La Revue annuelle sur l'efficacité du développement (RAED) en Afrique a été présentée ce 27 mai 2026 à Brazzaville au Congo. Et ce, dans le cadre des assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD).
Selon le document, bien que la croissance africaine soit en voie de reprise -- atteignant 4,2 % en 2025 --, les progrès en matière de développement restent inégaux et sont toujours à la traîne par rapport aux tendances démographiques.
Le rapport de 2026, met en lumière les résultats obtenus et rapportés par la Banque en 2025, dans un contexte opérationnel difficile et en constante évolution, marqué par l'incertitude économique mondiale, l'alourdissement de la dette, les tensions géopolitiques, les chocs climatiques et une fragilité accrue.
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Selon le président de la BAD, Dr Sidi Ould Tah Ce rapport fait ressortir la contribution de la Banque à l'avancement de ces priorités en 2025. « La Banque a permis à plus de 1,5 million de personnes d'accéder à l'électricité. Elle a également soutenu 6,9 millions d'agriculteurs grâce à des technologies résilientes au climat et contribué à améliorer la sécurité alimentaire de 18,4 millions de personnes », a-t-il indiqué.
Avant de souligner que dans les domaines de l'industrie et du développement du secteur privé, la BAD a facilité l'accès au financement pour 6 624 entreprises et permis à 6 millions de personnes d'accéder à des services de base en technologies de l'information et de la communication.
Et ce, « afin de renforcer l'intégration régionale, près de 2 000 kilomètres de routes ont été construits ou réhabilités, contribuant de manière significative à améliorer la connectivité régionale.
Mise en oeuvre de la Stratégie décennale
Selon document, l'année 2025 marque la deuxième année de mise en oeuvre de la Stratégie décennale (2024-2033) et le déploiement du Cadre de gestion des résultats (CGR). Qui, ensemble, renforcent la capacité de la Banque à générer un impact sur le développement plus ciblé, plus cohérent et plus mesurable.
Selon les experts de la banque, c'est dans ce contexte que la Banque continue de relever aussi bien ses ambitions que la qualité de la prestation de ses services, en appui au développement de l'Afrique par le biais d'opérations de plus grande envergure, plus intégrées et plus porteuses de transformation.
« Pour produire un impact durable sur le développement, il faudra aller au-delà de la réussite de projets individuels en privilégiant davantage l'échelle, la rapidité et la sélectivité, afin de concentrer les investissements là où ils peuvent générer des transformations systémiques », recommande le rapport.
Trajectoire de résultats
Le document a révélé que grâce aux projets achevés en 2025, la Banque a continué de produire des résultats solides et concrets en matière de développement dans tous ses domaines prioritaires.
Ainsi des millions de personnes ont bénéficié d'un meilleur accès aux services essentiels tels que l'électricité, l'eau, la santé et les transports, tandis que les investissements stratégiques dans l'agriculture et le développement du secteur privé ont renforcé la sécurité alimentaire, stimulé la croissance des entreprises et dynamisé la création d'emplois.
Dans le secteur de l'énergie, la Banque a dépassé ses objectifs en matière d'accès à l'électricité, desservant plus de 1,5 million de personnes, installant une capacité totale de 858 MW d'énergie renouvelable, et en développant les réseaux de transport. Ces investissements jettent les bases pour généraliser l'accès à l'électricité grâce à des systèmes énergétiques intégrés et régionaux.
Dans le secteur agricole, près de 5 000 entreprises agroalimentaires ont bénéficié des opérations achevées, tandis que 6,9 millions d'agriculteurs ont adopté des technologies améliorées et résilientes au changement climatique. Au total,
18,4 millions de personnes ont vu leur sécurité alimentaire s'améliorer, témoignant des efforts que la Banque ne cesse de déployer pour renforcer la productivité et la résilience agricoles.
Dans le domaine du développement de l'industrie et du secteur privé, la Banque a accompagné 6 624 entreprises en leur facilitant l'accès au financement et a permis à 6 millions de personnes en mesure d'accéder à des services de base en matière de technologies de l'information et de la communication, contribuant ainsi à améliorer la productivité, l'innovation et l'accès aux marchés.
Sur le plan de l'intégration régionale, la Banque a poursuivi le développement des infrastructures transfrontalières et de la connectivité. Près de 2 000 km de routes ont été construits ou réhabilités dans le cadre d'opérations achevées, permettant d'améliorer l'accès aux transports pour plus de 8 millions de personnes, tandis que les opérations de financement du commerce en cours ont permis de soutenir un volume d'échanges commerciaux de 1,29 milliard de dollars, y compris le commerce intra-africain.
Pour ce qui est du développement humain, la Banque a soutenu l'amélioration de l'accès aux services de base, notamment la santé, l'eau et l'assainissement, tout en fournissant un appui au développement des compétences et à la création d'emplois.
Dans l'ensemble de ses opérations, la Banque continue de mettre de plus en plus l'accent sur l'emploi -- en particulier celui des jeunes et des femmes -- en tant que résultat clé en matière de développement.
