La démission du Directeur général du Musée des Civilisations Noires (MCN), le professeur Mouhamed Abdalah Ly, continue d'alimenter les débats dans les milieux culturels et politiques sénégalais. Dans une publication sur sa page Facebook, l'universitaire a annoncé son départ en des termes sobres, mais lourds de sens : « J'annonce ma démission de la Direction générale du Musée des Civilisations noires. Je rends grâce à Dieu de m'avoir permis de servir mon pays à ce niveau de responsabilité. Le reste se dira au moment opportun... ».
Cette décision intervient dans un contexte politique particulier marqué par le limogeage de l'ancien Premier ministre, Ousmane Sonko. Dès lors, une question anime les observateurs : simple coïncidence ou acte de fidélité politique envers un camarade de parti ? Le professeur Mouhamed Abdalah Ly est en effet identifié comme l'un des cadres du PASTEF, formation dirigée par Ousmane Sonko.
Toutefois, au-delà des spéculations, plusieurs analystes rappellent que la démission demeure un pouvoir discrétionnaire relevant de la liberté individuelle du responsable concerné. Le départ du désormais ancien Directeur général du MCN survient alors que son bilan à la tête de l'institution muséale est jugé globalement positif par de nombreux acteurs du secteur culturel. Depuis sa nomination, Mouhamed Abdalah Ly avait engagé une réorientation stratégique du musée autour d'une politique de démocratisation culturelle, de diversification des ressources et de valorisation des patrimoines africains.
Sur le plan financier, les résultats enregistrés en 2025 témoignent d'une progression remarquable. Les recettes propres du musée ont atteint 353,9 millions de francs CFA, soit une hausse de 148% par rapport à l'année précédente. Cette performance s'explique notamment par l'augmentation des revenus issus des visites, de la location des espaces et de la commercialisation de produits dérivés. Une dynamique qui a contribué à renforcer l'autonomie financière de l'établissement.
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Abdalah Ly aura également marqué son passage par une politique d'inclusion culturelle assumée. Sous son magistère, le Musée des Civilisations Noires s'est progressivement éloigné de l'image d'un espace réservé à une élite sociale ou intellectuelle. Grâce à une politique tarifaire plus accessible et à de nombreuses activités pédagogiques, les publics scolaires, étudiants et populaires ont massivement fréquenté l'institution. En 2025, le musée a accueilli près de 50.000 visiteurs, dont plus de 19.000 élèves. Des activités ont également été organisées hors les murs dans plusieurs écoles de Dakar, Thiès et Yeumbeul ainsi qu'à la Maison d'arrêt de Hann, dans une logique d'inclusion et de réinsertion sociale par la culture.
Sur le plan scientifique et mémoriel, le MCN a consolidé sa place dans le paysage intellectuel africain. Plusieurs colloques internationaux y ont été organisés, notamment autour des savoirs endogènes, de l'anthropologie et des archives africaines. L'année 2025 a aussi été consacrée aux femmes noires à travers des expositions, panels, projections et performances artistiques destinés à mettre en lumière leurs contributions historiques, culturelles et intellectuelles.
Sous l'impulsion du Directeur général démissionnaire, le musée s'est également affirmé comme un véritable outil de diplomatie culturelle. Des personnalités et délégations étrangères de haut niveau ont visité l'institution, parmi lesquelles la vice-présidente colombienne Francia Márquez ou encore le président cap-verdien José Maria Neves. Le musée a même servi de cadre à certaines célébrations diplomatiques internationales, renforçant son rayonnement continental.
Le chantier de la digitalisation constitue également l'un des acquis mis en avant durant son mandat. Recrutement de médiateurs bilingues, développement d'audio-guides, organisation d'un hackathon sur l'expérience muséale numérique et mise en place d'instances comme le Comité international d'orientation ou l'Association des amis du MCN ont contribué à redynamiser l'institution.
Le successeur de Mouhamed Abdalah Ly héritera ainsi d'un musée en pleine transformation, mais confronté à plusieurs défis majeurs. Il lui faudra maintenir la dynamique financière engagée, poursuivre l'ouverture du musée aux couches populaires, renforcer davantage la fréquentation internationale et réussir les grands rendez-vous culturels annoncés pour 2026, notamment la Biennale des Arts de Dakar et les Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) Dakar 2026. La consolidation de la stratégie dite des « 5D » démocratisation, décolonisation, dynamisation, digitalisation et diversification apparaîtra également comme l'un des principaux chantiers à poursuivre pour préserver le nouvel élan du Musée des Civilisations Noires.