Ile Maurice: Edwige Sivance - «J'ai un attachement profond à mon quartier de Roche-Bois»

interview

Avec un engagement de plus de 38 ans auprès des communautés vulnérables, Edwige Sivance a choisi de consacrer sa retraite à l'association Future Hope. Une vice-présidente dynamique avec une voix forte pour porter les campagnes de levée de fonds nécessaires à l'avancement du droit à l'éducation.

Figure de proue du secteur social mauricien, vous avez une longue carrière derrière vous. Comment se sont passés vos débuts ?

C'était en 1988, avec feue Laurence Piat au sein de la paroisse de Roche-Bois. Professionnellement, j'ai débuté dans le textile, avant de me tourner vers le social en 1993 en tant que membre fondatrice du Mouvement pour le progrès de Roche-Bois (MPRB). C'était une mission de field worker pour mieux comprendre les multiples raisons derrière l'échec scolaire. J'ai également travaillé comme vendeuse au Caudan Craft Market. Même dans ce travail, ce qui me passionnait, c'était le contact humain, dans une autre dimension que le social. Puis, en 1995, j'ai rejoint les formations Community in action avec le Groupe A de Cassis. L'opportunité de rencontrer de belles personnes comme Jean-Noël Adolphe, Cadress Rungen, Mario Radegonde...

Un de vos premiers engagements avec l'échec scolaire a été la réhabilitation des personnes usagères de drogue. Pourquoi cette cause ?

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Je me souviens que dans une des formations au Groupe A de Cassis, les intervenants avaient demandé à l'audience : « Comment définir le profil des usagers de substances ? » Et beaucoup de paroles négatives avaient fusé, y compris « voleurs ». J'avais alors répondu que selon moi, ils étaient des êtres humains avant tout. Et, dans la foulée, j'avais demandé s'il n'y avait pas une petite place pour œuvrer au sein du Centre de solidarité de RoseHill. Faute de poste vacant, Mario Radegonde m'avait proposé de faire une candidature spontanée. Deux ans plus tard, j'ai eu un entretien avec frère Jean-Louis Reure et j'ai intégré l'équipe. Le début d'une aventure humaine, de 16 ans !

Un résumé ?

Une école de la vie, où j'ai grandi en traversant les différents départements : le premier contact, la détox, la thérapie familiale, la réinsertion, la communauté thérapeutique... Et le service de prévention. Un cheminement extraordinaire, qui a changé ma propre vie d'abord. J'ai appréhendé la méthode (Le projet Homme) en profondeur et je la vis chaque jour pleinement depuis : accepter mes souffrances, me relever avec force, soutenir mes proches... Je prends un temps quotidien pour faire une relecture de ma journée. Dans ce projet Homme, il y a la nécessité de mener un travail sur soi d'abord, pour comprendre ensuite l'autre sans jugement. Et comprendre comment sa vie a pu basculer avec l'addiction. Au Centre de solidarité, j'ai aussi appris beaucoup sur le VIH. Je voudrais exprimer toute ma gratitude à Audrey d'Hotman de Villiers, directrice du Centre de solidarité à l'époque et psychologue, pour l'ensemble des formations transmises.

Puis, après le Centre de solidarité, retour dans votre quartier ?

C'était un choix difficile de quitter le Centre de solidarité, mais pour des raisons de rapprochement familial, j'ai accepté le poste de directrice du MPRB que j'ai occupé de 2013 à 2016, jusqu'à la restructuration par manque de fonds. Puis, mon arrivée quelques mois plus tard à Future Hope, pour développer le service de thérapie familiale. Je remercie en particulier Marie Noëlle Ramdeen, présidente de Future Hope. Et à titre posthume, je remercie mon mentor, «Tatave», Jean-Claude Augustave. Vraiment, je me sens très « riche » d'avoir pu bénéficier de cette expérience du social presque d'un bout à l'autre de ma carrière.

C'est vrai, j'ai un attachement profond à mon quartier de Roche-Bois. J'y ai grandi depuis l'âge de quatre ans, puis, j'y ai élevé cinq enfants. Et je suis une grand-mère bien entourée aujourd'hui de mes petits-enfants et des jeunes de Future Hope. Je les écoute, je les conseille, y compris leurs parents. J'encourage les éducatrices dans le travail au quotidien, qui est difficile, que ce soit à l'École du jour à Sainte-Croix ou au sein des unités dédiées à l'accompagnement scolaire (Roche-Bois, Résidence La Cure, BoisMarchand, Sainte-Croix, Petite-Rivière). Notre objectif est d'accompagner chaque jeune vers un plan d'avenir correspondant à son potentiel et à ses aspirations, en l'aidant à mettre au jour la meilleure version de lui-même.

