La décision du Monetary Policy Committee (MPC) de la Banque de Maurice d'augmenter le key rate de 4,50 % à 4,75 % par an a été au coeur d'une vive joute parlementaire lors de la Private Notice Question (PNQ) du leader de l'opposition, Joe Lesjongard, adressée au Premier ministre (PM), Navin Ramgoolam, hier à l'Assemblée nationale.
Dès le début de sa réponse, Navin Ramgoolam a insisté sur «l'indépendance totale» retrouvée de la Banque de Maurice (BoM) depuis l'arrivée au pouvoir de son gouvernement. Il a affirmé que, contrairement à la précédente administration, aucune interférence politique n'est désormais exercée sur les décisions de la banque centrale. Selon lui, les interventions du précédent gouvernement dans les affaires de la BoM auraient lourdement fragilisé le système financier du pays. «Les conséquences de ces interférences ont été très dommageables et représentaient une menace directe pour la stabilité du système bancaire et financier», a-t-il déclaré.
Selon les projections de la BoM, basées sur un prix moyen du pétrole de 90 dollars américains le baril et une réouverture du détroit d'Ormuz d'ici à fin juin 2026, l'inflation générale pourrait atteindre environ 5,5 % cette année, contre une précédente estimation de 3,6 %. Ce niveau dépasserait la fourchette cible d'inflation fixée entre 2 % et 5 %. Le PM a également souligné que l'inflation sousjacente, qui exclut les produits volatils comme les carburants et les denrées alimentaires, atteignait déjà 6,1 % en avril 2026 sur une base annuelle, révélant, selon lui, d'importantes pressions inflationnistes internes.
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Navin Ramgoolam a attribué cette situation aux politiques monétaires appliquées entre 2019 et 2024. Il a affirmé que la BoM avait transféré Rs 97 milliards au gouvernement durant cette période, auxquelles s'ajoutent Rs 81 milliards injectées pour financer la Mauritius Investment Corporation. Selon lui, cette création monétaire massive a généré une liquidité excessive ayant alimenté l'inflation et provoqué une forte dépréciation de la roupie. Il a rappelé que la liquidité excédentaire avait atteint environ Rs 90 milliards en août 2023, tandis que l'inflation avait culminé à 11,3 % en février 2023.
Le chef du gouvernement a également indiqué que la roupie s'était dépréciée d'environ 30 % face au dollar américain entre décembre 2019 et décembre 2024. Plus tard, lors des échanges, il a même évoqué une dépréciation de 46 % entre 2014 et 2024. Il a aussi soutenu que la politique monétaire accommodante menée auparavant avait accentué l'écart entre les taux d'intérêt en roupies et ceux en dollars américains, affaiblissant davantage la monnaie locale et aggravant les tensions inflationnistes.
Impact direct sur les ménages
Concernant les conséquences concrètes de la hausse du key rate, Navin Ramgoolam a expliqué que les effets varieront selon que les ménages soient emprunteurs ou épargnants. Il a révélé qu'à fin mars 2026, les ménages détenaient des prêts en roupies totalisant Rs 202,2 milliards, avec un taux d'intérêt moyen pondéré de 6,8 %. Le PM a donné un exemple précis : pour un prêt de Rs 500 000, une hausse de 25 points de base entièrement répercutée par les banques entraînerait une augmentation d'environ Rs 1 250 par an des remboursements d'intérêts. Il a précisé que le même principe s'appliquerait aux entreprises disposant de prêts bancaires.
En parallèle, il a indiqué que les ménages détenaient également Rs 457,1 milliards de dépôts transférables à fin mars 2026. Les taux d'intérêt sur les dépôts en roupies oscillent actuellement entre 2,95 % et 3,40 %. Si les banques appliquent intégralement la hausse du key rate, les épargnants devraient donc bénéficier d'une augmentation équivalente de 25 points de base sur leurs dépôts.
Selon Navin Ramgoolam, cette hausse du taux directeur vise principalement à freiner les pressions inflationnistes, soutenir la roupie mauricienne et éviter une inflation incontrôlée. «Nous ne devons pas sous-estimer les dégâts que l'inflation peut causer à une économie», a-t-il affirmé, citant les exemples de l'Argentine et du Zimbabwe.
Échanges tendus avec l'opposition
Joe Lesjongard a toutefois vivement critiqué le gouvernement, estimant qu'aucune mesure concrète n'avait été mise en place pour soutenir une population confrontée à une forte hausse du coût de la vie. Le leader de l'opposition a soutenu qu'une augmentation du coût du crédit, dans un contexte de ralentissement économique, risquait d'aggraver davantage la situation économique du pays. Il a également évoqué les difficultés croissantes des petites et moyennes entreprises, confrontées, selon lui, à des coûts d'emprunt plus élevés, à la dépréciation de la roupie et à la hausse des coûts du fret.
En réponse, Navin Ramgoolam a accusé l'ancien gouvernement MSM d'être à l'origine de la situation actuelle à travers «l'impression de monnaie» et des distributions financières destinées, selon lui, à gagner les élections. «Vous avez imprimé de l'argent. Vous avez distribué de l'argent à gauche et à droite», a-t-il lancé aux bancs de l'opposition.
Interrogé sur les risques pesant sur les ménages déjà fragilisés par la hausse des prix du carburant, de l'électricité et des produits alimentaires, le PM a maintenu que la lutte contre l'inflation demeurait la priorité absolue de la BoM.