Ile Maurice: Le MSM alerte sur un système de santé malade

Ce n'est pas une simple liste de griefs qu'a présentée le Mouvement socialiste militant (MSM), hier, mais une véritable radiographie du système de santé publique. Au bâtiment Sun Trust, à Port-Louis, la conférence de presse, animée par l'ex-ministre de la Santé, Kailesh Jagutpal, a passé en revue les principales failles d'un secteur que le parti décrit comme étant en «dégradation».

Il a affirmé détenir des informations, qui restent à vérifier, faisant état de Mauriciens bloqués à l'étranger après une suspicion d'exposition au virus ebola - appelant les autorités à clarifier les protocoles en place, notamment aux points d'entrée du pays. La déclaration intervient dans un contexte international préoccupant : l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé la situation en urgence de santé publique de portée internationale le 16 mai, en lien avec l'épidémie en cours en République démocratique du Congo et en Ouganda.

Le ministère de la Santé n'a pas tardé à réagir. Dans un communiqué publié ce même lundi, il affirme qu'aucun cas d'ebola n'a été détecté à Maurice et que les rumeurs évoquant une exposition de ressortissants mauriciens à l'étranger sont infondées. Le Plan national de préparation aux fièvres hémorragiques virales a été activé le 21 mai, soit cinq jours après la déclaration de l'OMS.

Des mesures renforcées sont désormais en place à l'aéroport et au port : vérification des déclarations de santé, contrôle thermique, évaluation des passagers par des comptoirs de santé, avec transmission des données aux bureaux régionaux de santé pour suivi. Tout cas suspect sera transféré vers une unité d'isolement dédiée. Le ministère rappelle que le virus ebola ne se transmet pas comme une infection respiratoire courante et qu'une personne n'est pas contagieuse avant l'apparition des symptômes.

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Personnel soignant

Premier constat sur le fond de la conférence : le personnel soignant. Le Dr Jagutpal a évoqué une démotivation généralisée, qu'il a attribué principalement à deux facteurs. D'une part, l'insécurité, avec une hausse des agressions envers les soignants. «Entre 2019 et 2024, il n'y avait pas ce niveau d'agression contre le personnel soignant», a-t-il affirmé, y voyant le reflet d'un problème plus large de law and order. D'autre part, il a critiqué un récent rapport du Pay Research Bureau, qu'il juge défavorable au personnel de santé.

Il a également ciblé le ministre de la Santé et du bien-être, Anil Bachoo, estimant que certaines déclarations publiques, notamment via Facebook, auraient eu un impact négatif sur le moral des soignants et sur la perception du public. À cela s'ajoute la question des heures supplémentaires impayées : il a affirmé que son gouvernement payait le personnel, même avec du retard, contrairement à la situation actuelle, et ce, pendant que Rs 600 millions sont allouées à la rénovation de State House.

Deuxième point soulevé : les pénuries de médicaments. Si le phénomène n'est pas nouveau, le Dr Jagutpal estime que son ampleur actuelle est inédite. Il l'a attribué à l'abandon de mécanismes mis en place sous le précédent gouvernement, notamment les accords de gouvernement à gouvernement (G-to-G) et les framework agreements, qui auraient permis un approvisionnement plus rapide. Il a également mis en garde contre la progression de la résistance aux antibiotiques, un enjeu de santé publique croissant : «Certains antibiotiques de dernière ligne coûtent entre Rs 10 000 et Rs 12 000 la dose, et le méropénème ne fonctionne déjà plus.»

Pénuries et délais

En outre, l'ex-ministre a rejeté ce qu'il a qualifié de «blame game», répondant aux accusations selon lesquelles son mandat serait responsable des pénuries actuelles de personnel. Chiffres à l'appui, il a indiqué que les effectifs étaient passés d'environ 12 500 en 2014 à 15 500 en 2024, grâce à un recrutement progressif sur dix ans. Il a également rappelé que le système mauricien aurait été classé parmi les meilleurs en Afrique par l'OMS en termes de ratio médecinpatient.

Il a toutefois noté que le premier Budget du gouvernement actuel avait revu ce chiffre à 15 300, ce qu'il considère comme un recul. Selon lui, ces déséquilibres ont des conséquences concrètes : des délais pouvant atteindre huit mois pour un IRM et un ratio d'un infirmier pour quatre nouveau-nés en néonatologie, dans un contexte où les naissances multiples issues de fécondation in vitro requièrent des soins intensifs accrus.

Lors des questions de la presse, trois sujets ont retenu l'attention : les heures supplémentaires impayées depuis le Covid, toujours en suspens dans un système bureaucratique «paralysé» ; la facture des vaccins, soit Rs 500 millions impayées pour 1,2 million de premières doses, un million de deuxièmes et des chiffres décroissants pour les suivantes, que le MSM a dit avoir négociés dans le cadre de contrats contraignants justifiés par la fermeture du pays ; et enfin le dossier «Pack & Blister», sur lequel l'ex-ministre a défendu les décisions de l'ancien gouvernement, tout en réaffirmant la légitimité d'un recours juridique en cas de produit défectueux.

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