Sénégal: Thiès - L'imam Tafsir Babacar Ndiour dénonce la corruption

Thiès — L'imam de la mosquée Moussanté, dans la ville de Thiès (ouest), Tafsir Babacar Ndiour, s'est alarmé de la corruption et des proportions qu'elle prend au Sénégal.

"La corruption consiste à donner de l'argent pour recevoir en contrepartie ce qui vous revient légalement ou ce que vous n'avez pas le droit d'obtenir", a-t-il dit en guise de définition, dans un sermon adressé aux musulmans réunis dans cette mosquée pour la prière de l'Aïd el-Kébir (Tabaski).

"La corruption, quelle que soit sa forme, est illicite", a martelé le guide religieux, ajoutant qu'il peut s'agir de dessous-de-table, de pots-de-vin, de soumissions indues à des marchés à l'aide de prête-noms, etc.

Tafsir Babacar Ndiour a énuméré plusieurs subterfuges par lesquels s'exerce la corruption.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

"Des gens profitent de leur position pour retarder une signature et obliger un ayant droit à leur verser de l'argent. D'autres cherchent à amadouer une autorité par le biais d'une proximité qu'ils s'évertuent à bâtir avec elle, dans le seul but de recevoir un bien indu", a-t-il dénoncé.

D'autres encore intercèdent en faveur d'un tiers pour ensuite réclamer une somme d'argent en contrepartie du service rendu, a ajouté l'imam, affirmant que c'est une pratique bannie par l'islam.

"Le corrupteur et le corrompu iront tous en enfer", a-t-il soutenu en citant un hadith du prophète Mohamed.

Le guide religieux a mis en garde ses coreligionnaires contre la présomption de corruption envers les personnes riches. "Un musulman ne doit pas penser qu'il ne doit pas être riche. Au contraire, il doit être le plus riche du monde, pourvu qu'il gagne sa vie de façon licite", a-t-il dit.

"Rien n'empêche le musulman d'amasser autant de richesses [qu'il peut], tant qu'il ne les acquiert que par la voie licite et ne les fait fructifier que par des moyens légaux", a poursuivi Tafsir Babacar Ndiour. "La corruption ôte à l'homme sa crédibilité et lui ouvre la voie à tous les péchés, sans aucune gêne."

Elle entraîne la "déchéance spirituelle et morale" de ceux qui la pratiquent, a-t-il dit.

"Tous les êtres humains sont des possédants temporaires, seul Allah est le possédant éternel", enseigne l'imam, estimant que la corruption est encore plus grave lorsqu'elle est pratiquée dans domaine de la justice.

"C'est pourquoi l'islam n'admet pas de justice partiale, partisane ou dépendante", a argué Tafsir Babacar Ndiour.

La reddition des comptes est une dimension fondamentale de la vie publique, a-t-il dit, invitant l'Office national de lutte contre la corruption à procéder régulièrement aux audits des établissements publics.

Beaucoup de personnes nommées à des postes à responsabilités n'ont pas publié leur déclaration de patrimoine, a soutenu l'imam en rappelant que la loi les oblige à s'y atteler.

Le maire de Thiès, Babacar Diop, salue le "courage intellectuel" de l'imam, qui, comme à l'accoutumée, interpelle, par son sermon, ceux qui gèrent les biens publics.

"La corruption commence par la corruption de l'âme", a dit M. Diop.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.