Ile Maurice: ONG et habitants appellent à la reproclamation de la plage

Ce n'est pas un projet de construction confirmé qui a réuni plus de 50 personnes sur la plage publique de Balaclava, le 27 mai. C'est précisément l'absence de garanties. Des organisations non gouvernementales (ONG) et des habitants exigent que la portion déproclamée en 2008, et dont le bail a depuis été attribué à un groupe hôtelier voisin, réintègre le domaine public, avant qu'il ne soit trop tard.

L'inquiétude se lisait sur les visages. La grande majorité des usagers, ceux qui y viennent chaque semaine, chaque dimanche, n'étaient pas au courant. Un ruban jaune, posé par les habitants eux-mêmes, délimitait la portion concernée : environ 56 mètres de façade maritime, soit près de 40 % de la plage publique de Balaclava.

Les ONG Eco-Sud et la plateforme MRU 2025 avaient organisé cette visite après avoir été alertées par des résidents qui avaient entendu des rumeurs : l'un des hôtels avoisinants envisagerait une extension utilisant cette partie du littoral. En janvier 2026, la direction de l'établissement avait informé le conseil de district ainsi qu'une certaine société d'une fermeture prévue en 2027 en vue de travaux, selon les ONG.

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À ce jour, aucune demande de permis de construire n'a été déposée, et aucune procédure d'étude d'impact environnemental n'est en cours. Mais pour les organisateurs, c'est justement là que réside l'urgence. «Même s'il n'y a pas de projet immédiat, le bail existe, a rappelé Sébastien Sauvage d'Eco-Sud. Et tant qu'il existe, cette portion de plage peut légalement être utilisée pour une extension.» La démarche de mercredi matin est donc préventive : exiger la reproclamation maintenant, pendant qu'il en est encore temps.

La chronologie administrative montre pourquoi cette question reste ouverte. En 1991, une portion de littoral à Pointe-auxPiments - environ deux hectares - avait été proclamée plage publique dans la Government Gazette. En janvier 2008, 8 020 m² de cette zone ont été retirés du domaine public par un avis gouvernemental signé par le ministre du Logement et des terres.

En 2009, un bail industriel de 60 ans, courant jusqu'en septembre 2069, a été signé entre l'État et une société privée portant sur cette même portion de terrain. Le bail est toujours valide et la société est à jour dans ses paiements, a confirmé le ministre du Logement et des terres, Shakeel Mohamed.

Ce bail prévoyait pourtant des obligations envers la plage publique adjacente : construction de blocs sanitaires, installation de kiosques, de bancs, d'espaces de stationnement. Des conditions qui n'ont pas été respectées. «Est-ce qu'il y a des toilettes publiques ici ?» a lancé Carina Gounden, de la plateforme MRU 2025. La réponse était visible à l'oeil nu. Non. Le ministre a indiqué avoir demandé à ses officiers de contacter la Beach Authority pour établir si l'hôtel avait tenté d'obtenir les permis nécessaires à la construction de ces aménités. «Je veux situer les responsabilités», a-t-il dit.

Sur la question d'une éventuelle reproclamation, Shakeel Mohamed s'est montré prudent mais ouvert. «C'est possible, a-t-il affirmé. Mais je ne peux pas me prononcer avant d'avoir obtenu tous les éléments - le Beach Authority, le conseil de district concerné, et l'Attorney General's Office, pour m'assurer qu'une annulation du bail n'expose pas l'État à des risques de compensation.»

Carina Gounden a par ailleurs lancé un appel aux hôteliers : prendre conscience de leurs responsabilités en matière de durabilité et de protection de l'environnement. Car toute construction sur cette bande de littoral ne serait pas sans conséquences, érosion accélérée du trait de côte, risques de pollution, dans une zone déjà fragilisée. «Le secteur hôtelier se réclame de valeurs environnementales.

Il faut que ces valeurs se traduisent concrètement, y compris quand il s'agit de renoncer à un espace.» La plage publique de Balaclava est petite. Plus petite que Mont-Choisy, que Péreybère, que la plupart des plages accessibles du Nord. C'est pourtant pour cette raison qu'on y vient : quand les autres débordent, Balaclava reste un recours. «Les gens viennent de toute l'île», dit une habitante.

Linda Ray, habitante de Balaclava, n'a pas eu besoin de statistiques pour expliquer ce que la plage représente : «Si vous avez quatre enfants et que vous voulez aller au cinéma, c'est trois jours de salaire. Ici, c'est gratuit. C'est le seul endroit où les familles pauvres peuvent emmener leurs enfants.»

Elle a désigné le panneau planté dans le sable au Goulet, la plage voisine, celui qui interdit la baignade en raison d'un risque de noyade - aucun espace de jeu pour les enfants si Balaclava venait, elle aussi, à devenir inaccessible. Nathalie Lemarié, habitante de Balaclava et conseillère du village d'Arsenal, a apporté son soutien à la demande de reproclamation. Son appel aux autorités était direct : qu'on arrête de priver les Mauriciens de leur droit à la plage.

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