Ile Maurice: Il vise une médaille pour les JO de 2030

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Adam Siao Him Fa, double champion de France et d'Europe en patinage artistique en 2023 et 2024 et médaillé de bronze aux mondiaux de 2024, quitte Maurice aujourd'hui après deux semaines de vacances bien méritées. Cela faisait 14 ans que ce Bordelais, né de parents mauriciens, n'avait pas remis les pieds dans l'île. C'était l'occasion de le rencontrer au Lux Le Morne où il a passé sa dernière semaine, pour retracer son parcours.

Lorsque l'on voit Adam Siao Him Fa glisser gracieusement sur la glace, faire des pirouettes et exécuter des sauts avec aisance, on n'imagine pas tout le travail qu'il y a derrière. Or, ce jeune de 25 ans consacre trois heures chaque jour au patinage artistique, temps précédé de 45 minutes de préparation au sol pour s'échauffer et faire travailler ses muscles. Sans compter ses trois heures de préparation physique hebdomadaires d'une heure et une heure de yoga, quatre fois la semaine «pour faire travailler les muscles profonds, la souplesse, la mobilité et aussi la force».

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De plus, il doit surveiller son alimentation et consommer beaucoup de protéines, y compris de la viande rouge, des glucides comme le riz et les pâtes complètes, de la patate douce et éviter les aliments de restauration rapide et les sucreries «comme les dholl puri et les napolitains dont je me régale en ce moment. Mais bon, là c'est les vacances !», dit-il en riant. Il doit se coucher assez tôt pour tirer profit de son sommeil et être en forme le lendemain. Autant dire qu'il n'a presque pas de vie sociale.

Adam Siao Him Fa reconnaît que c'est «énormément de travail. Mais aujourd'hui, c'est mon travail et c'est comme n'importe quel travail. Je le vis bien car j'aime patiner et cela me paraît normal.»

Or, la première fois que ce benjamin d'une fratrie de quatre s'est essayé à ce sport pour faire comme ses frères et sa soeur aînée, il a quitté la patinoire en pleurs. «Je n'ai pas aimé car la coach s'est énervée contre moi et n'arrêtait pas de me dire de fléchir les genoux. À quatre ans, on ne comprend pas ce que cela signifie. J'étais en pleurs et je suis sorti.» Or, sa nature combative a pris le dessus le lendemain lorsqu'il a réalisé que les enfants de son groupe tenaient bon. «Je me suis dit pourquoi ils y arrivent arrivent et pas moi. J'ai réssayé et j'ai réussi.»

Chutes inévitables

Tous les jours, après l'école, il rejoignait le club de Villeneuve d'Ornon à côté de Bordeaux et passait une heure à la patinoire. Les chutes étaient au rendez-vous et elles le sont encore. «Oui, j'ai pris beaucoup de gamelles et même jusqu'à aujourd'hui. Tomber fait partie de l'entraînement. Si on veut essayer de nouvelles figures, c'est sûr que l'on va tomber. Mais lorsqu'on est petit, on nous apprend à tomber pour amortir le choc. La mémoire musculaire n'oublie pas. On sait comment placer ses mains et son corps pour tomber mais sans se faire trop mal.» Il a commencé par s'entraîner une heure par jour avec ce club, puis c'est passé à deux heures par jour. Son coach l'a trouvé prometteur et l'a signifié à ses parents, les Mauriciens Marie-Hélène Patricia, née Liu Man Hin, et Daniel Siao Him Fa.

Ces derniers ont quitté Maurice dans les années 1980 pour poursuivre leurs études universitaires en France, les lettres pour la maman d'Adam et la médecine, et plus particulièrement l'anesthésie, pour son papa. Ils ont déposé leurs valises à Bordeaux et à l'issue de leurs études, ils ont décidé de rester en France.

Quand la patinoire de Villeneuve d'Ornon a fermé ses portes, Marie-Hélène Patricia Siao, qui est femme au foyer, a été jusqu'aux extrêmes pour que son benjamin puisse continuer à progresser. Elle a fait des arrangements avec le lycée d'Adam pour qu'il ait des heures aménagées le mercredi afin qu'elle et lui prennent la route dès 5 h 30 et qu'elle conduise pendant deux heures et demie jusqu'à Toulouse afin qu'Adam puisse s'entraîner avec un autre club. Et après son entraînement, elle faisait le trajet inverse avec lui pour regagner Bordeaux pour qu'il puisse aller au lycée le lendemain. Un sacrifice qui s'est avéré payant car Adam a décroché son premier titre de champion de France junior à 11 ans.

L'année suivante, les Siao ont loué un appartement à Toulouse et Marie-Hélène Patricia Siao et son fils y résidaient en semaine et ils reprenaient la route jusqu'à Bordeaux en week-end pour être en famille. Adam était alors inscrit dans un système éducatif de sport-études qui fait qu'il avait des cours jusqu'à midi et l'après-midi, il pouvait s'adonner à deux ou trois séances d'entraînement quotidiennes avec des pauses, soit une heure de préparation physique et des exercices au sol pour renforcer ses muscles. Une fois la semaine, il a pris des cours de danse classique, sans chausson, mais avec des exercices à la barre devant le miroir, des entrechats et sauts, etc.

Jusqu'à ses 16 ans, il n'était pas dans ses intentions de viser le titre de champion de France de patinage artistique ou de pratiquer ce sport à un haut niveau. Les choses se sont précisées dans sa tête lorsqu'il a participé aux Jeux Olympiques de la Jeunesse en Norvège en 2016. «C'était le premier évènement international auquel je participais et j'ai trouvé cela exceptionnel. C'est là que j'ai réalisé que je voulais continuer dans le sport de haut niveau.»

