Le pouvoir d'achat continue de s'éroder et les budgets familiaux se resserrent, dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques. Les dépenses essentielles - alimentation, logement, transports ou encore électricité - représentent une part toujours plus importante des revenus. Dans ce climat, l'attente des Mauriciens par rapport au Budget 2026-27 reste forte face à la nécessité d'un réel allègement du coût de la vie.
Dans le Budget 2025-26, le gouvernement a présenté peu de mesures de soulagement direct en faveur des salariés, malgré l'annonce d'un revenu mensuel garanti de Rs 20 000 pour les travailleurs à temps plein. Les aides sociales ont été reconduites, avec une suppression progressive envisagée d'ici 2027. Sur le terrain, la pression financière sur les ménages ne faiblit pas.
Si l'inflation globale est restée stable à 4,2 % entre mars et avril 2026, l'inflation year-on-year a grimpé de 2,7 % à 3,6 % en avril, principalement sous l'effet de la hausse des prix de l'énergie et de leurs effets secondaires sur les prix domestiques. La Banque de Maurice (BoM) prévoit une inflation moyenne d'environ 5,5 % pour 2026 dans son scénario de base, soit bien au-dessus de la projection de 3,6 % et de la fourchette cible de 2 à 5 %.
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Le contexte international incertain, notamment les tensions géopolitiques persistantes au Moyen-Orient, pèse lourdement sur les chaînes d'approvisionnement mondiales, provoquant une hausse des coûts du transport et de l'énergie qui se propage comme une onde de choc jusqu'à notre île, causant un effet domino sur le prix des autres produits et services. Le pays, fortement dépendant des importations, subit directement les effets des variations du taux de change, ce qui exerce une pression supplémentaire sur le coût de la vie.
Face à cette menace, la BoM a décidé de réagir pour préserver la stabilité macroéconomique du pays. Le 20 mai dernier, l'institution a relevé son taux directeur de 25 points de base, le faisant passer de 4,50 % à 4,75 %. Si cet ajustement monétaire vise à contenir les pressions inflationnistes, il durcit par la même occasion les conditions de crédit pour les foyers. Pour de nombreuses familles déjà fragilisées par le coût de la vie, cette décision signifie un alourdissement immédiat des remboursements bancaires et autres, réduisant encore un peu plus le revenu disponible pour les besoins essentiels.
Au quotidien, le constat est sans appel. «Le coût de la vie a tellement augmenté et les prix des produits non contrôlés augmentent de jour en jour», affirme Haniff Peerun, président du Mauritius Labour Congress (MLC). Face à cette pression, avant même le conflit au Moyen-Orient, une compensation mensuelle de Rs 635, soit 3,7 % du salaire minimum national, est en vigueur depuis le mois de janvier.
Cette mesure s'applique aux salariés percevant un salaire de base allant jusqu'à Rs 50 000. Au total, 409 400 employés sont concernés, soit près de 88 % de la population active. Le coût annuel de cette mesure est estimé à Rs 3,38 milliards. En même temps, le salaire minimum national a été revu à la hausse passant à Rs 17 745, contre Rs 17 110 auparavant.
Haniff Peerun estime que la situation actuelle exerce une forte pression sur les salariés, dans un contexte de dépréciation de la roupie et de baisse du pouvoir d'achat. Selon lui, cette réalité justifie un appel au gouvernement pour l'introduction d'une Interim Allowance, en attendant la prochaine compensation salariale prévue en janvier prochain. «Nous ne pouvons pas faire face à la cherté de la vie aujourd'hui et attendre l'année prochaine pour la compensation. La compensation de Rs 635 versée en janvier 2026 est en réalité pour l'année écoulée», affirme-t-il.
Compensation «Insuffisante»
Au-delà de cette mesure, le syndicaliste estime que la compensation de Rs 635 reste insuffisante, dans un contexte où les prix continuent d'augmenter, entre autres l'électricité, le carburant et les produits de consommation non contrôlés. C'est dans ce cadre qu'une Interim Allowance figure parmi les propositions soumises dans le cadre du Budget 2026-27. Cette demande n'est pas chiffrée. «C'est la raison pour laquelle nous souhaitions rencontrer le Premier ministre et ministre des Finances, Navin Ramgoolam, pour les consultations prebudgetaires 2026/2027 afin de pouvoir discuter de nos propositions.»
Dans ce contexte, Haniff Peerun maintient que cette rencontre avec les syndicats aurait dû avoir lieu avant la présentation du Budget, compte tenu de la dégradation du pouvoir d'achat et des inquiétudes exprimées. Rappelons d'ailleurs que les confédérations syndicales ont boycotté les consultations pré-budgétaires, en désaccord avec leur déroulement en présence du junior minister des Finances, et non du Premier ministre, qui détient également ce portefeuille stratégique.
Alors que la pression sur le coût de la vie reste forte et que l'exercice budgétaire approche, les attentes des travailleurs mauriciens se concentrent sur de nouvelles mesures de soutien salarial, voire la réintroduction de dispositifs d'aide financière.
Du côté des employés, Vanessa Desiré, travaillant dans une compagnie offshore, décrit une réalité qu'elle juge de plus en plus étouffante. «À la fin du mois, il ne reste plus rien. Le salaire disparaît presque entièrement dans les dépenses obligatoires et chaque hausse de prix rend la situation encore plus lourde. On a l'impression de courir derrière le coût de la vie sans jamais pouvoir le rattraper. On vit en comptant chaque roupie», confie-t-elle. La jeune femme, âgée de 31 ans, ajoute que cette pression constante finit par peser sur le moral des ménages : «On ne demande pas l'impossible, juste un peu d'air. On espère que le prochain budget apportera enfin un vrai rééquilibrage pour les familles et les travailleurs.»
Même constat de Dessen Moothen, employé du secteur privé, qui insiste surtout sur l'absence de visibilité et la difficulté à se projeter dans l'avenir. «Le problème n'est pas seulement le coût de la vie, c'est aussi le fait qu'on ne sait jamais à quoi s'attendre d'un mois à l'autre. Tout change vite et on doit constamment s'adapter, sans réelle stabilité», explique-t-il.
Il estime que cette incertitude rend les décisions du quotidien plus complexes, notamment en ce qui concerne les projets familiaux ou les engagements financiers. Selon lui, le prochain Budget devra avant tout ramener de la prévisibilité et mettre en place des mécanismes qui sécurisent davantage les revenus des travailleurs.