Dans un contexte marqué par l'instabilité persistante en République centrafricaine, le commandant tunisien Mouafek El Araki, officier au sein de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA), décrit une mission exigeante où la protection des civils et la restauration de la confiance demeurent au coeur de l'action des Casques bleus.
Dans un entretien accordé à ONU Info, le militaire tunisien insiste sur la dimension profondément humaine de son engagement. "La paix n'est pas un choix, mais une nécessité", affirme-t-il, résumant la philosophie qui guide son engagement au sein de la mission onusienne.
Selon lui, la présence des forces de maintien de la paix dépasse largement le cadre sécuritaire. Elle englobe la protection des populations civiles, l'appui aux opérations humanitaires et la coordination avec les autorités locales afin de stabiliser durablement les zones affectées par les conflits.
Une mission complexe dans un environnement instable
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Arrivé en République centrafricaine en novembre 2025, le commandant El Araki occupe actuellement un poste d'officier chargé de la planification des opérations futures au quartier général de la MINUSCA à Bangui.
Il décrit une réalité opérationnelle marquée par des contraintes logistiques importantes, notamment la difficulté d'accès à certaines zones, aggravée durant la saison des pluies. Dans certains cas, explique-t-il, les déplacements peuvent nécessiter plusieurs jours pour parcourir quelques dizaines de kilomètres sur des routes impraticables.
À ces contraintes s'ajoute un environnement sécuritaire instable, caractérisé par la présence de multiples acteurs armés et des risques persistants pour les populations civiles comme pour les forces onusiennes.
Au coeur du mandat de la MINUSCA, la protection des civils constitue la priorité quotidienne des Casques bleus. Le commandant tunisien souligne également l'appui logistique apporté aux processus politiques, notamment lors des élections présidentielles et législatives, où la mission a joué un rôle déterminant dans la sécurisation et l'organisation du scrutin.
Il évoque également des moments particulièrement marquants, notamment le retour progressif d'un sentiment de sécurité au lendemain des élections de décembre 2025. "Voir les populations retrouver confiance après des années de peur donne un sens profond à notre mission", explique-t-il.
Construire la confiance avec les communautés locales
Pour les Casques bleus, la réussite de la mission repose aussi sur la relation avec les populations locales. Le commandant insiste sur l'importance du dialogue, de l'écoute et du respect des cultures locales pour établir une confiance durable.
Cette proximité progressive permet, selon lui, de transformer la présence militaire en facteur de stabilité et d'espoir dans des zones longtemps affectées par les violences.
La diversité des contingents présents au sein de la MINUSCA est également présentée comme une force. Les militaires, policiers et civils issus de différents pays permettent une complémentarité des expertises et une meilleure adaptation aux réalités du terrain.
Cette coopération internationale, souligne le responsable tunisien, renforce l'efficacité globale de la mission et illustre la nature collective du maintien de la paix.
"Investir dans la paix" : une responsabilité collective
Réagissant au thème de la Journée internationale des Casques bleus, "Investir dans la paix", le commandant El Araki estime que la paix durable ne peut se limiter à des accords politiques.
Elle nécessite, selon lui, des institutions solides, capables de garantir l'État de droit et d'assurer la sécurité des citoyens. Elle implique également la relance des activités économiques, l'accès à l'éducation et la reconstruction du tissu social.
"La paix véritable se construit lorsque les populations peuvent vivre sans peur et envisager l'avenir avec espoir", résume-t-il.
Conscient des dangers inhérents aux opérations de maintien de la paix, le commandant tunisien rend hommage aux Casques bleus ayant perdu la vie en service. Il souligne que ces sacrifices rappellent en permanence la gravité et l'importance de la mission.
Malgré les risques, il affirme que l'objectif de protéger des vies humaines justifie pleinement l'engagement sur le terrain.
Derrière l'engagement opérationnel, la dimension personnelle reste forte. L'officier tunisien évoque sa famille restée en Tunisie, et notamment sa fille âgée de quatre ans, qui s'interroge sur son absence.
Il explique tenter de lui transmettre le sens de sa mission, en soulignant que le rôle des militaires dans les opérations de paix dépasse la dimension strictement militaire pour s'inscrire dans une logique humanitaire et universelle.