Ces résultats comprennent un élargissement de l'accès aux services essentiels, les opérations achevées ayant permis à plus de 5,4 millions de personnes d'accéder à une source d'eau améliorée, à 1,8 million à des services d'assainissement améliorés et à près de 1,5 million à des services de santé améliorés.
Les approbations du Groupe de la Banque sont restées soutenues en 2025, atteignant 10,9 milliards de dollars, soit légèrement en dessous du niveau record de 11,5 milliards de dollars enregistré en 2024 -- le plus élevé de l'histoire de la Banque.
Ce niveau d'approbations durable reflète la demande continue pour l'appui de la Banque ainsi que l'intensification des opérations dans les domaines prioritaires.
À l'avenir, les opérations approuvées en 2025 devraient générer environ 750 000 emplois directs et 3,3 millions d'emplois indirects, mettant en évidence l'ampleur des impacts attendus en matière d'emploi et l'accent croissant mis par la Banque sur l'emploi en tant que résultat central du développement.
Revue annuelle sur l'efficacité du développement 2026
Au-delà du financement
La contribution de la Banque au développement de l'Afrique ne se limite pas au financement. Elle continue de jouer un rôle stratégique dans la définition des priorités mondiales et régionales en matière de développement, notamment grâce à ses travaux sur la prise en compte du capital naturel dans le financement du développement et à sa participation aux débats sur la réforme de l'architecture financière mondiale.
Dans le même temps, la Banque renforce son rôle de plateforme de mobilisation, en tirant parti des partenariats, des instruments de financement innovants et de l'optimisation de son bilan pour accroître sa capacité de financement et attirer des capitaux privés.
Des contraintes structurelles persistantes dans des secteurs clés
Dans le secteur de l'énergie, l'accès reste entravé par la fragmentation des réseaux et le faible niveau d'intégration régionale, malgré le vaste potentiel énergétique de l'Afrique. Des initiatives telles que la Mission 300 visent à accélérer l'accès à l'électricité tout en renforçant l'intégration des systèmes électriques.
Dans le secteur agricole, le niveau d'insécurité alimentaire reste élevé et touche 58 % de la population. Cette situation tient à des contraintes structurelles persistantes, aux pressions climatiques et à la hausse des coûts des intrants. Si des gains de productivité commencent à être observés, ils restent insuffisants pour suivre le rythme de la croissance démographique.
Dans le secteur industriel, la production manufacturière continue de croître, mais la transformation structurelle reste limitée, la création de valeur ajoutée restant faible et des lacunes subsistant dans les domaines des infrastructures, du financement et des compétences.
En matière d'intégration régionale, les progrès restent inégaux, la fragmentation persistante des marchés, des infrastructures et des systèmes réglementaires entravant la pleine mise en oeuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Dans le domaine du développement humain, des améliorations sont observées quant à l'accès aux services, mais des disparités persistent entre les pays et les groupes de population, en particulier en ce qui concerne les femmes et les jeunes.
Faire progresser les priorités transversales en dépit des lacunes persistantes
La Banque continue de faire progresser ses priorités transversales, notamment l'égalité des genres, l'emploi des jeunes, l'action climatique, la gouvernance et la résilience. Si des progrès sont indéniables, des lacunes structurelles subsistent.
L'égalité des genres se heurte toujours à des obstacles systémiques, malgré des améliorations dans l'accès des femmes au financement et aux opportunités d'emploi. Le chômage des jeunes reste un défi majeur, car de larges franges de la population jeune ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation. La vulnérabilité climatique s'aggrave, rendant nécessaire une intensification des investissements dans l'adaptation et la résilience.
Pour relever ces défis, la Banque renforce son approche opérationnelle par des interventions plus intégrées et des stratégies spécifiques, parmi lesquelles le futur Plan d'action pour la jeunesse, les compétences et l'emploi (2026-2032).
Améliorer la performance et amplifier l'impact
La Banque continue de renforcer ses performances opérationnelles et institutionnelles afin de maximiser son impact sur le développement.
Elle privilégie davantage les opérations intégrées et pluriannuelles, en vue d'un alignement optimal entre stratégie, exécution et résultats.
Parallèlement, des instruments de financement innovants -- notamment des garanties et des financements mixtes -- contribuent à accroître la capacité de financement et à mobiliser des capitaux privés.
Toutefois, la performance du portefeuille continue de pâtir de difficultés liées à la mise en oeuvre, notamment la complexité des projets, les retards de démarrage et la fragilité des environnements opérationnels. Remédier à ces contraintes reste une priorité, et des efforts sont en cours pour améliorer la conception des projets, renforcer leur exécution et affiner la mesure des résultats.
Conclusion et perspectives
Face à la montée des incertitudes sur la scène mondiale et aux besoins toujours plus importants en matière de développement, la Banque a continué d'afficher de solides résultats tout en renforçant son cadre stratégique et opérationnel.
L'enjeu majeur pour l'avenir sera de pérenniser et de porter
ces résultats positifs à une plus grande échelle -- en mobilisant massivement des financements, en renforçant les systèmes et en générant un impact porteur de transformation -- tout en accompagnant les pays africains dans un environnement de développement de plus en plus complexe.