Ile Maurice: «WIO Futures 2026» - Vers une nouvelle feuille de route stratégique en trois piliers

«Building a Resilient Ocean Economy through Science, Policy, and Community». Tel était le thème de la deuxième édition de la conférence WIO Futures, qui s'est tenue le 18 mai au Caudan Arts Centre.

Cette initiative est portée par une coorganisation du Charles Telfair Centre et de l'IEEE Oceanic Engineering Society, avec l'expertise conjointe de la Odysseo Foundation et du Centre for Ocean and Earth Science and Technology. La rencontre a également bénéficié du soutien stratégique de l'Indian Ocean Rim Association ainsi que de l'Australian Aid.

Durant ces deux jours, le forum a réuni scientifiques, décideurs et acteurs de terrain afin de confronter les perspectives et d'élaborer des solutions face aux enjeux climatiques et économiques actuels. La force de WIO Futures 2026 a résidé dans sa capacité à combler le fossé entre la recherche scientifique et l'élaboration des politiques publiques. Cette approche multisectorielle a été jugée indispensable pour répondre aux défis complexes de la gouvernance de l'océan Indien occidental. La dimension internationale de l'événement s'est illustrée par la participation de plus de 20 experts venus notamment des Seychelles, d'Afrique du Sud, d'Australie, du Canada et de Singapour.

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Lors du lancement de la conférence, Arvin Boolell, ministre de l'Agro-industrie, de la pêche et de l'économie bleue, a rappelé que la trajectoire de développement de Maurice est indissociable de son environnement marin. En tant que Petit État insulaire en développement (PEID), le pays dispose d'une zone économique exclusive de 2,2 millions de km², ce qui le positionne comme un acteur maritime stratégique dans l'océan Indien.

Le ministre a insisté sur l'importance vitale de ce patrimoine : «L'océan reste le fondement structurel de la vie économique. Alors que Port-Louis traite 99,5 % de notre commerce extérieur, notre tourisme dépend de la qualité de nos lagons et la pêche demeure l'un de nos principaux produits d'exportation. Les opportunités les plus prometteuses de notre portefeuille économique sont aujourd'hui enracinées dans ce don de l'océan.»

Cette réalité stratégique n'est toutefois pas nouvelle. Elle avait déjà été reconnue en décembre 2013 avec le lancement de la feuille de route dédiée, l'Ocean Economy Roadmap, a rappelé Arvin Boolell. Le processus de consultation le plus récent s'est appuyé sur dix Ocean Dialogues, organisés lors des Assises de l'Océan 2025, qui ont mobilisé des centaines de parties prenantes -- gouvernement, secteur privé, société civile et communautés de pêcheurs -- aux côtés de partenaires internationaux.

Ces échanges ont abouti à un rapport consultatif validé, qui constitue désormais le socle de la stratégie nationale de l'économie bleue. Actuellement en cours de finalisation par un consultant, cette stratégie devrait être achevée d'ici juillet prochain. «De nombreux rapports ont été produits au cours des dernières années. Aujourd'hui, il est temps de passer à l'action», a affirmé le ministre.

Pour ce dernier, le cadre mondial actuel et les réformes nationales offrent de nouveaux leviers de financement et de gouvernance. Il a notamment évoqué l'Accord BBNJ et le cadre de Kunming-Montréal, ainsi que l'objectif de l'Organisation maritime internationale visant une navigation «net-zéro» d'ici 2050, ouvrant des perspectives pour Port-Louis dans le secteur des carburants marins alternatifs.

Sur le plan national, le Fisheries Act 2023 a modernisé la réglementation, tandis que la troisième contribution déterminée au niveau national fixe un objectif de 60 % d'énergies renouvelables d'ici 2035, incluant une part dédiée aux énergies marines.

Nouvelle feuille de route

Les recommandations issues des sessions ont été consignées dans un rapport stratégique destiné à servir de feuille de route pour les futures actions en faveur de l'économie bleue. Ce document s'articule autour de trois piliers fondamentaux.

D'abord, il vise à transformer les avancées scientifiques en instruments de décision politique. L'objectif est de mettre en place des mécanismes institutionnels capables de traduire les données d'observation océanique, les recherches sur le carbone bleu et les innovations technologiques en décisions concrètes de gestion, tant au niveau national que régional.

Ensuite, un accent particulier est mis sur la valorisation des données communautaires. Ce cadre entend reconnaître formellement les savoirs locaux et les données collectées par les communautés comme des contributions essentielles à la gestion des pêches, à l'aménagement de l'espace marin et à la surveillance du domaine maritime.

Enfin, la feuille de route aborde le renforcement de l'influence des PEID dans un contexte géopolitique complexe. Il s'agit de définir des stratégies permettant à ces États d'exercer leur autonomie et de peser collectivement sur la gouvernance mondiale, notamment à travers l'accord BBNJ, la sécurité maritime régionale et les nouveaux mécanismes de financement climatique.

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