Sénégal: Tabaski 2026 - Trop de moutons, pas assez d'acheteurs

Le Sénégal aborde le lendemain de la Tabaski 2026 avec un constat contrasté. Si l'approvisionnement du marché a atteint un niveau record avec plus d'un million de moutons recensés sur le territoire national, de nombreux vendeurs se retrouvent aujourd'hui confrontés à d'importants invendus. Derrière la réussite logistique saluée par les autorités apparaissent ainsi les fragilités persistantes d'une filière soumise à la pression des coûts et à l'érosion du pouvoir d'achat des ménages.

Selon les données du ministère de l'Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l'Élevage, 1 035 042 moutons avaient été enregistrés au 26 mai 2026, soit 115 % de l'objectif national fixé à 900 000 têtes. Dakar concentrait à elle seule plus de 378 000 animaux répartis dans les différents foirails de la capitale et de sa périphérie. Cette hausse de l'offre s'explique largement par l'augmentation des importations en provenance de Mauritanie et du Mali. Les entrées de bétail ont atteint 452 796 têtes, en progression de plus de 54 % par rapport à l'année précédente. Une dynamique rendue possible grâce à l'exonération des taxes à l'importation, à l'assouplissement des contrôles routiers et à l'aménagement de nouveaux sites de vente.

Mais sur le terrain, plusieurs commerçants dressent un bilan amer. Omar Ba, vendeur à la Sicap Mbao, affirme avoir enregistré de faibles ventes malgré les investissements consentis. « J'ai vendu peu. J'ai acheté des moutons entre 150 000 et 170 000 FCFA. Payer le transport, l'alimentation et les autres charges pour finalement ne presque rien vendre est pénible », confie-t-il.

Même désolation chez Hamidiou Ba, vendeur venu de Namarel, dans le département de Podor. « Sur un total de 330 moutons que j'ai amenés, seuls 100 ont été vendus », regrette-t-il.

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Ces témoignages traduisent les déséquilibres d'un marché où l'abondance de l'offre a dépassé la capacité réelle d'achat de nombreux ménages. Malgré les efforts de stabilisation entrepris par les autorités, la baisse du pouvoir d'achat continue de peser sur la demande. Le président du Conseil national de la Maison des éleveurs, Ismaïla Sow, appelle désormais à une réflexion de fond sur l'avenir de la filière. Après avoir effectué une tournée dans plusieurs points de vente à Thiès et recueilli des informations à Dakar, dans sa banlieue, à Kaolack ainsi qu'à Saint-Louis, il affirme avoir constaté « trop d'invendus » dans plusieurs localités du pays.

« J'appelle l'État, en concertation avec les éleveurs, à bâtir une véritable politique prenant en compte les réalités du secteur. Nous devons aller vers les états généraux de l'élevage afin de mieux cerner les problèmes et de trouver des solutions viables et durables », plaide-t-il. Au-delà de la fête religieuse, cette situation relance le débat sur la structuration du marché du bétail, la maîtrise des coûts de production et la nécessité d'une politique d'élevage davantage adaptée aux réalités économiques et sociales du pays.

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