L'échelle de Richter est ce classement qui permet d'évaluer l'énergie libérée par un tremblement de terre et, donc, les dégâts à craindre. De manière approximative, on peut estimer que, de 1 à 3, le séisme est à peine ressenti par les populations ; de 4 à 5, il est nettement perceptible mais cause peu de dégâts ; de 6 à 7, il devient destructeur ; à 8, il est ressenti sur une grande distance ; et à 9 ou au-delà, il est dévastateur : toutes les structures sont détruites sur une large superficie.
Cette catégorisation ramenée à la politique sénégalaise, à quel niveau pourrait-on classer le limogeage d'Ousmane Sonko du poste de Premier ministre par son ancien alter ego, le président Diomaye Faye ? Si l'on choisit de voir le verre à moitié plein, c'est-à-dire avec optimisme, on pourrait le situer entre 6 et 7 sur l'échelle.
Une situation que les principaux concernés, Sonko et Diomaye, n'ont cessé d'envenimer depuis la présidentielle de 2024. Et ce qui devait arriver arriva : le point de non-retour pour une alliance qui, au fil du temps, s'est révélée être celle de la carpe et du lapin. Dès lors qu'Ousmane Sonko est redevenu opposant, c'est la veillée d'armes dans les deux camps.
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Et nul ne peut aujourd'hui prédire l'ampleur des répliques après ce séisme politique au sommet de l'Etat. A peine remercié par le chef de l'Etat, le désormais ancien Premier ministre n'a pas perdu de temps. Après avoir quitté son logement de fonction, il a rallié son quartier d'origine afin de prendre un bain de foule auprès de militants survoltés.
Et tout est allé vite. Aujourd'hui, les députés sont convoqués en séance plénière afin de voter la « réintégration du député Ousmane Sonko » et, pourquoi pas, d'élire le prochain président de l'Assemblée nationale. La veille, le président de l'Assemblée nationale, Malick Ndiaye, avait démissionné. « Cette décision procède d'un choix personnel, guidé avant tout par ma conception des institutions, de la responsabilité publique et de l'intérêt supérieur de la Nation », a-t-il déclaré, la main sur le cœur.
Ce n'est pourtant pas une pure coïncidence. Nul n'est dupe. Derrière cette formule policée, beaucoup devinent la volonté de laisser le perchoir à l'ancien chef du gouvernement. Ainsi donc, un boulevard vers la présidence de l'Assemblée nationale semble s'ouvrir pour Sonko. Le conduira-t-il jusqu'à la présidence de la République en 2029 ? Attendons de voir.
Une chose est cependant certaine : c'est le début d'une guerre fratricide dont il est difficile de prévoir l'issue. Fort de son bataillon de parlementaires -- le Pastef disposant de 130 sièges sur 165 -- le nouveau patron de l'Assemblée ne manquera pas de compliquer la tâche de l'exécutif. Le chef de l'État, de son côté, ne se privera sans doute pas de décocher quelques flèches de son carquois pour contrarier les desseins de son ancien compagnon de lutte.
Pourvu que l'affrontement, qui s'annonce inévitable et épique entre les deux hommes, ne paralyse pas l'action gouvernementale et, surtout, ne replonge pas les Sénégalais dans un nouveau cycle de violence semblable à celui qu'a connu le pays avant la présidentielle de 2024. La menace est à prendre au sérieux, d'autant que les deux protagonistes en avaient été les principaux instigateurs.