Au Mali, des frappes aériennes de l'armée ont visé la ville de Kidal dans la nuit de mardi à mercredi 27 mai, occasionnant des destructions. Ces derniers jours, les forces maliennes et leurs partenaires russes de l'Africa Corps ont multiplié les bombardements sur la ville, conquise le 25 avril dernier par les indépendantistes du FLA (Front de libération de l'Azawad) alliés aux jihadistes du Jnim (Groupe de soutien à l'Islam et aux musulmans), liés à al-Qaïda. Ces groupes armés contrôlent également Tessalit depuis le 1eᣴ mai. Les deux camps affirment se préparer à de futurs combats dans la région mais, depuis le début du mois, chacun reste sur ses positions.
Mercredi 27 mai, vers 1 heure du matin, les frappes de drone de l'armée ont détruit une mosquée et endommagé plusieurs maisons du quartier Aliou, dont celle de Bilal Ag Acherif, président en exercice du FLA. Vendredi dernier (22 mai), c'est le gouvernorat de Kidal, tout juste rénové, qui partait en fumée et, deux jours plus tôt, des bâtiments de la zone de l'aéroport. La liste n'est pas exhaustive et le rythme intense. Parfois ce sont des frappes de drones, parfois des bombardements réalisés par des avions Soukhoï SU-24.
Les rebelles du FLA assurent que ces multiples frappes causent des destructions sans faire de victimes, ce qu'il est impossible de vérifier de source indépendante. La localisation des combattants du FLA présents à Kidal n'est pas connue.
« Terre brûlée »
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« Peut-être veulent-ils effrayer le peu de civils encore présents pour vider la ville de sa population », s'interroge un rebelle indépendantiste présent à Kidal. « Ils mettent en danger la vie de leurs soldats », pointe un autre : le FLA affirme détenir à Kidal plus de 200 militaires maliens, faits prisonniers après les combats du 25 avril.
« En détruisant délibérément les infrastructures civiles de Kidal, la junte reconnaît son incapacité à reprendre la ville », estime le porte-parole du FLA, Mohamed Elmaouloud Ramadane, qui dénonce « une vengeance aveugle et une politique de la terre brûlée ». Une expression également employée par plusieurs chercheurs : « De la Tchétchénie à l'Ukraine, c'est la manière dont les Russes font la guerre, précise l'un d'entre eux. Ils ne veulent rien laisser derrière eux que des ruines. Cela peut laisser penser qu'ils ont abandonné l'idée de reprendre Kidal. »
Livraisons, patrouilles et « piège »
L'armée malienne n'a pas communiqué sur ces frappes et, sollicitée par RFI, n'a pas donné suite. Au début du mois (le 6 mai), l'état-major malien décrivait une phase de « réarticulation » dans la région de Kidal et un « repositionnement des unités » en prélude à des opérations de reconquête.
Un message diffusé par l'Africa Corps le 16 mai dernier sur les réseaux sociaux a cependant semé le doute, les partenaires russes de l'armée malienne affirmant que Kidal n'avait « aucune importance stratégique décisive » et que tenter de reprendre la ville reviendrait à tomber dans « un piège ». En novembre 2023, le groupe Wagner, auquel a succédé l'Africa Corps, avait pourtant largement contribué à la conquête de Kidal.
Les mercenaires russes avaient même hissé leur drapeau à tête de mort au sommet du fort de la ville, avant que les militaires maliens ne le remplacent par celui du Mali. Par la suite, les autorités maliennes de transition avaient fait de cette victoire un trophée, régulièrement cité comme symbole de la souveraineté retrouvée.
Préparatifs
En tout état de cause, à Aguelhoc et Anefis, les deux derniers camps militaires de la région dans lesquels les soldats maliens et leurs supplétifs russes sont toujours présents, les préparatifs se poursuivent. L'Africa Corps russe a indiqué à plusieurs reprises avoir effectué des livraisons de munitions à Aguelhoc, par voie aérienne, et mené des patrouilles terrestres à Aguelhoc et Anefis, induisant que les soldats ne restent pas retranchés dans leurs camps mais qu'ils sont bien en mesure de circuler librement. Les rebelles indépendantistes du FLA, qui scrutent les mouvements de l'armée malienne, se disent prêts à défendre leur fief et même à étendre leurs conquêtes.
Si de nouveaux combats dans la région semblent inéluctables, depuis près d'un mois, aucun des deux camps n'en prend l'initiative.
« Terrorisme multiforme »
Par ailleurs, selon plusieurs sources locales, les jihadistes du Jnim sont revenus à Tonka, dans la région de Tombouctou, hier (mardi) soir et ont ouvert le feu près d'un pont à l'entrée de la ville. Un homme a été tué et quatre autres blessés. La semaine dernière, les jihadistes y avaient exécuté publiquement un enseignant coranique, troisième assassinat ciblé dans cette ville en quelques mois. Dans ses récents communiqués, l'armée malienne a revendiqué des frappes aériennes dimanche 24 mai et lundi 25 mai dans les régions de Nioro, Koulikouro et Ségou, au cours desquelles un nombre non précisé de « terroristes » auraient été « neutralisés ».
À l'occasion de la Tabaski, le président de la Transition a appelé mercredi les Maliens à s'opposer au « terrorisme multiforme » : « Tous les acharnements à travers des récits manipulés ne sauraient ébranler la volonté du peuple malien pour la paix et la souveraineté », a déclaré le général Assimi Goïta.
Les autorités de transition, qui exercent un contrôle strict de l'information au Mali, accusent les médias internationaux donnant la parole à l'opposition politique ou aux groupes rebelles de se livrer à une « guerre médiatique ». Assimi Goïta a promis que les opérations militaires se poursuivraient et que les groupes armés seraient neutralisés « partout où ils se trouveront, jusqu'à la pacification complète du pays ».