Ile Maurice: Tabagisme - Le pays en quête d'un second souffle

Le tabagisme demeure un enjeu majeur de santé publique, malgré une légère baisse du nombre de fumeurs ces dernières années dans le pays. Selon les données du Non Communicable Disease Survey de 2021, 18,1 % de la population fume contre 19,3 % en 2015, soit une baisse de 1,2 %. Au-delà de cette amélioration modérée, les autorités sanitaires continuent de tirer la sonnette d'alarme face à une dépendance qui touche encore des milliers de Mauriciens, en particulier les hommes et les jeunes.

Le Dr Balkrish Beedassy, point focal pour le sevrage tabagique au ministère de la Santé, souligne que les hommes restent les plus touchés par l'addiction au tabac. «35,3 % des hommes sont fumeurs contre seulement 3,7 % des femmes», indique-t-il.

Les jeunes constituent également une population particulièrement vulnérable. Selon le médecin, beaucoup d'entre eux commencent à fumer à un âge précoce, malgré l'interdiction de vente aux mineurs. Les influences sociales, la pression des pairs et les stratégies de marketing de l'industrie du tabac favorisent cette initiation précoce. «Les jeunes sont particulièrement ciblés par l'industrie du tabac», affirme-t-il.

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Parmi les principales difficultés rencontrées par les personnes qui souhaitent arrêter de fumer, la motivation reste l'élément clé. Dans les cliniques spécialisées, de nombreux patients manifestent une réelle volonté d'arrêter mais les rechutes demeurent fréquentes. Une simple invitation à fumer entre amis ou le passage devant un point de vente peut suffire pour que certains anciens fumeurs cèdent à la tentation. «Le succès du sevrage dépend largement de la motivation du patient», insiste le Dr Beedassy.

Dans le pays, la prise en charge de l'addiction au tabac repose principalement sur un accompagnement médical, psychologique et préventif. Le traitement proposé dépend du niveau de dépendance à la nicotine, de l'âge du fumeur, de son état de santé et de sa motivation à arrêter définitivement de fumer.

Afin d'accompagner les fumeurs dans leur démarche, le ministère de la Santé dispose aujourd'hui de 16 cliniques de sevrage tabagique gratuites, réparties dans les hôpitaux et centres de santé publics du pays. La première Tobacco Cessation Clinic a été lancée en 2011 à Beau-Bassin dans le cadre de l'initiative Empower de l'Organisation mondiale de la santé. Rodrigues dispose également d'une clinique de sevrage à Mont-Lubin.

Ces services sont accessibles gratuitement et sans rendez-vous. Les fumeurs doivent uniquement présenter une pièce d'identité pour être enregistrés. Le traitement se déroule en deux étapes : une phase initiale de deux semaines de counseling, destinée à évaluer le profil du fumeur et son niveau de dépendance, suivie d'un traitement pharmacologique de dix semaines. Les médecins prennent aussi en considération les autres maladies du fumeur comme le diabète, l'hypertension ou les maladies cardiovasculaires, afin d'adapter le traitement.

Dans certains cas, les patients bénéficient de thérapies de substitution nicotinique comprenant des patchs à la nicotine, des gommes à mâcher, des pastilles ou encore des inhalateurs. Ces traitements permettent de réduire progressivement les symptômes de manque et les envies de fumer. Pour les cas de forte dépendance, certains médecins peuvent également prescrire des médicaments spécifiques destinés à diminuer l'envie de nicotine et cela, sous stricte supervision médicale.

Le soutien psychologique et comportemental occupe aussi une place importante dans le processus de sevrage. Le tabagisme étant souvent associé au stress, à l'anxiété ou à certaines habitudes sociales, des séances de counseling sont proposées afin d'aider les fumeurs à identifier les déclencheurs, à gérer leurs envies de fumer et à prévenir les rechutes.

Le Dr Beedassy insiste également sur l'importance de l'environnement familial et social dans la réussite du sevrage. Le soutien du conjoint ou de la famille joue un rôle déterminant. «Il est très important qu'il n'y ait pas de fumeurs dans l'entourage immédiat du patient», précise-t-il. Les spécialistes rappellent d'ailleurs que l'arrêt du tabac est souvent un processus progressif nécessitant plusieurs tentatives avant un arrêt définitif.

Parallèlement au tabagisme classique, une autre inquiétude grandit chez les professionnels de santé : l'augmentation du vapotage chez les jeunes. Les cigarettes électroniques, souvent colorées et attractives, séduisent particulièrement les adolescents et les étudiants. Pourtant, contrairement aux idées reçues, les médecins rappellent que le vapotage n'est pas sans danger.

L'e-juice contenu dans les cigarettes électroniques peut contenir des substances toxiques, notamment de la nicotine, de l'acétone, du formaldéhyde ou encore de la glycérine. Ces produits chimiques sont associés à différents cancers et maladies respiratoires. «Le vapotage est également nocif», avertit le Dr Beedassy. Il rappelle d'ailleurs que la cigarette électronique reste illégale à Maurice selon les Public Health (Restrictions on Tobacco Products) Regulations.

Les risques du tabagisme sont souvent sous-estimés par la population. Beaucoup associent encore la cigarette uniquement au cancer du poumon, alors que les conséquences sont bien plus vastes. Les médecins évoquent des cancers des voies respiratoires, du larynx, de la gorge et de l'intestin ainsi que des cancers du sein et du col de l'utérus chez les femmes. Le tabac constitue également un facteur aggravant pour les maladies cardiovasculaires et respiratoires chroniques.

Pour limiter la consommation, Maurice applique également plusieurs mesures légales : interdiction de fumer dans de nombreux lieux publics, restrictions sur la publicité du tabac, avertissements sanitaires sur les paquets de cigarettes et taxation des produits du tabac. Des campagnes de sensibilisation sont aussi régulièrement organisées, notamment lors de la World No Tobacco Day, afin d'alerter la population sur les dangers du tabagisme actif et passif.

Face à cette réalité, le Dr Beedassy lance un appel aux fumeurs qui hésitent encore à entamer un traitement. «La solution existe dans les centres de santé proches de chez eux», affirme-t-il. Des brochures d'information et des équipes spécialisées sont disponibles pour accompagner gratuitement les patients dans leur démarche.

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