La disparition d'une travailleuse bangladaise, employée comme aide-soignante auprès de la mère du ministre du Travail, Reza Uteem, a provoqué une vive polémique, mardi, à l'Assemblée nationale. Les échanges tendus entre le ministre et la députée de l'opposition Joanna Bérenger ont rapidement dégénéré, poussant la speaker, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, à intervenir.
L'affaire concerne une Bangladaise identifiée comme M.M.B, employée par la mère âgée et souffrante de Reza Uteem et son père, l'ancien président Cassam Uteem. Le ministre Uteem a expliqué que la disparition de la Bangladaise avait été signalée après que la travailleuse a quitté la maison et n'y a jamais remis les pieds.
La tension est montée lorsque Joanna Bérenger a évoqué des informations selon lesquelles la travailleuse aurait été «maintenue enfermée illégalement». Une accusation immédiatement rejetée par Reza Uteem, qui a dénoncé «un mensonge absolu». Le ministre Uteem a ensuite lancé : «Mo pena disan kolon dan mo disan», provoquant une réplique immédiate de la députée : «Mwa osi mo pena disan kolon.» Face aux échanges houleux, la speaker a demandé aux deux parlementaires de retirer leurs propos.
«Récompense de Rs 100 000»
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L'affaire a également pris une autre dimension avec la polémique entourant l'information à l'effet qu'une récompense de Rs 100 000 aurait été promise pour retrouver la travailleuse disparue. Cette situation a été amplifiée après la diffusion d'une vidéo du haut-commissaire du Bangladesh à Maurice, Zokey Ahad. Dans cette vidéo, le diplomate exprime sa profonde inquiétude concernant la disparition de la travailleuse bangladaise M.M.B.
Le haut-commissaire Ahad y affirme notamment que cette disparition pourrait porter atteinte à l'image de la communauté bangladaise à Maurice et même créer des tensions diplomatiques entre Maurice et le Bangladesh. Il lance également un appel aux Bangladais vivant à Maurice afin qu'ils fournissent toute information permettant de retrouver M. M. B.
Cette prise de position publique a suscité de nombreuses interrogations, notamment parce que des milliers de travailleurs bangladais seraient actuellement en situation irrégulière ou portés disparus à Maurice, sans qu'une telle mobilisation diplomatique n'ait été observée auparavant.
Le syndicaliste Fayzal Ally Beegun s'est montré particulièrement critique face à cette situation. Il affirme qu'il existe plus de 7 000 travailleurs illégaux à Maurice, dont environ 3 000 Bangladais. «Jamais la Haute commission du Bangladesh à Maurice n'avait fait une vidéo pour dénoncer cela. Pourquoi l'a-t-il fait cette fois ? Qui a mis la pression sur la Haute commission ? Pourquoi une prime de Rs 100 000 ? Qui a offert cette récompense ?» s'est-il interrogé.
Le syndicaliste estime également que cette récompense pourrait mettre la vie de la travailleuse en danger. Selon lui, il faut avant tout comprendre les raisons qui poussent certains travailleurs étrangers à prendre la fuite. «Derrière chaque travailleur étranger illégal qui s'enfuit, il y a une histoire. Il faut connaître la véritable histoire», soutientil, rappelant que Maurice est signataire de conventions internationales garantissant les droits fondamentaux des travailleurs migrants.
La speaker rappelle les «Standing Orders»
Shirin Aumeeruddy-Cziffra a rappelé les dispositions du Standing Order 22 (1) (h), selon lesquelles une question parlementaire ne doit pas contenir des accusations qu'un député n'est pas prêt à étayer. Elle s'est également référée au Standing Order 22 (1) (i), qui interdit notamment les citations d'articles de presse, les expressions offensantes ou encore les formulations controversées dans les questions parlementaires. Cette intervention faisait suite à un point of order soulevé par le ministre Shakeel Mohamed, qui avait reproché à Joanna Bérenger d'avoir fait référence à des informations publiées dans les médias.
L'ironie de cette polémique réside toutefois dans le fait qu'aucun média traditionnel n'a évoqué des accusations selon lesquelles la travailleuse aurait été «maintenue enfermée illégalement». Ces allégations ont principalement circulé sur une plateforme d'information en ligne, proche de la députée de l'opposition.
La guerre se poursuit sur Facebook
Après les affrontements verbaux à l'Assemblée nationale, les échanges se sont poursuivis sur les réseaux sociaux. Reza Uteem a publié un message sur Facebook : «Kouma ou pou reazir si enn dimounn insilte ou mama ek fer fos alegasion kont li ?» Avant d'ajouter dans une autre publication : «Tou dimounn pa konn valer enn mama !»
Joanna Bérenger a répliqué directement en commentaire sous l'une des publications du ministre. Elle y affirme n'avoir jamais attaqué la mère de Reza Uteem et soutient qu'elle évoquait uniquement des questions de conflit d'intérêts, de droits humains et de traitement réservé aux travailleurs étrangers. Elle accuse également le ministre d'avoir déplacé le débat vers des considérations liées à la couleur de peau et au colonialisme.
Nous avons tenté de contacter Reza Uteem afin d'obtenir davantage de précisions sur cette affaire, mais il n'a pas donné suite à nos appels. Son père, Cassam Uteem, n'a pas non plus pu s'exprimer, invoquant des problèmes de santé.
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NdlR : L'express regrette le niveau et les propos échangés par deux élus mardi au Parlement. C'était un spectacle bien triste pour notre République, alors que nous discutons du Constitutional Review Commission Bill. Où il nous faut aller «Vers une République adulte» - titre de notre éditorial de ce mardi. On présente notre soutien patriotique aux personnes touchées par ces échanges, de quelque camp qu'elles soient, et on ose espérer qu'on va tous se ressaisir pour un pays plus sain et où il fait bon vivre...