Les récentes tensions géopolitiques et les perturbations qui en découlent pour le commerce mondial et les chaînes d'approvisionnement pourraient compromettre une décennie de progrès et potentiellement ramener le déficit à son niveau de 2017, soit environ 102,5 milliards de dollars.
C'est ce qui ressort du rapport sur le financement du commerce, présenté le 27 mai 2026, à Brazzaville, au Congo, par le Groupe de la Banque africaine de développement (Bad).
Ce document vise à combler le manque de connaissances concernant le marché africain du financement du commerce.
Cinquième d'une série, il examine l'évolution du financement du commerce en Afrique depuis le début de la pandémie de Covid-19 en 2020 et jusqu'en 2024, du point de vue de l'intermédiation bancaire.
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Pour la première fois, l'analyse quantifie le volume du financement du commerce intermédié par les institutions de financement du développement (Ifd) et élargit la réflexion pour inclure la durabilité environnementale et la numérisation - deux enjeux émergents majeurs dans le paysage du financement du commerce international.
Malgré un contexte mondial difficile, les institutions financières africaines continuent de soutenir le financement du commerce international de leurs clients. Les estimations indiquent une baisse de près de 10 % de la demande non satisfaite de financement du commerce entre 2019 et 2024.
Ce résultat s'explique par les interventions rapides et substantielles des banques multilatérales de développement, des gouvernements, des agences de crédit à l'exportation et d'autres acteurs suite à la pandémie de Covid-19.
Le déficit de financement du commerce en Afrique
Ces interventions ont permis aux banques africaines de disposer des ressources nécessaires pour améliorer leur rôle d'intermédiation dans le financement du commerce sur le continent après la crise.
En effet, sans le financement des institutions de financement du développement et des autres partenaires au développement, et notamment sans l'implication continue des banques internationales dans la confirmation et la garantie des instruments commerciaux, le déficit de financement du commerce en Afrique aurait pu dépasser 100 milliards de dollars par an entre 2020 et 2024.
Cependant, les récentes tensions géopolitiques et les perturbations qui en découlent pour le commerce mondial et les chaînes d'approvisionnement pourraient compromettre une décennie de progrès et potentiellement ramener le déficit à son niveau de 2017, soit environ 102,5 milliards de dollars.
L'adoption de solutions numériques de financement du commerce par les institutions financières africaines devrait réduire les coûts de transaction, renforcer l'inclusion financière et faciliter l'intégration aux initiatives régionales telles que le Système panafricain de paiement et de règlement (Papss), stimulant ainsi le commerce intra-africain et privilégiant le financement en monnaie locale.
Les pénuries de devises étrangères ont été citées comme la principale préoccupation des institutions financières africaines durant la période étudiée.
Ce rapport vise à actualiser notre compréhension des défis auxquels est confronté le financement du commerce intermédié par les banques en Afrique, dans un contexte d'incertitude accrue quant aux droits de douane et à leurs conséquences.
Il met également en lumière les opportunités de débloquer des financements durables pour le commerce africain, ce qui pourrait aider les décideurs politiques à soutenir le secteur dans un contexte de tensions macroéconomiques et politiques persistantes.
Les principaux résultats
·En 2024, la demande non satisfaite de financement du commerce en Afrique se situait entre 74 et 92 milliards de dollars. Ce déficit estimé à 74 milliards de dollars représente 5,4 % de la valeur totale des échanges de marchandises de la région en 2024.
Le système panafricain de paiement et de règlement devrait permettre aux entreprises africaines d'économiser 5 milliards de dollars par an en coûts de transaction (Cnuced, 2022).
·La résurgence des tensions géopolitiques et les perturbations des chaînes d'approvisionnement et des flux commerciaux mondiaux pourraient anéantir les progrès réalisés après la pandémie en matière de réduction de ce déficit. La hausse des prix du pétrole et des engrais, l'augmentation des coûts de fret et d'assurance, la dépréciation des devises et le durcissement de la tolérance au risque des banques correspondantes pourraient creuser le déficit de financement du commerce à 86,6-102,6 milliards de dollars d'ici 2027 dans un scénario modéré à sévère. Cela représenterait une augmentation d'au moins 17,7 % par rapport aux niveaux de 2024, ce qui réduirait à néant une décennie de progrès.
· Le commerce africain reste insuffisamment desservi par les banques commerciales. Sur les cinq années de l'étude, ces dernières ont assuré en moyenne l'intermédiation de 23 % du commerce total de l'Afrique, contre 40 % entre 2011 et 2019.
· L'Afrique a toutefois réalisé des progrès significatifs en matière de commerce intrarégional intermédié par les banques. Entre 2020 et 2024, ce commerce a représenté 34 % du commerce total intermédié par les banques, soit une augmentation de 89 pourcents par rapport aux niveaux pré-pandémiques (18 % entre 2011-2019).
· La pénurie de liquidités en devises étrangères est devenue le principal obstacle à la croissance du financement du commerce par les banques. Environ 36 % des banques ont cité la rareté des liquidités en devises étrangères comme principal frein à la croissance de leurs activités de financement du commerce entre 2020 et 2024, contre 18 % entre 2015 et 2019. La pénurie de devises étrangères, outre les limites des services des banques correspondantes et les restrictions réglementaires, constitue le principal frein à la croissance du financement du commerce par les banques du continent.
· L'adoption de solutions numériques de financement du commerce par les banques demeure faible, principalement en raison des coûts de mise en oeuvre élevés et d'une infrastructure technologique inadéquate. Seules 28 % des banques interrogées ont déclaré avoir adopté des outils ou des plateformes numériques pour leurs opérations de financement du commerce.
· Les banques reconnaissent néanmoins les avantages de la numérisation de leurs opérations de financement du commerce. Plus de 49 % des répondants ont cité la réduction des délais de traitement comme principal avantage de la numérisation, tandis que 40 % ont noté une transparence accrue, 35 % une réduction des coûts et 30 % une sécurité renforcée.
· Plus de la moitié (55 %) des banques ayant répondu ont intégré le développement durable à leurs opérations de financement du commerce. En moyenne, environ 19 % des banques considèrent leurs portefeuilles de financement du commerce comme « verts », et 44 % ont adopté une politique ou un cadre de développement durable, dont 76 % au cours des cinq dernières années.
· La BAD et d'autres institutions de financement du développement ont joué un rôle important dans la réduction du déficit de financement du commerce en Afrique. Entre 2020 et 2024, les institutions de financement du développement ont facilité environ 32 milliards de dollars de financement du commerce par an, représentant en moyenne environ 3 % du commerce total de marchandises de l'Afrique sur la même période.
· Les banques commerciales régionales africaines jouent un rôle de plus en plus important en tant que banques correspondantes au service des banques émettrices en Afrique.
Six des sept principales banques confirmatrices sont africaines, ce qui témoigne du rôle croissant qu'elles jouent pour combler le déficit de financement du commerce, notamment en période de crise, comme lors de la pandémie de Covid-19.