Hier jeudi, un groupe parlementaire a présenté aux députés français une proposition de loi visant à abroger officiellement le Code noir, ce texte qui réglementait l'esclavage dans les colonies françaises et qui, paradoxalement, n'avait jamais été formellement supprimé du droit français.
Promulgué en 1685 sous Louis XIV, le Code noir organisait juridiquement l'esclavage dans les colonies françaises. Ce texte considérait les esclaves comme des biens, encadrait les châtiments et institutionnalisait une hiérarchie raciale au service du système colonial. Mieux vaut tard que jamais, pourrait-on simplement se réjouir. En effet, si l'esclavage a été aboli en 1848, le texte qui en constituait l'un des principaux fondements juridiques demeurait encore dans l'arsenal législatif français. Symbole majeur de la barbarie esclavagiste, le Code noir n'avait jamais été officiellement abrogé.
Son effacement tardif du droit français revêt donc une forte portée symbolique. Il rappelle qu'abolir une pratique ne suffit pas toujours à faire disparaître les textes, les mentalités et les héritages qui l'ont accompagnée. Cette abrogation apparaît ainsi comme une reconnaissance tardive d'une des pages les plus sombres de l'histoire coloniale française.
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Elle intervient d'ailleurs dans un contexte où les relations entre la France et plusieurs pays africains, autrefois considérés comme son pré carré, traversent une période de profondes turbulences. Entre incompréhensions diplomatiques, contestations de l'influence française et montée des sentiments souverainistes sur le continent, ce geste symbolique prend inévitablement une dimension politique et mémorielle.
En France même, cette proposition de loi surgit à un moment marqué par la montée d'un discours identitaire et xénophobe porté par certaines sphères politiques et médiatiques. Les thèses de l'extrême droite gagnent du terrain, banalisant parfois des propos qui, hier encore, auraient suscité l'indignation générale.
Dans ce climat tendu, l'abrogation officielle du Code noir sonne aussi comme un rappel nécessaire : une démocratie ne peut prétendre défendre les valeurs d'égalité et de dignité humaine tout en conservant, même symboliquement, les traces juridiques d'un système fondé sur la négation de l'humanité de l'autre.