Afrique: Malnutrition infantile - Quelles solutions de financement ?

communiqué de presse

La malnutrition reste le premier facteur de mortalité des enfants de moins de cinq ans dans le monde. Près de 19 millions d'enfants souffrent de sa forme la plus grave.

Accepter que les plus fragiles meurent de faim est d'autant plus intolérable aujourd'hui qu'il existe des traitements d'urgence efficaces et abordables, mis au point en France il y a trente ans : les aliments thérapeutiques prêts à l'emploi. Face aux coupes budgétaires de l'aide humanitaire, l'enjeu est de pérenniser le financement de ces traitements vitaux pour les enfants.

L'évolution historique des traitements contre la faim

Dans les années 1980, un enfant malnutri sévère devait être hospitalisé pendant un mois en moyenne, et nourri avec un lait thérapeutique. Les services pédiatriques même lorsqu'ils disposaient de centaines de lits ne pouvaient accueillir qu'un nombre limité d'enfants, et la durée d'hospitalisation était difficile à gérer pour des familles qui doivent souvent s'occuper des autres enfants et des moyens de subvenir à leurs besoins.

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La révolution des aliments thérapeutiques prêts à l'emploi

La révolution est arrivée à la fin des années 1990, avec les aliments thérapeutiques prêts à l'emploi. Ces pâtes reprennent la formule du lait F-100, mais sont conditionnées en sachets, donc facile à transporter et conserver. Elles sont prêtes à manger, il n'est plus nécessaire d'avoir de l'eau potable à disposition pour les diluer ni une source cuisson. Appétentes pour les enfants, elles sont très concentrées en vitamines et minéraux et apportent 500 kilocalories pour 100 grammes.

Des soins à domicile efficaces et un taux de guérison de 90%

Les aliments thérapeutiques prêts à l'emploi ont permis une alternative à l'hôpital : les enfants malnutris peuvent être soignés à domicile, avec des consultations médicales de suivi. Seuls les cas les plus graves qui présentent des complications, environ 10% des enfants malnutris, nécessitent d'être hospitalisés, en général pour quelques jours seulement. Les équipes MSF les utilisent pour la première fois à grande échelle au Niger en 2005, ils permettent de sauver beaucoup plus d'enfants. La différence est flagrante : 67 000 enfants sont pris en charge cette année-là au Niger, contre 10 000 lors de la crise nutritionnelle en Angola en 2002 par exemple.

Les aliments thérapeutiques prêts à l'emploi permettent des taux de guérison proches de 90%, pour un coût moyen d'environ 45€ par enfant.

Menaces sur les budgets et coupes dans l'aide humanitaire

En près de trente ans, le nombre annuel d'enfants malnutris pris en charge avec un traitement spécialisé n'a cessé de croître jusqu'à atteindre plus de 9 millions en 2024, soit près d'un enfant atteint sur deux. Mais le démantèlement de l'agence d'aide au développement américaine, le principal bailleur humanitaire, a depuis fragilisé ces progrès, faisant craindre un retour en arrière.

D'autant que dans son sillage plusieurs pays ont également procédé à des coupes budgétaires conséquentes dans leur aide au développement, dont la France. En trois ans, le gouvernement a amputé des deux tiers le budget dédié à l'aide humanitaire : en 2024, le programme « Solidarité à l'égard des pays en développement » représente 895 millions d'euros dans le cadre de la stratégie humanitaire française. L'enveloppe passe à 500 millions en 2025, et à 294 millions prévus en 2026.

Une taxe sur les boissons sucrées pour sauver des millions d'enfants

Des solutions existent pour assurer ces financements dans la durée, notamment en utilisant une partie des revenus générés par l'économie mondialisée pour les réinjecter au service de la santé et du développement.

Il existe par exemple une taxe sur les canettes de soda et autres boissons avec sucres ajoutés. Rien qu'en France, une augmentation d'un centime d'euro par canette permettrait de générer au moins 100 millions d'euros par an. Si cette somme était attribuée à la lutte contre la malnutrition, elle permettrait de financer plus de 2 millions de cartons d'aliments thérapeutiques prêts à l'emploi, qui pourraient sauver la vie d'autant d'enfants.

Si la hausse d'un centime est très limitée pour les consommateurs et fabricants de boissons sucrées, elle reste cohérente avec l'objectif de santé publique de la taxe existante qui vise à réduire la consommation de boissons trop sucrées, liée à des maladies chroniques en plein essor.

Les producteurs, les chaînes logistiques, les acteurs de santé nationaux et internationaux existent et ont les capacités d'augmenter le nombre d'enfants pris en charge dès lors que l'achat d'une plus grande quantité d'aliments thérapeutiques est sécurisé.

Mobiliser la France et la diplomatie contre les ravages de la faim

La France a un rôle diplomatique à jouer pour promouvoir les financements innovants, et encourager d'autres États à mettre en oeuvre ce type de mesures pour se donner de réelles chances de combattre les ravages de la faim. Une taxe sur les boissons sucrées existe aujourd'hui dans une centaine de pays et territoires.

C'est ce que la France a déjà fait par le passé en instaurant une taxe sur les billets d'avion et les transactions financières, en mettant une partie de ces ressources au service de projets multilatéraux pour la santé, et en incitant d'autres pays à faire de même avec succès. Ce dispositif solidaire a été détricoté fin 2024, et toutes les ressources de ces taxes ont été entièrement remises au budget général de l'État. Il est urgent d'inverser la tendance - il en va de la survie de millions d'enfants.

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