Afrique: Commerce intra-africain - L'urgence de financer les PME locales

La réforme de l'architecture financière du continent voulue par la Banque africaine de développement (BAD) vise à s'attaquer aux difficultés d'accès au crédit pour les Petites et moyennes entreprises (PME), aux contraintes liées aux devises et à la réglementation des changes, mais aussi à la digitalisation du secteur financier. En marge des Assemblées annuelles de la BAD, le 27 mai à Brazzaville, experts financiers, responsables institutionnels et acteurs du développement ont débattu des obstacles qui freinent encore le financement du commerce intra-africain.

Le financement des PME demeure l'un des principaux défis du commerce intra-africain. Lors du panel technique consacré au lancement du rapport 2025 sur l'offre de financement du commerce en Afrique, les intervenants ont dressé un constat préoccupant. Malgré les ambitions d'intégration économique du continent, les entreprises locales continuent de faire face à un déficit massif de financement et à des procédures souvent inadaptées à leurs réalités.

Conseiller spécial du président de la BAD chargé de la nouvelle architecture financière africaine et fondateur du cabinet Financial Afrik Awards, Didier Acouetey a insisté sur la nécessité de renforcer les mécanismes de garantie et de financement à plusieurs niveaux. Selon lui, la BAD doit jouer un rôle moteur en soutenant les institutions régionales de garantie comme Atidi, afin que celles-ci puissent, à leur tour, renforcer les capacités des banques nationales. « Le déficit de financement des PME africaines est estimé à près de 330 milliards de dollars. C'est considérable », a-t-il rappelé.

Les entreprises qui souhaitent commercer à l'international restent confrontées à des délais excessifs pour accéder aux devises et finaliser leurs transactions. Pour Didier Acouetey, l'objectif est de créer un effet de levier capable de fluidifier le financement du commerce. Aujourd'hui encore, certaines entreprises doivent attendre plusieurs mois avant qu'une opération internationale soit validée, faute de liquidités en devises dans les banques locales. Une situation qu'il juge incompatible avec les exigences du commerce moderne.

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Au-delà des financements, les participants ont également insisté sur la simplification des procédures administratives et documentaires. Les PME africaines, souvent de petite taille et évoluant dans l'informel, peinent à satisfaire aux exigences bancaires traditionnelles. La digitalisation apparaît ainsi comme une solution essentielle pour alléger les démarches et renforcer la transparence des opérations commerciales.

Didier Acouetey a plaidé pour la mise en place de plateformes numériques capables de faciliter l'accès des entreprises aux documents légaux, commerciaux et financiers nécessaires à leurs transactions. Il estime également que le renforcement des mécanismes de garantie permettrait de rassurer les banques commerciales et les correspondants bancaires internationaux sur les risques liés aux opérations des PME africaines.

Des taux d'intérêt encore élevés

La question du coût du crédit a aussi occupé une place centrale dans les discussions. Le directeur régional Afrique centrale de Proparco, filiale de l'Agence française de développement, Mehdi Tatani, a dénoncé les taux d'intérêt particulièrement élevés appliqués dans certains systèmes de microfinance africains. D'après lui, ces conditions financières constituent un frein majeur à l'inclusion financière des très petites entreprises (TPE).

« Une TPE peut supporter des taux réels proches de 30 %, voire davantage », a-t-il regretté, appelant à des réformes réglementaires plus favorables au financement des acteurs économiques locaux.

Comme les autres intervenants, ce responsable de Proparco a souligné l'émergence des fintechs africaines et des solutions innovantes basées sur la blockchain, susceptibles de transformer le financement du commerce en Afrique. Ces nouveaux acteurs pourraient, selon lui, jouer un rôle catalyseur dans la modernisation des services financiers et l'amélioration de la transparence des transactions.

De son côté, la commissaire de l'Union africaine(UA) en charge du Développement économique, du Commerce, de l'Industrie, des Mines et du Tourisme, Francisca Tatchouop Belobe, a estimé que le commerce constitue un levier stratégique du développement économique du continent.

Rendre les PME locales plus crédibles

Cette experte de l'UA a toutefois évoqué les difficultés d'accès au financement des PME qui ne peuvent être dissociées des problèmes structurels qui affectent les économies africaines. Pour elle, le renforcement du secteur privé africain est indispensable afin de réduire les écarts de financement et de rendre les entreprises locales plus crédibles aux yeux des institutions financières.

Elle a également insisté sur la nécessité de revoir certaines réglementations de change jugées trop contraignantes. Dans plusieurs régions du continent, ces restrictions ralentissent les transactions commerciales et favorisent parfois le développement de circuits informels.

Au terme des échanges, un consensus s'est dégagé autour de la nécessité de bâtir une architecture financière africaine plus cohérente, plus solidaire et mieux adaptée aux réalités des PME. Les participants ont appelé à une meilleure coordination entre les banques de développement, les mécanismes de garantie, les banques commerciales et les institutions de microfinance afin de soutenir durablement le commerce intra-africain, qui représente encore moins de 20 % des échanges du continent.

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