Repos forcé

Ses trois dernières années de lycée, il les a passées à Poitiers. Ses cours étaient alors par correspondance et il s'entraînait trois heures par jour sur la glace en journée. La pandémie du Covid-19 l'a mis au repos forcé et quand la vie a repris son cours normal, il a repris l'entraînement. Sauf que sur une réception de saut, ses lombaires L4 et L5 se sont heurtées et il a dû être immobilisé pendant un mois et faire de la rééducation ensuite. «Avec l'interruption causée par le Covid-19, j'avais perdu en force et mon corps n'était plus aussi préparé, d'où ma blessure.»

Une fois remis sur pied, il a passé un temps à Courbevoie et s'est préparé avec le club de patinage pour les Jeux Olympiques de Pékin en 2022. En parallèle, il s'est classé huitième aux Mondiaux à Montpellier. Il a alors mis le cap sur Nice où il s'est installé et a pris pour coach Cédric Tour et a aussi fait appel au chorégraphe Benoît Richaud. Adam explique que tout patineur artistique doit être encadré par ces deux professionnels. «Ce sont deux places très importantes. Le coach s'occupe de l'aspect technique alors que le chorégraphe définit la chorégraphie. À haut niveau, un chorégraphe est nécessaire. Et même si on peut être très bon techniquement, ce n'est pas le même rendu visuel sans une préparation chorégraphique. Être un bon patineur ne signifie pas être un bon chorégraphe.» Il est heureux de son choix de ce binôme qui lui a permis de se distinguer. En 2023 et 2024, il a été sacré double champion de France et double champion d'Europe.

Mais l'année 2024 ne lui a pas toujours réussi. Il visait un podium aux Mondiaux. Mais il a raté le programme court car il n'a pas su gérer son stress. Il s'est rattrapé sur l'épreuve libre, qui est plus longue. «J'y ai fait la performance de ma vie et j'ai fini deuxième à ce programme alors que pour l'épreuve courte, j'avais fini 19e . C'est ma deuxième place au programme libre, qui m'a permis de décrocher la médaille de bronze. Sur le moment, j'étais très déçu de moi et en colère car cette performance ne me représentait pas. Je voulais me prouver que je valais mieux.» De toutes les façons, ajoute-t-il, quand il patine, il n'est pas en compétition avec les autres mais avec luimême. «Dans ce sport, on est avant tout en compétition avec soi-même car nous n'avons pas de contrôle sur la performance des autres, ni sur l'évaluation des juges. Ce que je veux et peut contrôler c'est ma performance.»

Arrêt de deux mois

Cette année-là, lors d'un spectacle, il se blesse à la cheville droite. Le diagnostic est sans appel : rupture de ligaments. Il est à l'arrêt pendant deux mois. Deux autres blessures suivront au même endroit. Loin de plomber son moral, il retrouve la glace trois semaines avant le championnat d'Europe en 2025. Il s'est d'ailleurs classé troisième à ce championnat. «J'étais déçu oui mais avec recul, j'ai réalisé que je n'avais eu que trois semaines de préparation.» Une déception de courte durée, d'autant plus qu'à ce championnat, il a rencontré la Suisse Kimmy Répond, championne de patinage dans son pays, qui est elle aussi médaillée au championnat d'Europe et les deux sont tombés amoureux. Il est d'ailleurs venu à Maurice avec elle.

Comme il a pris du temps à se remettre de ses blessures consécutives, Adam s'est classé quatrième aux Mondiaux de 2025. «Je m'estime totalement rétabli cette année.» Même s'il a toujours un statut d'amateur, Adam vit de son sport car il est parrainé par des entreprises, des fédérations et reçoit aussi des aides du gouvernement français car il faut savoir que le patinage de compétition coûte énormément, soit entre 90 000 euros (plus de Rs 5 millions) et 180 000 euros (plus de Rs 10 millions) par an. Et comme Adam fait partie des patineurs qui cassent le plus leurs patins, il doit les changer régulièrement, même si ces derniers temps, un parrain lui fait ses patins sur-mesure et ils durent plus longtemps. L'obligation de résultats, précise-t-il, est surtout réclamée par les fédérations «qui débloquent les finances en fonction de nos résultats. Mais c'est comme dans tous les métiers, si on n'est pas bon, on est licencié.»

Adam sait qu'il ne pourra faire ce métier à vie. C'est pour cette raison qu'il a terminé une formation en graphic design et prendra dès septembre des cours en ligne sur le business management. Il a aussi fondé une agence nommée Nymio, qui offre des services via l'intelligence artificielle aux petites et moyennes entreprises. «Nymio les aide à optimiser leurs plans de travail. J'ai démarré l'agence il y a huit mois.»

Présent sur Instagram, il a 124 000 followers et vient juste de mettre des vlogs sur YouTube, axés sur la vie d'un patineur de haut niveau. «Les gens ne voient en général que 1 % de ce qu'on fait en compétition. J'ai trouvé intéressant de montrer l'envers du décor et ce que ce sport implique.» Si pour l'instant, il n'a que 4 500 followers sur YouTube, il y a fort à parier que ce nombre augmentera.

Adam vise une médaille aux Jeux Olympiques de Nice en 2030. «Je ne sais pas laquelle car il y a de nombreux paramètres à prendre en considération. Là, cela fait six semaines que je ne suis pas remonté sur la glace et ça me manque. C'est bon signe car cela signifie que la passion est encore là.» N'a-t-il pas des appréhensions à reprendre la compétition après ses blessures ? «La peur peut être un obstacle mais il faut la surmonter. La rééducation et le renforcement musculaire aident.»

Il se donne encore quatre ans pour patiner à haut niveau. «Pour après, je verrai. Tout dépendra du physique et si j'en ai encore envie...»

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