs et plantes ornementales, de 9,9 à 4,6.
Dans le secteur de l'élevage, la baisse globale est principalement liée au recul des oeufs, de 95,0 à 28,7, et du bétail bovin, de 43,7 à 20,0. La volaille progresse toutefois de 283,9 à 323,8, tout comme l'élevage de cerfs, en forte hausse de 8,8 à 24,5, confirmant une recomposition des filières animales.
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Les données du premier trimestre 2026 confirment par ailleurs une instabilité des prix à court terme. L'indice global du PPI-A s'est établi à 97,4, enregistrant une légère baisse sur la période, passant de 97,3 en janvier à 96,9 en mars, soit un recul de 0,4 %. Après une hausse de 0,8 % en février, l'indice a reculé de 1,2 % en mars.
Le sous-indice des produits des cultures a suivi une trajectoire similaire, passant de 95,3 en janvier à 96,8 en février, avant de reculer à 94,7 en mars. Les légumes frais ont enregistré les fluctuations les plus marquées, avec une baisse globale de 2,2 % sur le trimestre. Cette évolution s'explique notamment par des chutes importantes des cultures grimpantes (-22,4 %) et du chou (-24,6 %), malgré certaines hausses ponctuelles, dont les carottes (+12,6 %) en février.
Les fruits et noix ont connu une évolu- tion plus modérée, en hausse de 2,2 % sur le trimestre, tirée notamment par l'ananas (+11,5 %). Le secteur des animaux et produits animaux est resté globalement stable, avec une variation limitée à -0,1 %, principalement en raison du recul des prix des oeufs (-1,7 %).
Dans un contexte de marchés instables et de pression sur les coûts, le planteur, apiculteur et consultant agricole Amarjeet Beegoo décrit une situation de plus en plus difficile pour les producteurs vivriers. Sur le terrain, dit-il, vendre ses légumes à un prix qui couvre réellement les dépenses reste un défi permanent, ce qui complique toute forme de planification à moyen terme.
Même constat du côté de Sanjay, planteur dans la région Est. Pour lui, le problème du secteur reste la répartition de la valeur. «Ce sont les producteurs qui prennent les risques et supportent les coûts, mais ce sont souvent les intermédiaires qui s'en sortent le mieux», observe-t-il. Une réalité qui, selon lui, finit par décourager de nombreux jeunes à s'installer dans l'agriculture.
À ces déséquilibres s'ajoute une hausse marquée des coûts de production. Amarjeet Beegoo évoque notamment une augmentation importante du prix des intrants agricoles et des produits phytosanitaires depuis 2018, qu'il estime à plusieurs fois leur niveau d'alors. Cette flambée réduit la marge de manoeuvre des exploitations. Il pointe aussi l'absence de mécanismes clairs de fixation des prix, avec pour conséquence des périodes de surproduction où les légumes se vendent parfois en dessous de leur coût de revient.
Les aléas climatiques viennent encore compliquer la donne. L'augmentation de l'humidité, selon lui, favorise la multiplication des maladies comme le phytophthora, l'alternaria ou encore le mildiou, mais aussi des ravageurs tels que les chenilles légionnaires ou la teigne du tubercule. Sanjay confirme cette évolution sur le terrain : «On voit clairement que les maladies sont plus fréquentes qu'avant. Il faut traiter plus souvent et, malgré cela, on perd parfois des cultures.»
Côté commercialisation, Amarjeet Beegoo pointe également les écarts de prix entre la production et la vente finale, parfois importants alors qu'aucune transformation n'est effectuée. Il rappelle aussi la forte hausse du prix des engrais après la réduction des subventions, passée selon lui d'environ Rs 625 à Rs 1 500 le sac.
S'il dit avoir adapté ses pratiques grâce à des formations et à l'accompagnement du Food & Agricultural Research & Extension Institute, notamment en réduisant les intrants chimiques au profit de solutions biologiques, il estime que certaines limites persistent, en particulier pour les agriculteurs sans terre et pour des activités comme l'apiculture, encore insuffisamment reconnues.