Afrique: Assemblées annuelles de la BAD - Les débats s'engagent autour de la refonte du modèle financier africain

Les travaux des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) ont officiellement été lancés le 26 mai à Brazzaville par le président congolais, Denis Sassou N'Guesso, en présence de ses homologues centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, et gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema. Afin de mobiliser des financements suffisants pour le développement du continent, la réforme de la BAD et, plus largement, celle de l'architecture financière africaine s'imposent comme les principales attentes de ces assises de Brazzaville.

Quarante-deux ans après les Assemblées de 1984, la République du Congo accueille à nouveau les Assemblées annuelles de la BAD, transformant Brazzaville et le pôle urbain de Kintélé en capitale africaine de la finance et du développement. Durant quatre jours, chefs d'État, ministres, gouverneurs de banques centrales, investisseurs, partenaires techniques et financiers ainsi qu'acteurs du secteur privé vont réfléchir aux mécanismes capables de renforcer les capacités de financement du continent.

Placée sur le thème « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l'Afrique dans un monde fragmenté », cette rencontre se veut un cadre éminent de délibérations et de prise de décisions stratégiques dont les résolutions engagent l'avenir des nations entières. D'après le président du groupe de la BAD, Sidi Ould Tah, l'événement s'impose également comme un espace souverain de mobilisation des financements indispensables au développement africain ; une plateforme privilégiée de dialogue économique entre les États du continent, fondée sur la concertation et la solidarité ; un instrument de haute diplomatie économique au service des intérêts collectifs de l'Afrique ; ainsi qu'un lieu de convergence et de renforcement de l'intégration africaine, pilier du destin commun du continent.

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Le président du Groupe de la BAD, Sidi Ould Tah, a dressé un diagnostic sévère des déséquilibres financiers qui freinent encore la transformation économique du continent. Selon lui, l'Afrique fait face à un paradoxe malgré des ressources naturelles considérables, plus de 4 000 milliards de dollars d'actifs domestiques et une population jeune en forte croissance. Le continent ne représente qu'environ 3 % du commerce mondial et du produit intérieur brut mondial. Il a également rappelé que les besoins annuels de financement de l'Afrique dépassent désormais les 400 milliards de dollars pour assurer sa transformation structurelle.

Face à cette situation, Sidi Ould Tah a défendu la mise en place d'une nouvelle architecture financière africaine capable de mobiliser l'épargne, d'attirer davantage de capitaux privés et de réduire les perceptions de risque qui pénalisent les investissements sur le continent. « Les investisseurs n'investissent pas dans des intentions, mais dans des instruments », a-t-il martelé, appelant à renforcer les marchés de capitaux africains, les mécanismes de garantie et les institutions régionales de financement. Au centre des débats figure également la question du coût du financement des économies africaines. Malgré des opportunités d'investissement importantes dans les infrastructures, l'énergie, l'agriculture ou encore le numérique, l'Afrique continue de payer un coût du capital parmi les plus élevés au monde.

Rendre les projets africains plus attractifs

La BAD a ainsi plaidé pour le développement d'outils africains de mutualisation des risques capables de rendre les projets africains plus attractifs auprès des investisseurs internationaux. Dans cette logique, il a cité le renforcement du capital de l'Agence africaine d'assurance du commerce et de l'investissement, présenté comme un exemple concret des nouvelles solutions financières africaines destinées à sécuriser les investissements sur le continent. Un accent a aussi été mis sur la mobilisation de l'épargne africaine au service des économies africaines.

Ouvrant les assises, le président Denis Sassou N'Guesso a insisté sur la nécessité pour l'Afrique de repenser ses outils de financement face à l'ampleur des besoins dans les infrastructures, l'énergie, l'agriculture, la santé, l'éducation et le numérique. Pour le chef de l'État congolais, le financement du développement doit désormais devenir un véritable instrument de souveraineté économique africaine. Il a également rappelé la coopération « ancienne, solide et fructueuse » entre la République du Congo et la BAD, une coopération qui a permis de soutenir plusieurs projets structurants dans les domaines des infrastructures, de l'agriculture, de l'énergie et de l'intégration régionale.

Le Congo expose sa vision 2063

Profitant de cette tribune continentale, les autorités congolaises ont présenté les grandes orientations de la vision Congo 2063, censée guider la transformation économique du pays sur le long terme. Cette stratégie repose notamment sur la diversification de l'économie, encore fortement dépendante des hydrocarbures, la modernisation des infrastructures ainsi que le développement du capital humain. Le ministre de l'Économie, du Plan et de l'Intégration régionale, Ludovic Ngatsé, a mis en exergue les importants potentiels naturels et économiques du Congo. Situé au coeur du bassin du Congo, le pays entend capitaliser sur ses ressources forestières, minières, agricoles, touristiques et logistiques pour accélérer sa transformation structurelle.

Le gouvernement congolais ambitionne ainsi de développer de nouvelles infrastructures de transport, d'énergie et de numérique afin d'améliorer l'attractivité du pays pour les investisseurs africains et internationaux. Au-delà des enjeux économiques, les autorités congolaises ont également présenté le rôle stratégique du bassin du Congo dans la lutte contre les changements climatiques. Deuxième massif forestier tropical au monde après l'Amazonie, cet espace constitue l'un des principaux puits de carbone de la planète.

L'intégration africaine affirmée

En marge des Assemblées annuelles, Brazzaville a également voulu envoyer un signal fort en faveur de l'intégration africaine. À l'occasion de la célébration de la Journée de l'Afrique, Denis Sassou N'Guesso a annoncé la suppression des visas d'entrée au Congo pour les ressortissants africains à partir du mois du 1er janvier 2027. Cette décision, saluée par plusieurs délégations, notamment la vice-présidente de la Commission de l'Union africaine, illustre l'ambition du Congo de renforcer les échanges économiques, commerciaux et humains au sein du continent.

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