 Une carrière dans le social, c'était votre rêve d'enfant ?

Pas exactement ! Mon rêve était de devenir infirmière ou policière. Je me souviens qu'à l'époque, l'écolage mensuel coûtait Rs 16,25. Par manque de moyens, je n'ai pas pu composer la Form 2. Alors, j'ai longtemps dû marcher avec trois mini-dictionnaires sur moi : un de français, un d'anglais et une version bilingue. J'avais soif de comprendre, de ne rien manquer des échanges que ce soit à Maurice ou à l'étranger ! Je me souviens avoir participé au Zimbabwe à un séminaire sur les droits éducatifs et culturels. C'était merveilleux, la richesse des contacts entre des activistes de la Southern African Development Community.

 Vos expériences passées, vous les partagez avec l'équipe de Future Hope en tant que vice-présidente ?

Oui, le drop-out du système scolaire public est au cœur des discussions avec les éducatrices de Future Hope, par exemple. Avec les enfants, je m'adresse à eux comme je le ferais avec mes petits-enfants. Je leur parle directement avec mon cœur : «To ena kapasite! Ne laisse personne te faire douter de ton potentiel ! Ne laisse pas la paresse prendre le dessus, même quand tu es découragé ! Avoir accès à l'École du jour de Future Hope est une grande opportunité. Si les éducatrices ou tes parents te grondent parfois, c'est pour t'aider à bien grandir. »

L'accueil bienveillant, c'est l'une des forces de l'École du jour de Future Hope ?

Je dirais même que l'amour est une des clés du succès de Future Hope. Les enfants, ici, se sentent compris, protégés et aimés. Idem à l'accompagnement scolaire. Nous ne comptons plus les belles surprises. Parfois, les habitants du quartier dénigrent un enfant ou une fratrie en particulier, alors que dans l'enceinte de Future Hope, ils ont réussi à se discipliner et à intégrer des valeurs... Ces enfants peuvent aller bien loin ; il ne faut pas rester figé sur un comportement négatif.

Un comportement difficile chez l'enfant, parfois révélateur d'une souffrance...

Oui, les élèves de l'École du jour arrivent parfois avec beaucoup de colère, de frustration en eux... contenues depuis la maison, qu'ils vont chercher à faire sortir sur leurs camarades, leurs éducatrices... Il s'agit d'être à leur écoute. L'écoute et la formation des parents jouent aussi un grand rôle pour atteindre les objectifs fixés par l'association Future Hope. Je précise : formation des parents ou au moins d'un adulte responsable par enfant. Cela peut être une grand-mère, un oncle, une tante... si les parents rencontrent des difficultés ou que l'enfant est orphelin.

L'omniprésence des substances illicites dans la société impacte-t-elle aussi directement les enfants pris en charge par Future Hope ?

Effectivement. L'an passé, Future Hope a organisé une marche anti-drogue. Même en réduisant le tracé initial, l'équipe s'est rendu compte que des élèves cachaient leur visage, par crainte des représailles !

Pour que le travail de prévention se poursuive à Sainte-Croix et pour la continuité du droit à l'éducation, Future Hope cherche des fonds. Pour quels besoins ?

Rémunérer nos éducatrices à leur juste valeur, offrir deux repas par jour aux enfants, proposer des sorties pédagogiques pertinentes, travailler avec des partenaires pour offrir des ateliers de prévention, former les parents... Tout cela a un coût. Notre partenaire, la plateforme Small Step Matters, porte régulièrement des campagnes pour nous faire connaître de nouveaux donateurs individuels et du secteur privé, afin d'attirer des contributions de Corporate Social Responsibility. Tout est transparent et notre porte est ouverte pour attester du travail abattu auprès des 32 élèves scolarisés cette année. Si les sponsors nous suivent, Future Hope pourrait envisager d'accueillir 40 adolescents à la rentrée de janvier 2027. Mais notre priorité : boucler le budget de l'association nécessaire jusqu'à la fin de l'année.

Promotion spéciale fête des Mères

À la recherche d'un présent original pour la fête des Mères ? Les éducatrices de l'organisation non gouvernementale Future Hope se sont mobilisées après les heures de classe pour concevoir un pendentif en céramique avec le soutien de Small Step Matters et de Jean-Pierre Charles, artisan à Résidence La Cure. Le produit sera commercialisé à la boutique My Pop Up Store de Bagatelle, au prix exclusif de Rs 350 en amont de la fête des Mères. Un produit solidaire, qui entre dans la gamme des produits partages développés par Small Step Matters. Objectif : soutenir le droit à l'éducation, puisque 90 % des fonds reviendront à l'École du jour pour ses frais de fonctionnement.

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