L'Afrique commerce de plus en plus avec elle-même, mais peine encore à financer cette dynamique. Dans son rapport 2025 sur le financement du commerce présenté à Brazzaville en marge des Assemblées annuelles, la Banque Africaine de Développement (BAD) dresse le constat d'une intégration régionale en progrès, fragilisée toutefois par le retrait des banques privées, les tensions géopolitiques et le manque chronique de devises.
Entre 2020 et 2024, le commerce intra-africain a représenté 34 % des transactions commerciales financées par les banques africaines, contre des niveaux nettement plus faibles durant la période 2011-2019. En dix ans, les échanges régionaux ont ainsi progressé de 89 %, portés notamment par la montée en puissance de la Zone de Libre-Echange Continentale Africaine (ZLECAf).
Dans le même temps, les institutions de financement du développement ont mobilisé en moyenne 32 milliards de dollars par an, soit près de 3 % du commerce total de marchandises du continent. Grâce à ces interventions, la demande non satisfaite en financement commercial a reculé de près de 10 % entre 2019 et 2024. Mais ces avancées restent fragiles. En 2024, le déficit de financement du commerce en Afrique était encore estimé entre 74 et 92 milliards de dollars, soit 5,4 % de la valeur totale des échanges de marchandises.
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Plus préoccupant encore, les banques commerciales n'ont financé en moyenne que 23 % du commerce africain sur la période récente, contre 40 % lors du cycle précédent. Ce désengagement du secteur privé s'explique notamment par la pénurie de devises étrangères, devenue le principal frein pour 36 % des banques interrogées, soit le double du niveau observé entre 2015 et 2019.
La montée des risques géopolitiques et la prudence croissante des banques correspondantes internationales accentuent également les tensions sur le financement du commerce.
Le directeur du département de la politique macroéconomique de la BAD, Anthony Simpasa, a d'ailleurs mis en garde contre une possible dégradation de la situation. Selon lui, si les tensions mondiales persistent et que l'aversion au risque continue de progresser, le déficit de financement du commerce africain pourrait atteindre entre 86,6 et 102,6 milliards de dollars d'ici 2027.
La question des PME reste également au coeur des préoccupations. À Brazzaville, plusieurs intervenants ont souligné les difficultés d'accès au financement pour ces entreprises, souvent considérées comme trop risquées par les banques classiques et insuffisamment couvertes par les dispositifs de microfinance.
Autre faiblesse relevée : le retard numérique du secteur bancaire africain. À peine 28 % des banques du continent utilisent des outils numériques dans leurs opérations de financement du commerce, malgré l'accélération mondiale de la dématérialisation des échanges.
Face à ces défis, les responsables présents à Brazzaville ont plaidé pour une accélération de la Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement (NAFAD), présentée comme un levier stratégique pour renforcer la résilience financière du continent et réduire durablement le déficit de financement commercial.