Assemblées annuelles 2026 - Le Maroc en tête du nouvel indice d'industrialisation de l'Afrique de la Banque africaine de développement

25 Mai 2026
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African Development Bank (Abidjan)

L'Afrique connaît une transition industrielle « silencieuse mais irréversible », même si les progrès demeurent inégaux et concentrés, selon deux rapports lancés aujourd'hui en marge des Assemblées annuelles 2026 du Groupe de la Banque africaine de développement à Brazzaville.

Le Groupe de la Banque a lancé l'édition 2025 de son Indice d'industrialisation de l'Afrique (AII), aux côtés du tout premier Baromètre de l'investissement industriel en Afrique (AfIIB), élaboré par WITBA Invest SA en partenariat avec Trendeo. Ensemble, les deux rapports offrent le portrait le plus détaillé à ce jour des pays qui s'industrialisent le plus rapidement, des destinations qui attirent les investissements et de la valeur générée qui demeure sur le continent.

Les deux rapports partagent un même diagnostic : l'intégration industrielle de l'Afrique est faible. Le commerce intra-africain ne représente que 14,4 % du commerce total, ce qui reflète des liens de production régionaux ténus et des écosystèmes industriels fragmentés.

L'AII 2025, qui a évalué le développement industriel dans 54 pays africains sur la période 2010-2024, constate que 41 pays ont amélioré leur score d'industrialisation, la performance continentale progressant de 6 %. Les gains les plus marqués ont été enregistrés parmi les économies les moins performantes, signe d'une convergence. Des écarts importants subsistent néanmoins : l'Afrique représente moins de 2 % de la production manufacturière mondiale et seulement 1,4 % des exportations manufacturières ; et la valeur ajoutée manufacturière par habitant est tombée en deçà des niveaux d'avant 2014.

Saluant la publication du rapport, Ousmane Fall, directeur du développement industriel et commercial du Groupe de la Banque africaine de développement, a déclaré : « Ce rapport est autant une feuille de route qu'un diagnostic. Il montre que 41 de nos 54 pays avancent désormais dans la bonne direction -- mais il nous rappelle aussi que l'industrialisation à grande échelle exige des infrastructures résilientes, une création de valeur au plus près de la source et des financements mobilisés selon des modalités africaines. C'est précisément ce que les Quatre Points cardinaux sont conçus pour offrir. »

Constat le plus frappant du rapport, le Maroc a dépassé l'Afrique du Sud pour devenir la première économie industrielle du continent, portée par une montée en gamme industrielle soutenue, une diversification des exportations et une politique industrielle vigoureuse. L'Afrique du Sud demeure une puissance industrielle continentale, mais sa compétitivité décline régulièrement. L'Afrique du Nord et l'Afrique australe dominent la production et la sophistication des exportations, tandis que l'Afrique de l'Est, de l'Ouest et centrale accusent un retard.

L'AII appelle à faire évoluer l'intégration au-delà des simples réductions tarifaires vers des corridors économiques fonctionnels, des infrastructures de qualité et des normes harmonisées -- le tout ancré dans la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

L'AfIIB examine l'industrialisation africaine à travers trois indices -- diversification industrielle, attractivité et ancrage productif, ce dernier mesurant le degré d'intégration locale des investissements. L'Afrique du Nord arrive en tête des trois, captant 56 % de l'investissement continental cumulé entre 2020 et 2025, le Maroc et l'Égypte en première ligne.

« Le véritable déficit du continent n'est plus l'absence de stratégies industrielles. L'Afrique en produit désormais en abondance. Ce qui manque encore, c'est la discipline d'exécution, la continuité des politiques publiques, la cohérence systémique entre financement, énergie, infrastructures, capital humain, gouvernance et vision industrielle. L'industrialisation africaine ne peut plus rester un discours d'intention ou une projection théorique. Elle doit devenir une dynamique mesurable, pilotée et assumée stratégiquement. L'Afrique industrielle n'est pas une promesse abstraite : c'est une nécessité historique capable d'élargir les horizons économiques, technologiques et géostratégiques du continent », a déclaré Harouna Kaboré, président de WITBA Invest SA.

Attirer les investissements ne garantit pas que la valeur reste sur place, avertit le Baromètre. L'Afrique de l'Est affiche le deuxième score d'ancrage productif du continent, grâce à une intégration régionale poussée et à des chaînes de valeur agricoles complètes. À l'inverse, l'Afrique australe attire la plus forte part d'investissements à haute valeur ajoutée, tout en présentant une intégration verticale faible. Ainsi, les usines automobiles de la région assemblent essentiellement des kits importés plutôt que de s'approvisionner auprès de réseaux de fournisseurs locaux.

L'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale restent cantonnées à la première transformation : le cacao ivoirien exporté en poudre plutôt qu'en chocolat fini, la bauxite guinéenne expédiée brute, l'or et l'uranium sahéliens exportés sans industrie en aval.

Les deux rapports soulignent comme leviers essentiels l'accès à une énergie fiable et compétitive, des infrastructures industrielles transfrontalières, des financements de long terme en monnaie locale, l'investissement dans les compétences techniques et l'harmonisation des normes. L'AfIIB exhorte également les industries africaines à se décarboner dès maintenant pour éviter d'être structurellement pénalisées par les mécanismes d'ajustement carbone aux frontières que l'Europe et les États-Unis imposeront au cours de la prochaine décennie.

Pour les investisseurs privés, l'Afrique offre des rendements supérieurs à la moyenne dans les matériaux de construction, l'agro-transformation, les engrais et les médicaments génériques ; mais une réussite durable exigera des partenariats structurels et l'engagement de capitaux patients, fait valoir le Baromètre.

Les autres intervenants du panel étaient : Ismaël Nabé, ministre du Plan, de la Coopération internationale et du Développement de la République de Guinée ; Mme Mutesi Rusagara, ministre d'État pour les investissements publics et la mobilisation des ressources du Rwanda ; Michel Djombo, ministre du Développement industriel, des Zones économiques spéciales et de la Promotion du secteur privé de la République du Congo ; et Victor Djemba, responsable du bureau Afrique de l'Organisation des Nations unies pour le développement industriel qui a prononcé le discours de clôture.

Les Assemblées annuelles 2026 du Groupe de la Banque, qui comprennent la 61e Assemblée annuelle du Conseil des gouverneurs de la Banque africaine de développement et la 52e Assemblée annuelle du Conseil des gouverneurs du Fonds africain de développement, se tiennent du 25 au 29 mai à Brazzaville.

Le rapport sur l'Indice d'industrialisation de l'Afrique peut être téléchargé ici (anglais) et ici (français). Cliquez ici pour télécharger l'AfIIB.

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